Politique

Abdelhamid Jmahri : “Le parti est en mesure de se réconcilier avec les forces populaires”

Abdelhamid Jmahri, Membre du bureau politique de l’USFP

Dans cet entretien accordé à Le Site info, Abdelhamid Jmahri, membre du bureau politique de l’USFP, et du comité d’organisation du 11e congrès national, qui se tiendra du 29 au 31 janvier, revient sur le rôle du parti de la rose au sein de l’opposition ainsi que sur plusieurs autres questions, à l’occasion de cette étape de renouvellement de ses instances dirigeantes.


Il y a plusieurs appels qui ont été lancés pour reporter le congrès national du parti. Est-ce que vous êtes d’accord ?
Je pense que le principal challenge est la tenue du congrès, et non pas son report. D’abord, il y a une obligation pour la tenue régulière des organes dirigeants du parti, car il s’agit d’envoyer des messages à la société et aux militants, qui attestent que l’USFP est capable de maintenir la régularité de ses congrès, pour un parti qui a cumulé 60 ans d’existence. En deuxième lieu, et pour le contexte sanitaire, il va falloir tenir le congrès en respectant les mesures de précaution et le protocole sanitaire. Concernant le volet lié au report, il n’y a pas de litiges, mais une orientation générale de tenir ce congrès. La réponse évidente est de croire dans un parti qui respecte le droit, même si je suis enclin à activer la démocratie interne du parti, car même les minorités, au sein du parti, peuvent exprimer leurs idées. Si la justice reste une alternative, il était opportun de recourir aux instances du parti, car nous ne sommes pas dans un rapport d’employeur à salarié. Plusieurs arguments plaident pour la tenue du congrès et en toute quiétude, les arguments du comité d’organisation se basent sur les statuts, avec des amendements qui ont été présentés au département de l’Intérieur. Un congrès qui va aux idées, à l’autocritique et à la présentation des rapports moral et financier devant la base et les militants.

Certains estiment que les résultats des élections du secrétaire général du parti sont connus d’avance, donc, quel serait l’apport de ce congrès ?
Premièrement, ce sont cinq candidats qui ont déposé leur demande, et l’actuel secrétaire général ne figure pas dans cette liste. Ce dernier a reçu des offres claires qui l’appellent à présenter sa candidature et jusqu’à présent, l’actuel secrétaire général n’a formulé ni de signes positifs ni négatifs pour sa candidature. Il y a aussi des offres claires. Le 3e mandat concerne tous les membres dirigeants, de manière à ce que le congrès puisse renouveler ses instances. En dépit de ce qui été dit, aucune déclaration n’a émané du secrétaire général, mais on ne peut geler les travaux du congrès sous prétexte que l’on est avec ou contre la candidature de l’actuel secrétaire général. La défense du bilan sera assurée de manière collective. C’est vrai que le poste de secrétaire général a un poids décisif avec des attributions élargies, mais le message que l’USFP veut envoyer est que le parti a un projet politique qui n’est pas discuté, malheureusement. L’État, tel qu’on le présentait dans la littérature du parti, a changé. Ce rôle de l’État doit faire l’objet d’un positionnement de l’USFP.

On veut une réponse claire, est-ce que vous êtes pour  la candidature du SG du parti et un 3e mandat ?
J’ai peur que le congrès soit réduit à cette seule question. Il faut respecter le choix des bases du parti et ce sont les militants qui devront décider à ce propos, et au moment de l’élection, ce choix devra être opéré. Au moment où les socialistes diront de manière claire et unifiée qu’ils veulent la candidature du SG, celui-ci devra réagir à la demande et il sera, à ce moment, le candidat de la majorité. Mon avis est connu par tout le monde. C’est un moment de la compétition, et nous n’avons le droit que de défendre un bilan partagé par tous les membres du bureau politique.

Quelle évaluation peut-on faire, à ce jour, des évolutions vécues par le parti?
On peut dire qu’il y a deux étapes. L’étape du 9e congrès, qui a été suivie par des tiraillements internes, et qui a été dépassée de manière difficile. Aujourd’hui, je peux dire que, vu les circonstances de déroulement des élections, la performance de l’USFP a été importante. Il y a eu aussi le renforcement des branches du parti, que ce soit pour sa jeunesse, la représentation des femmes ou son bras syndical. Parfois, l’important est de maintenir la présence du parti, avec les reproches qui peuvent être adressés à ces dirigeants. La force réformiste du parti a été sauvegardée, avec une profonde conscience du rôle de l’opposition. Durant toutes les étapes, des demandes ont été formulées, dans le mémorandum de 2009, la constitution de 2011 et une contribution active dans le Nouveau modèle de développement. Aujourd’hui et personnellement, je pense que le parti a pu sauvegarder son rôle de parti réformiste, qui s’est confirmée depuis son 4e congrès de 1984. Durant ce mandat, la tenue du congrès est un moment pour la défense du bilan actuel, en dépit des discussions qui ont duré plus de 3 mois. Personne ne peut prétendre que le vote des militants est garanti en sa faveur.

Il y a des reproches qui sont adressés à propos de certains candidats, que pensez-vous de ces critiques ?
Honnêtement, plusieurs candidats actuels sont restés présents dans la vie du parti, mais il y en a d’autres qui devront répondre aux questions posées par les militants. Le plus crucial est la durée du parti et sa continuité. Le parti est obligé de se déployer et s’élargir, de même que le futur dirigeant aura un contact étroit avec les militants. Il ne s’agit pas d’un appel d’offres politique, mais d’un projet commun pour toutes les composantes de l’USFP, car ce sont les militants qui devront gouverner à l’issue de ces élections pour le poste de SG.

Il y a une frange de l’USFP qui est neutre, et qui prétend que le destin du parti se décide «ailleurs» ?
Je ne crois pas en cette éventualité, car à ce moment là, on devra nier toute liberté de décision à l’ensemble des partis. De même, et durant le débat autour du Nouveau modèle de développement, de grands compromis ont été conclus entre l’État et la société, et lorsque nous avons reçu les membres de la commission, nous avons discuté des points de rencontre entre l’État et les partis, avec «un partenariat constitutionnel». Dans l’intérêt de tout le monde, le renforcement des partis et la restauration de la confiance. Il n’y a plus de candidat de l’État dans tous les partis, car des sujets d’une grande importance sont ouverts au débat, au lieu de perdre le temps de l’État dans les affaires intérieures du parti.

Enfin, est-ce que l’USFP pourra retrouver son lustre d’antan à l’issue du congrès?
Nous sommes un parti de l’optimisme et de l’espoir, et nous travaillons pour entretenir les fondements d’une scène politique qui reflète les bases du parti, lesquelles sont formées par les étudiants, les artisans et les agriculteurs, etc. Et, à cette occasion, nous pouvons réaliser la réconciliation avec les forces populaires. Cette étape est déjà commencée, avec «une révolution civique», qui permet à l’USFP de critiquer. Je veux dire que les Marocains sont habitués à ce que leurs attentes soient appropriées par le parti. Je crois sincèrement que l’avenir sera meilleur.

Younes Bennajah / Les Inspirations ÉCO


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