Monde

Alerte sur l’état des sols et son danger sur la planète et l’humanité

Robert Watson, président de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), le 22 mars 2018 à Medellin (Colombie) (AFP)

Des experts du monde entier ont alerté sur l’état préoccupant des sols de la planète, cause de migrations massives, guerres et disparition d’espèces, mais ils ont aussi proposé des mesures pour limiter les dégâts avant qu’il ne soit trop tard.

Voici les principales propositions des scientifiques et décideurs de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), à l’issue de leur session plénière à Medellin, tenue lundi en Colombie. Plusieurs points ont été abordés pour pallier le problème lié à l’état des sols dont leur restauration, l’agriculture, l’étiquetage ainsi que des recommandations destinées aux politiques.


Restaurer les sols endommagés par les humains est une problématique qui pourrait se transformer en avantage. La restauration des sols peut rapporter 10 fois plus de bénéfices que ce que cela coûte. Les dégâts peuvent être réparés par exemple en ré-inondant les marais asséchés et en stoppant à la source la pollution de l’eau par les exploitations minières, l’agriculture et l’industrie. Dans les villes, le rapport recommande des «infrastructures vertes» telles que des parcs, la réintroduction d’espèces natives de plantes, le traitement des eaux usées et la réhabilitation des rivières.

Le secteur agricole a un rôle majeur à jouer s’il change ses méthodes. Labourer la terre peut la rendre vulnérable à l’érosion et libérer le carbone qu’elle a capté, aggravant le réchauffement climatique. «Labourer moins souvent et avec des outils un peu différents peut grandement aider à restaurer la matière organique du sol au lieu de la dégrader», a déclaré l’un des co-auteurs du rapport de l’IPBES, Bob Scholes. Pour Robert Watson, président de l’IPBES, une partie de la solution réside dans une «agriculture de précision». «Nous devons apprendre à utiliser les engrais, les pesticides, l’eau de manière adéquate (…) donner aux cultures exactement ce dont elles ont besoin» et pas plus.

Du côté de l’industrie, le secteur de la distribution doit tenir compte de la provenance des produits et de l’impact sur la nature des méthodes de ses fournisseurs.
«L’étiquetage des produits alimentaires est très important», a souligné Luca Montanarella, autre co-auteur du rapport et membre du Centre de recherche de la Commission européenne.
«Si grâce à l’étiquette apposée sur un aliment, vous savez qu’il vient d’une certaine région où le système de production a un important et très négatif impact sur la terre, vous serez à même de choisir autre chose», a-t-il déclaré à l’AFP.

Dans ce sens, l’IPBES recommande de remplacer des «incitations perverses», qui favorisent la dégradation des sols par des mesures positives de gestion durable.

Recommandations aux gouvernements

Les gouvernements doivent prendre en compte la protection de la planète dans leurs décisions et les coordonner, cesser de fragmenter agriculture et environnement d’un côté, économie, énergie, infrastructures de l’autre. «Le plus important que les gouvernements puissent faire à l’échelle nationale et internationale est de cesser de traiter cela comme un thème isolé», argue Scholes.

D’importants rendez-vous internationaux prévus en 2019 vont peut-être aider à cette prise de conscience. La prochaine plénière de l’IPBES, qui va actualiser son rapport de 2005 sur la biodiversité mondiale, est prévue à Paris, là-même où se tiendra le prochain G7. «Il est question que l’un des thèmes clés de ce G7 soit la biodiversité, ce qui serait une grande première», a indiqué à l’AFP Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES.

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