Culture

Polémique sur les films marocains au FIFM : les vérités de Sarim Fassi Fihri

Sarim Fassi Fihri, directeur du CCM

«Je pense qu’il serait plus déshonorant pour le cinéma marocain de faire l’objet d’une «discrimination positive» face à de grands films venus du monde entier plutôt que de ne pas être en compétition officielle».
 
Le verdict vient de tomber comme un couperet. Aucun film marocain ne figure dans la compétition officielle de la 16e édition du Festival international du film de Marrakech. Depuis, la polémique enfle sur la toile. Injustice ou renvoi à une dure réalité, celle du cinéma marocain d’aujourd’hui? Le directeur du Centre cinématographique marocain, Sarim Fassi Fihri, explique la situation.
 
Les Inspirations ÉCO: Pourquoi n’a-t-on pas de film marocain en compétition officielle cette année ?
Sarim Fassi Fihri: Il faut d’abord noter que des grands pays de cinéma, qui produisent plus de 100 films par an, ne sont pas présents dans la compétition du festival cette année, à l’instar de l’Italie, de l’Espagne, du Portugal, du Japon, de la Corée du Sud. Cela ne veut nullement dire que ces pays ou que le Maroc n’ont produit que de mauvais films, mais que cette absence s’explique plutôt par le niveau relevé de la sélection de cette 16e édition du Festival international du film de Marrakech. Il ne s’agit nullement d’une première car il y a déjà eu, par le passé, des éditions du FIFM où aucun film marocain n’a figuré dans la compétition officielle. Je vous rappelle qu’en 2013, le Maroc était représenté par «Traitors», film réalisé par l’Américain Sean Bullett; sa «marocanité» était justifiée par le fait que le tournage s’était déroulé à Tanger et que le réalisateur était résident au Maroc. L’an dernier, «Insoumises» de Jawad Rhalib n’avait de marocain que son réalisateur, et les cinq minutes de l’histoire qui se déroulent à Casablanca. Cela ne veut pas dire que ce film n’est pas marocain, mais qu’il n’est pas issu de l’industrie marocaine. Je pense qu’il serait plus déshonorant pour le cinéma marocain de faire l’objet d’une «discrimination positive» face à de grands films venus du monde entier plutôt que de ne pas être en compétition officielle.

Il y a également un souci de timing: plusieurs films marocains en postproduction n’ont pas pu être prêts pour le festival…
Oui , ceux de Noureddine Lakhmari, Narjiss Nejjar, Faouzi Bensaidi, Aziz Salmy, Leila Kilani, Abdeslam Kelai, Daoud Aoulad Essyad…. Le festival de Marrakech est unique par la liberté qu’il offre, aux cinéastes du monde entier, de venir présenter à travers leurs œuvres, leur vision du monde. C’est un événement international, ouvert sur le monde et véhiculant des valeurs de partage et de diversité. Le Maroc, pays hôte de ce festival qui s’est, depuis sa création, positionné comme un événement international, reste malgré tout présent à travers le film Mimosa qui est une coproduction maroco-espagnole sélectionnée cette année dans la compétition coup de cœur.
 
Est-ce dû à un manque de films marocains distribués au cinéma pendant l’année?
Pas du tout! Je vous invite à regarder le bilan cinématographique 2015, publié par le CCM et disponible sur son site web. Dans la partie dédiée à la distribution vous trouverez qu’en 2015, 60 films marocains ont été présentés dans les salles dont 18 exclusivités. Vous verrez que sur les six premières places du box-office, 4 films sont marocains, dont les deux premiers. Ces 60 films représentent 20% des films exploités au Maroc en 2015, 28,75% de la fréquentation et 23% des recettes…
 
Il y a clairement un souci de promotion car les films n’ont pas de visibilité. Autre chose: plusieurs artistes se plaignent de la commission qui ne valide pas plusieurs scénarios alors que nous sommes clairement en manque de production au Maroc…
Avec les chiffres que je vous ai annoncés plus haut, vous ne pouvez pas dire que nous sommes en manque de production.
 
En tant que directeur du CCM et artiste, quel est, selon vous, le souci majeur de la production cinématographique au Maroc?
Le souci majeur de la production est…l’exploitation. Nous avons besoin de plus de salles pour montrer nos films.


Pour en revenir au FIFM, pourquoi avoir choisi de placer le seul film marocain hors compétition?
13 productions marocaines ont été proposées à la compétition officielle pour l’actuelle édition du Festival et un film marocain a été retenu dans la section «coup de cœur» car il a le niveau de la compétition, mais il a fait tous les festivals du monde et est  déjà sorti dans un autre pays qui n’est pas le sien: la France.


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