Culture

Mode : Yassine Morabite rend hommage à John Galliano

Yassine Morabite
Styliste designer mode

En 2022, s’habiller ne devrait plus être un problème. Avec l’apparition du mouvement «body positive», notre rapport au corps a changé. Trop gros, trop maigre, trop fripé, vergetures, tout ce qui, jadis, était source de complexes ne pose plus problème, de nos jours, n’est-ce pas ? On nous le dit, on nous le répète, nous sommes toutes et tous, belles et beaux, à notre manière. Et les mannequins, désormais parfois plus ronds que nous, en sont la meilleure preuve. Ajouter à cela le mouvement «No gender» à la mode, et nous voilà plongés dans une mouvance asexuée et uniformisée, et c’est tant mieux ! S’il est un créateur qui prône cette beauté unigenrée, c’est bien Yassine Morabite, un des designers les plus prolifiques de sa génération. Celui que l’on compare souvent à Johnny Depp est de retour ! Après les vestes qui rendent hommage à Goldorak, après sa ligne de vêtements dédiée à sa ville, Casablanca, Morabite revient avec une nouvelle capsule qui rend hommage, cette fois-ci, au créateur John Galliano. La rédaction des inspirations ÉCO est allée à la rencontre de ce créateur au look déjanté. 


On ne te présente plus, tu es l’un des créateurs marocains les plus prolifiques de ta génération. Tu n’arrêtes jamais de produire, quel est le secret derrière ton inspiration ?


Je pense que, comme tout créateur, l’inspiration se nourrit à la base du vécu, de ce qu’on capte et interprète au quotidien, sans que l’on ne s’en rende compte. Je suis activement «en scan» de ce qui m’entoure, des personnes, situations, histoires… Il suffit qu’un élément se présente, une forme ou un matériel par exemple, pour que toutes les liaisons en suspens s’activent dans mon esprit, et que ce que j’ai en tête prenne enfin un sens.

La genèse d’un concept peut remonter des fois à des mois, voire des années, comme c’est le cas avec ma collection Grand Casablanca. C’est une sorte de feeling avec un élément précis, sans que je ne le choisisse, et qui débouche sur une connexion de plusieurs sous-éléments, formant, par la suite, une idée que je développe au concret.

Il y a un an, tu as sorti une capsule en hommage à Casablanca, un projet qui n’a pas été très bien accueilli par la critique. On t’a même reproché d’avoir plagié la marque Casablanca ; qu’as-tu envie de répondre à tes ‘«haters»?
Au contraire ! Beaucoup de gens, surtout les Casablancais de l’étranger, ont bien aimé le travail. Ce sont mes premiers acheteurs, d’ailleurs ! Quelques-uns ont quitté Casablanca dans les années 80 et 90, et ça m’a touché d’entendre que ça leur rappelle de beaux souvenirs, que ça les a émus. C’est la finalité du projet, créer ou raviver une connexion, un feeling.

Sinon, par rapport aux critiques, ça ne me dérange absolument pas. On ne peut pas plaire à tout le monde. Il y a des personnes qui ont associé ma capsule à une marque et sont vite arrivées à une conclusion, sans se casser la tête. Ce sont deux choses différentes à la base, en partant du processus créatif, des moyens de production, de la promotion…

Les prémices de cette réalisation remontent à 2017, et après avoir partagé l’idée avec d’autres artistes, nous avons eu l’idée d’en faire plus qu’une collection, avec la collaboration de Faiçal Adali, Ayoub Hattab, Anas Dou, Akram Rach, Studio DBF… C’est donc un projet qui a réuni et combiné le travail de talentueux artistes amoureux de la ville.

Quel bilan tires-tu de cette expérience ?
Positif dans l’ensemble. Comme je viens de le dire, on ne peut pas plaire à tout le monde. Ça m’a permis de connaître encore plus le public, surtout ceux qui aiment la critique… pour la critique ! Sinon, toute critique constructive est bonne à prendre, ça me permet d’avancer.

Après les vestes en tapis berbère, tu t’es attaqué a la maroquinerie avec un sac-hommage à John Galiano… Comment t’es venu l’idée ? Parle-nous de cette nouvelle capsule.
Je suis un fan du travail de John Galliano, de ses débuts, de son empreinte sur l’industrie de la mode, bref de son génie… J’ai vu que le sac saddle a été décliné sur plusieurs matériaux, mais aucun qui soit propre à une culture, un pays ou une ethnie. J’ai donc pensé à le «marocaniser», à ajouter une touche identitaire à une référence internationale. Quoi de plus beau que ça soit lié à notre artisanat, à un élément façonné et une tradition gardée par les femmes des tribus berbères.

Lors du «Met gala» de l’année dernière, tu nous a fait croire que tu y étais allé. Est-ce que c’est quelque chose que tu aimerais faire ? Est-ce qu’une ou plusieurs stars américaines ont déjà fait appel à toi pour porter tes créations ?
Qui n’aimerait pas y être ! Les effets du télétravail, lol. Il faut oser ! J’y serai dans une prochaine édition, j’espère, et pas que ça. Ça aurait été faisable et accessible si j’étais aux États-Unis.

Tu es un des rares hommes à revendiquer un style un peu androgyne, voire  «no gender». Est-ce que tu aimerais voir plus de personnes arborer ce style dans les rues au Maroc ? Comment se traduit pour toi ce genre non binaire au quotidien ?
Je crois que le fait d’aimer ce que l’on porte, d’assumer notre choix vestimentaire est bon pour commencer. Ensuite, il ne faut pas avoir peur des jugements des autres parce que c’est le vrai obstacle… surtout dans une société comme la nôtre !

La mode au Maroc peut parfois être conservatrice, qu’aimerais-tu dire à ces personnes qui n’osent pas encore ?
Les créateurs font la mode dans leur société. Il faut avancer, se dissocier des anciens codes, ou les faire évoluer, et offrir au public quelque chose qui matche son identité et qui plaît à son goût.

Dans tes créations, tu apportes une touche marocaine sur des pièces qui sont coutures. Est-ce que tu as le sentiment que les codes anciens n’ont plus de sens ?
Je crois que la mode est un concours de circuit, adapté à une époque et qui débouche sur un mouvement. Les codes anciens auront toujours un sens, parce que c’est l’origine de tout travail contemporain. Il faut juste les interpréter et les faire évoluer selon le contexte.

À quand un défilé Yassine Morabite ?
Bientôt, j’espère. Je travaille sur ce volet depuis un moment, avec l’ambition de produire du singulier dans l’industrie, ici au Maroc

Éliane Lafarge / Les Inspirations ÉCO


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