Culture

«Chouha». Tellement gênant !

Youssef Lahlou
Cinéaste et designer

Youssef Lahlou, plus connu pour être le chapelier des stars outre atlantique est aussi un talentueux cinéaste. Il vient de réaliser son deuxième  court métrage, intitulé «Chouha», qui sort le 25 avril. Le but ? Dénoncer la «honte», pour mieux la banaliser sur un ton décalé.

Qui n’a jamais eu affaire à cela? Allez savoir pourquoi cette expression propre au jargon de la darija et pas bien jolie au demeurant, fait partie de notre quotidien, et est déclinée dans autant de situations qu’elle fait partie de nous, comme une sorte de seconde peau. La «chouha», autrement dit la «lose publique», n’épargne personne, passant au crible tout le monde… Aussi bien les quidams que les hommes politiques ou les stars, tout le monde a droit à son lot de «chouha».

Un réalisateur s’est intéressé à ce phénomène, Youssef Lahlou, plus connu pour être le chapelier des stars outre atlantique. Cet artiste, aux mille talents, revient donc avec un court métrage, baptisé «Chouha», qui sort le 25 avril. Le but ? Dénoncer la «chouha», pour mieux la banaliser, le tout sur un ton décalé et accompagné d’un casting de choc. Asmaa El Arabi, Manal Benchlikha, Brice Bexter et Hamaka, pour ne citer que ceux-là, ont répondu présent pour participer à ce projet qui dépasse le film en lui-même.

«Chouha», c’est donc le maître-mot, le modérateur de notre société, pourrait-on dire, le cheval de Troie qui dicte la conduite à tenir dans une société encore pudique. Libérez-vous ! Rencontre avec Youssef Lahlou.

Pouvez-vous nous parler de votre nouveau court métrage, «Chouha»?
«Chouha» est une comédie avec quelques allusions au film d’horreur. Cette comédie parle de la peur de la «chouha» que j’ai essayé de personnifier dans mon film. J’ai voulu mettre une image sur cette fameuse «chouha» dont tout le monde a tellement peur !

Elle prend la forme d’un virus, d’un monstre que les gens essaient de cacher. Ainsi, mes différents caractères dans «Chouha»passent par des situations diverses, toutes plus embarrassantes les unes que les autres, et tombent inévitablement nez à nez avec la «chouha».

Il s’agit de votre deuxième court métrage. Vous vous intéressez beaucoup aux phénomènes sociétaux et, d’ailleurs, dans le premier court métrage, il  s’agissait déjà de parler des apparences et du regard que peut porter la société sur certaines mœurs, coutumes ou faits. Est-ce que“Chouha” en est l’interprétation marocaine ?
C’est vraiment très intéressant… Il ne m’est jamais venu à l’esprit de lier mon premier court métrage à ce nouveau projet, mais il y a clairement une similitude dans le fait que mes personnages ont peur d’être jugés. De manière générale, je pense qu’il est dans notre nature, en tant qu’êtres humains, d’avoir tendance à vouloir être sympathiques et désirés. Personne ne veut se sentir honteux donc certains créent cette image pour se protéger.

Peut-on savoir comment vous est venue l’idée de produire ce film ?
J’étais au Maroc avec une amie de New York et je lui ai demandé si elle voulait que l’on commande un McDo. Elle m’a alors demandé quel était le goût du Big Mac ? J’ai alors pensé que c’était une blague puisque je supposais que chaque personne vivant à New York, ou en Amérique en général, avait déjà essayé un Big Mac.

Mais elle était sérieuse ! Je lui ai demandé, en plaisantant, si je pouvais la filmer en train de manger son premier Big Mac, ce à quoi elle a répondu, «chouha». Elle avait peur que quelqu’un regarde la vidéo et la juge… La peur de la chouha, à ce moment-là, m’a inspiré pour écrire mon court métrage.

Comment avez-vous choisi vos acteurs ?
Le but de mon film est d’ouvrir la brèche à la conversation et d’aider à changer les mentalités. Je voulais donc de vrais acteurs mais aussi des artistes avec une grande influence dans le pays pour donner une juste visibilité au projet, également. Il était important pour moi de choisir les personnes qui, selon moi, comprenaient l’idée du film, mais qui défendaient aussi les mêmes principes que les miens dans leur vie personnelle.

Tourner à la dérision ce phénomène de “chouha” pour dédramatiser les choses, est-ce le but de votre film ou y a-t-il un autre message derrière ?
Exactement, c’est le but principal, mais je voulais aussi que les gens se divertissent. C’est un film que l’on regarde en fin de journée avec des scènes très drôles. Il a pour but de faire rire tout en diffusant un message. La pilule est ainsi plus facile à avaler.

Le film sort le 25 avril.
En attendant, une page Instagram a vu le jour, quel en est le but ?

Le but de la page est, d’abord, de promouvoir le film et ensuite, d’en faire un mouvement social. Une plateforme où les gens partagent leur “chouhates” de manière anonyme et reprennent le contrôle, car il y a clairement un sentiment de libération quand vous parlez.

On vous connaît plus comme étant le chapelier des stars aux États-Unis mais ce que l’on sait moins, c’est que  vous êtes avant tout  réalisateur. Est-ce que vous comptez continuer à faire des chapeaux ou vous concentrer exclusivement sur le cinéma ?
Idéalement, j’aimerais faire les deux. Mais c’est très difficile car chaque activité représente un travail à temps plein. J’essaie de gérer mon temps en conséquence, ce qui est extrêmement dur.

Vous avez fait un petit film publicitaire “I made a hat for Madonna”, dans lequel votre mère n’a pas l’air très convaincue par ce métier de chapelier. Qu’en est-il de ce nouveau projet ?
(Rires)Ma mère me soutient à 100%, mais parfois elle n’a pas vraiment idée du travail que je fais, a priori… jusqu’à ce qu’elle le voit concrètement. Elle avait aussi des doutes sur mon envie d’étudier le cinéma à New York. C’est vrai que ce n’est pas le cheminement de carrière habituel, ce que je comprends tout à fait. Les mères sont très protectrices et c’est par amour que je l’ai dépeinte ainsi, comme une maman arabe très caricaturale, ce qu’elle n’est pas. Mais j’ai trouvé ça drôle.

Est-ce que ce court métrage aura une suite ? Comptez-vous en faire un long métrage plus tard ?
L’idée d’en faire un long métrage m’est venue à l’esprit ou, pourquoi pas, une deuxième partie. Qui sait ? Pour le moment, je veux juste me concentrer sur ce court métrage.

Éliane Lafarge / Les Inspirations ÉCO

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