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Une urgence pour la CGEM

La CGEM ouvre le débat sur le contrat social au Maroc avec la participation de syndicats et d’instances constitutionnelles. Synthèse d’un brainstorming qui ne fait que commencer.

«Je ne suis pas satisfaite de cette journée, mais je dirai que je suis contente d’avoir pu réunir autant de parties prenantes pour entamer un dialogue qui pourra constituer la base d’un futur contrat social au Maroc». C’est la conclusion de Meriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM, en guise de clôture de cette journée de travail tenue le 26 avril à Casablanca. Ce sentiment d’inachevé se dégage après quatre heures d’échanges entre partenaires sociaux, pouvoirs publics, instances constitutionnelles et experts nationaux et internationaux conviés à cette journée. De cette journée, on retiendra que le contrat social marocain reste à inventer. Un projet qui peut déjà se baser sur l’acquis constitutionnel.

Le gouvernement promet une charte
Pour sa dernière activité en tant que présidente de la CGEM, Bensalah-Chaqroun a vu les choses en grand, sur le fond comme sur la forme. Le thème «Quel contrat social au Maroc?» est un vaste chantier. Sur la forme, la CGEM a invité le gouvernement représenté par le ministre de l’Emploi, le CESE, le CNDH, l’IRES et les quatre centrales syndicales (UMT, UGTM, UNTM et CDT). De l’international, la CGEM a fait appel au Bureau international du travail (BIT), à la Banque mondiale, convoquant les expériences du Sénégal, Danemark et Portugal. Un plateau riche, des débats denses, multipartites, ainsi que des différences de visions et de niveau d’analyses entre chaque intervenant, en somme. La CGEM a défendu son idée d’un contrat social comme preuve «d’un engagement des entreprises citoyennes créant une croissance inclusive en faveur des jeunes et des femmes», affirme Bensalah-Chaqroun durant son introduction. Jamal Belahrach, animateur de la journée, y voit l’«urgence d’un contrat social». Il brandit les chiffres connus de la situation de la précarité sociale au Maroc: 20% des salariés bénéficient d’une sécurité sociale, 30% seulement ont une couverture médicale et le taux d’emploi féminin s’élève tout juste à 26%. Il appelle à un «dialogue sans dogme mais marqué par le pragmatisme». Nizar Baraka, président du CESE, a rappelé que son institution a déjà développé une «Charte sociale» autour de cinq piliers: l’accès équitable à la justice, la réduction des inégalités, l’amélioration de l’emploi féminin, la protection sociale et l’amélioration du système éducatif. Un projet resté sans suite, faute de réactivité du gouvernement précédent. «L’actuel Exécutif s’engage sur un projet de charte sociale», promet Mohamed Yatim, ministre de l’Emploi.


Meriem Bensalah-Chaqroun,
Présidente de la CGEM

Un contrat social préservera la liberté de chacun et l’intérêt de tous. Le développement de l’entreprise ne doit pas avantager les uns au détriment des autres. Ce n’est pas l’entreprise contre le syndicat, l’État contre l’entreprise ou le syndicat contre l’État. Nous voulons un contrat entre les trois parties pour un mieux vivre ensemble. Nous ne devons pas être dans l’affrontement entre le social et l’économique. La conception selon laquelle la protection sociale se fait au détriment de la compétitivité doit laisser la place à l’idée que la cohésion sociale est un facteur de compétitivité.

Mohamed Yatim,
Ministre de l’Emploi et de l’insertion professionnellei

Le gouvernement s’est engagé pour une charte sociale qui serait un document de référence dans la gestion de la relation entre les partenaires sociaux et qui s’inscrirait dans la réflexion sur le nouveau modèle de développement. Nous partons d’acquis constitutionnels, législatifs et de pratiques comme le dialogue social. Maintenant, nous avons besoin d’une nouvelle culture sociale pour répondre aux nouveaux besoins de la société. Il faut changer de paradigme concernant la question sociale au Maroc.

Miloudi Moukharik,
Secrétaire général de l’UMT

Nous devons peut-être formaliser nos relations en les inscrivant dans le cadre d’un nouveau contrat social. Ceci dit, nous partons d’une situation marquée par l’adversité entre les trois parties. Un contexte où la «contrebande» sociale pratiquée par certains entrepreneurs nuit aux relations entre les employés et les employeurs. Le préalable à ce contrat est l’effectivité des lois, et personne ne doit être au-dessus des textes. Sur ce registre, nous partons d’un arsenal juridique, dont la Constitution qui évoque dans son préambule le travail décent.


Hommage appuyé à Bensalah

La présidente sortante de la CGEM a eu droit à un hommage appuyé de la part de l’ensemble des intervenants: syndicats comme instances constitutionnelles ont salué «une dame qui a hissé la barre très haut pour le futur président de la confédération». Pour Fouad Benseddik, du CESE, «Il est fini, le temps où les patrons faisaient appel aux walis pour réprimer les travailleurs. Aujourd’hui, les membres de la CGEM sont engagés dans un dialogue». Même son de cloche du côté des syndicats, «durant les six ans de mandat de la présidente, nous avons signé deux documents essentiels liés: Pour une compétitivité durable et un travail décent et le Guide de médiation sociale. Ces outils nous ont permis d’éviter plus de 45 conflits de travail», témoigne Miloudi Moukharik.

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