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Transport maritime : la liaison Angleterre-Maroc suscite de l’intérêt en Afrique subsaharienne

Annoncée en février dernier, l’ouverture de la route maritime reliant l’Angleterre au Maroc vient faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays. Mais pas que ! Des opérateurs spécialisés dans la logistique et le transport entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne la voient d’un bon œil, notamment en termes de réduction des coûts de transit.

Annoncé pour courant septembre, le lancement de la nouvelle route maritime reliant Tanger Med et Poole, dans le Sud de l’Angleterre, suscite beaucoup d’intérêt auprès des opérateurs spécialisés dans la logistique et le transport entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne. «Cette information, d’apparence anodine, ouvre en fait des perspectives prometteuses aux opérateurs d’Afrique de l’Ouest, notamment le Sénégal, le Mali et la Côte d’Ivoire», fait valoir Tamsir Ousmane Traore, fondateur de Logidoo, entreprise spécialisée dans le transport et la logistique, par ailleurs président de la Commission logistique du patronat sénégalais. Prenant exemple sur les horticulteurs ouest-africains, il explique que cette nouvelle route maritime signifie pour eux, de manière concrète, «un gain de temps considérable, qui va leur permettre de livrer en bi-modal (route + maritime) en moins de deux semaines, réduisant de 50% le transit habituel».


Sur le plan financier, le professionnel explique que «beaucoup d’entre eux se retrouvent à réduire leur marge au maximum pour ne pas perdre leurs clients britanniques, et pour cause, les coûts de transport sont exorbitants, environ trois fois supérieurs à la moyenne européenne». Le troisième avantage, que présente cette ligne, est lié à des enjeux environnementaux, avec, à la clé, une amélioration du score carbone et la réduction des émissions de CO2, «en réduisant des deux tiers le trajet par route, et en optimisant sur les capacités bateau ainsi que les camions à vides au retour du Sénégal. Cette nouvelle ligne est une porte ouverte pour les produits africains vers les marchés britanniques», explique-t-il.

Première ligne maritime directe entre le Maroc et l’Angleterre
Même si la date précise de son ouverture n’est pas encore connue, plusieurs officiels ont rassuré concernant le timing d’ouverture de cette nouvelle ligne, dont l’ambassadeur du Royaume-Uni au Maroc, Simon Martin. Cette connexion, annoncée en février dernier, est censée faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays. «A ma connaissance, il s’agit de la première ligne maritime directe entre nos deux pays depuis longtemps. Dès septembre, il y aura un service hebdomadaire entre les deux ports. Ce sera plus rapide, moins cher et cette connexion encouragera davantage le commerce entre les deux pays», a déclaré Simon Martin. En effet, cette liaison réduira de moitié la durée du voyage entre les deux pays, à moins de trois jours, contre plus de six actuellement, par voie terrestre. Le diplomate britannique a souligné un autre avantage important de la connexion maritime, à savoir la réduction des émissions de CO2 que cette ligne permettra de réaliser.

Le trafic entre les deux ports devrait dépasser un demi-million de conteneurs par an
La nouvelle ligne RoRo hebdomadaire, qui reliera directement Tanger à Poole, dans le sud de l’Angleterre, sans escale supplémentaire, sera assurée par United Seaways. L’entreprise britannique, spécialisée dans le transport maritime, a pour mission de développer le commerce transfrontalier britannique, en identifiant et en ouvrant de nouvelles routes maritimes entre le Royaume-Uni et des destinations jugées stratégiques. Selon l’ambassadeur, il a été remarqué, dans le cadre des études réalisées pendant les préparatifs de cette ligne, qu’actuellement un demi-million de conteneurs arrivent annuellement à Tanger Med en vue de rejoindre le Royaume-Uni. L’exploitation de cette ligne est donc promise à un bel avenir.

Pour ce faire, il va falloir jouer sur le facteur prix, veiller à maintenir le coût du service compétitif par rapport à la route terrestre, et rentabiliser chaque traversée, étant donné que le navire aura à retourner à vide au Maroc, du moins au début. Avec l’entrée en vigueur, le 1er janvier 2021, de l’accord d’association post-Brexit entre le Maroc et le Royaume-Uni et la mise en service de cette ligne, les échanges entre les deux Royaumes seront facilités et devraient connaître une forte croissance. La ligne sera réservée au fret, mais le diplomate n’exclut pas le transport de passagers dans une phase ultérieure.

Éviter les embouteillages et les procédures d’importation supplémentaires causés par le Brexit
Cette nouvelle voie devrait faciliter, pour les produits marocains, l’accès au territoire anglais, en réduisant le trajet à moins de trois jours, tout en évitant les embouteillages et les procédures d’importation supplémentaires occasionnées par le Brexit. Elle leur permettra d’éviter les frictions frontalières, créées par le Brexit, sur les marchandises arrivant par la route, via l’Europe.

Les fruits et légumes constituent la majorité des exportations marocaines vers le Royaume-Uni, même s’ils ne représentent qu’une petite fraction des exportations vers l’UE. Les importateurs britanniques ont acheté pour 180 Millions de livres de produits frais en provenance du Maroc en 2020, contre près de 1,8 Milliard de livres pour l’Espagne. Dans un premier temps, United Seaways s’attachera à offrir un itinéraire alternatif aux camions qui se rendent déjà au Royaume-Uni via l’Europe. In fine, United Seaways compte encourager les importateurs britanniques à s’approvisionner de plus en plus en Afrique du Nord.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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