Éco-Business

Textile recyclé : un gisement encore très peu exploité

Une récente étude de cartographie des déchets, commandée par l’Organisation des nations unies pour le développement industriel (ONUDI), estime les volumes des flux de déchets de pré-consommation, générés par l’industrie du textile et de l’habillement ,au Maroc et en Tunisie, à plus de 100.000 tonnes de matières textiles «perdues» chaque année !

Plus de 100.000 tonnes de matières textiles sont «perdues» chaque année, en tant que déchets de pré-consommation dans la production de textile/habillement au Maroc et en Tunisie ! Ces chiffres, révélés par l’étude SwitchMed/MED TEST III de l’Organisation des nations unies pour le développement industriel (ONUDI), donnent une idée sur le potentiel de développement commercial et les défis à relever pour développer les chaînes de valeur du recyclage des textiles.


«Tirer profit des déchets de pré-consommation, collectés à partir des matières premières générées dans la production de produits textiles et d’habillement, constitue une opportunité pour l’industrie locale, surtout avec la demande croissante de textiles durables et recyclés émanant des marques internationales», déclare Roberta De Palma, conseillère technique en chef à l’ONUDI.

L’étude de cartographie des déchets, réalisée par Blumine et Reverse Resources, a porté, en 2020, sur 100 entreprises (54 en Tunisie, 46 au Maroc) opérant dans le secteur du textile et l’habillement et huit entreprises de recyclage/gestion des déchets. Les estimations de l’étude indiquent que les processus de découpe et de filage des tissus présentent le taux de déchet le plus élevé. On constate, également, une augmentation spectaculaire des «stocks morts de vêtements», en raison des perturbations des commandes causées par la pandémie de Covid-19. L’intérêt de cette enquête est de présenter aux fabricants et aux autorités les possibilités offertes par les grands volumes de déchets textiles disponibles. L’industrie de la mode est pointée du doigt comme l’une des principales industries polluantes au monde. Chaque année, des millions de tonnes de déchets textiles sont générés, dont la plupart finissent dans des décharges. Alors que la réutilisation des déchets textiles pré-consommation au sein de la chaîne d’approvisionnement de la mode offre de nombreux avantages environnementaux et économiques. Ils sont aussi plus faciles à collecter, trier et traiter que les déchets textiles post-consommation.

Selon le PDG de Blumine, Marco Ricchetti : «Les industries marocaines et tunisiennes du textile et de l’habillement présentent un potentiel pour devenir des leaders de la circularité textile, et la proximité du marché européen fait de ces deux pays des candidats idéaux pour fournir des déchets textiles de qualité aux recycleurs». Cependant, il va falloir résoudre l’équation des coûts de transport et logistique, qui peuvent représenter 30 à 40% du coût du recyclage. Ce qui limite la faisabilité économique du recyclage des déchets textiles. Selon l’étude, trois régions du Maroc représentent 90% des déchets textiles préconsommateurs, tandis qu’en Tunisie, cinq zones industrielles génèrent 70% de ces déchets. Face à autant de pertes, Taha Ghazi, Directeur du département des industries du textile et du cuir au ministère de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique, rassure : «l’importance de l’économie circulaire au Maroc devient évidente avec la création imminente, par notre ministère, d’un écosystème vert pour le textile et d’autres secteurs industriels. Les textiles éco-responsables seront l’un des piliers et un axe majeur de la prochaine réflexion industrielle, dans le cadre du Nouveau modèle économique national».

Projets pilotes
Pour la prochaine phase de MED TEST III, deux projets industriels pilotes exploreront la faisabilité, les défis et les opportunités de recyclage des déchets textiles de pré-consommation, à l’échelle industrielle, au Maroc et en Tunisie. Les résultats conforteront l’objectif du projet, consistant à jeter les bases d’une chaîne de valeur de recyclage locale et préparer la chaîne d’approvisionnement dans ces pays. L’enjeu étant de fournir des produits plus circulaires qui répondent aux préférences et exigences des consommateurs en matière d’habillement durable. 

Mohamed Boubouh
Président de l’Amith

Avant, l’industrie verte était un plus. Maintenant, cela ne l’est plus. Les industriels marocains ont vite compris qu’il faut aller dans ce sens. La taxe carbone arrive en 2023 et nous sommes obligés de nous mettre en adéquation avec les normes environnementales européennes.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Bouton retour en haut de la page