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Sciences et techniques nucléaires : le CNESTEN prend du galon

Sous la présidence du ministre de l’Energie, des mines et de l’environnement, Aziz Rabbah, le bras armé de l’Etat en matière de recherche et de promotion des sciences et technologies nucléaires, qui vient d’être accrédité par l’AIEA dans trois domaines, a officiellement lancé les activités de deux nouveaux centres de formation dont le Maroc peut être fier. Présentation.

Le Centre national de l’énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN) est déterminé à briller de mille feux dans le domaine de la formation en Afrique. En effet, suite à son accréditation (2021-2025), en janvier dernier, par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans trois domaines, le CNESTEN a décidé de tirer pleinement profit de son nouveau statut en construisant deux centres de formation.
Deux joyaux inaugurés en grande pompe, mardi, par le ministre de l’Energie, des mines et de l’environnement, Aziz Rabbah, qui a déclaré à cette occasion que : «le Maroc avance à grand pas dans le développement d’applications nucléaires dans les domaines pacifiques. Aujourd’hui, ces applications nucléaires couvrent de larges champs socioéconomiques tels que l’industrie, la santé, le secteur alimentaire, l’agriculture, l’eau, la géologie et les mines. Il faut se féliciter de la consécration du CNESTEN par l’AIEA. C’est le seul centre collaborateur africain de cet organisme onusien à être reconnu à la fois dans trois domaines. Nous en sommes fiers et sommes aussi contents de partager cet acquis avec nos frères africains».


Un centre d’excellence africain avec l’AIEA
Détaillant les propos du ministre, le directeur général du CNESTEN, Khalid El Mediouri, a expliqué qu’«il s’agit d’une reconnaissance en tant que centre d’excellence dans plusieurs thématiques par l’AIEA et par l’Accord africain de coopération dans le domaine nucléaire (AFRA), qui regroupe une quarantaine de pays. Ces domaines sont notamment la protection de l’environnement, la gestion des ressources en eau et les applications industrielles». En effet, l’un des deux établissements inaugurés est un centre d’excellence collaborateur africain avec l’AIEA. Sa mission est de promouvoir l’utilisation des techniques nucléaires et isotopiques dans la gestion des ressources en eau, la protection de l’environnement et les applications industrielles. Il apporte notamment un appui à l’AIEA pour renforcer l’utilisation des techniques nucléaires dans ses Etats membres, à travers la mise en œuvre de programmes de recherche-développement et de formation, qui contribuent à l’atteinte des objectifs de développement durable des Nations Unies. A signaler qu’au cours des dix dernières années, le CNESTEN a apporté son appui aux pays membres du continent africain, à travers plus de 300 missions d’expertises techniques, des centaines de cours de formation au profit de plus d’un millier de professionnels et l’accueil de plus de 600 stages individuels et séjours scientifiques. Dans le domaine de l’eau, l’une des toute premières thématiques où il a été accrédité par l’AIEA il y a quatre ans, le CNESTEN déploie les techniques nucléaires et isotopiques dans l’objectif de disposer d’informations quantitatives et qualitatives pouvant contribuer à l’évaluation et à la gestion de patrimoines hydriques. Ces informations renseignent notamment sur l’âge des eaux (renouvelables ou fossiles), les mécanismes de recharge des nappes phréatiques et de la circulation des aquifères, l’origine de la salinité des eaux souterraines, l’efficacité de la recharge artificielle des nappes, la qualité des eaux et l’origine des sources de leur pollution.

Un autre centre pour enrichir le capital humain national
L’autre centre fraîchement inauguré est mis en place pour enrichir le capital humain national dans le domaine des sciences et techniques nucléaires. Il opère dans la formation professionnelle et son corps enseignant contribue aussi à la formation académique au sein des universités. Son objectif est de permettre aux autorités, aux organismes nationaux ainsi qu’aux opérateurs socio-économiques de disposer de compétences qualifiées dans l’utilisation pacifique, sûre et durable des techniques nucléaires. Ici, les formations couvrent les cinq domaines d’activités du CNESTEN. Des programmes sont déployés pour accompagner les stratégies nationales de développement socio-économique liées à la santé, l’eau, l’industrie, l’énergie et la gestion durable des ressources naturelles. Dans le domaine de la santé, par exemple, le CNESTEN dispose d’un programme qui comprend plusieurs axes d’utilisation des techniques nucléaires et isotopiques. Le CNESTEN contribue au développement et à l’élargissement de l’utilisation des produits radio-pharmaceutiques en médecine nucléaire, utiles pour le dépistage et le traitement de nombreuses maladies métaboliques et cancéreuses, tout en soutenant et accompagnant les services de médecine nucléaire publics et privés, par l’appui technique, la formation et la gestion des déchets radioactifs. «D’ailleurs, c’est pour bientôt : le Maroc n’importera plus de produits radio-pharmaceutiques. Les efforts du CNESTEN ont abouti à la production de l’Iode 131 qui permettra non seulement de rendre disponibles sur le marché des radio-pharmaceutiques, mais également une nouvelle génération de produits», est-il expliqué. «Dans la gestion des déchets radioactifs, en provenance des secteurs de la santé et de l’industrie principalement, nous avons créé 46 entreprises spécialisées dans le traitement, depuis la naissance du CNESTEN en 1986. Au départ, nous n’étions que quatre entreprises. Aujourd’hui, nous sommes cinquante dans cette filière très sensible où le CNESTEN est le seul habilité au stockage et à la séquestration», révèle El Mediouri.

Un réacteur bien mis à profit par les pays africains
Bref, au niveau de ce centre, le CNESTEN assure annuellement la formation professionnelle de 200 cadres et techniciens pour le compte des opérateurs socio-économiques utilisant les rayonnements ionisants. Dans le cadre de l’appui à la formation académique, le centre soutient les formations doctorales et une dizaine de Masters spécialisés dont deux par alternance avec des universités, ouverts à la coopération régionale. L’établissement co-encadre aussi annuellement les travaux d’une centaine de thèses et de projets de fin d’étude en cycle de Master et ingénieur. Egalement tourné vers la coopération internationale et régionale, ce second centre vise aussi à renforcer les capacités des pays africains dans le domaine des sciences et technologies nucléaires. «A quoi bon investir dans un réacteur nucléaire qui coûte excessivement cher (environ 200 MDH) si on peut en bénéficier dans le cadre de la coopération régionale ?», s’est demandé El Mediouri. Et justement, les pays africains recourent massivement à l’infrastructure du CNESTEN. D’ailleurs, au moment de l’inauguration, une vingtaine de stagiaires africains y étaient en formation. Selon le Nigérien Laminou Abdou Issoufou, coordinateur de ce groupe, «nous sommes en formation au CNESTEN depuis novembre dernier, pour cinq mois. Autant vous dire que nous sommes actuellement en phase terminale puisque tout sera bouclé la semaine prochaine. Sinon, nous sommes vraiment satisfaits de l’accompagnement du CNESTEN qui apporte beaucoup au continent». D’un autre côté, des thésards originaires de pays africains sont également présents au niveau de ce centre où ils utilisent les infrastructures de recherche. C’est notamment le cas du Congolais (République du Congo) Russel Moubakou, qui prépare une thèse en physique nucléaire, grâce à une bourse Sandwich de trois ans de l’AIEA. Par bourse Sandwich, il faut comprendre dans son cas, qu’il fait 6 mois au Maroc et 6 mois au Congo jusqu’à fin 2022. «Ma thèse porte sur l’étude de la radioactivité de certaines zones dans mon pays. J’y fais des prélèvements que je viens tester ici au CNESTEN qui est bien équipé. L’objectif est de dire aux autorités de mon pays que telle ou telle zone n’est pas faite pour y vivre parce que le taux de radioactivité dû à la présence de polonium 210 ou d’uranium 238 y est très fort».

Vision 2030

Khalid El Mediouri, Directeur général du CNESTEN, a profité de l’inauguration des deux nouveaux centres pour présenter la vision stratégique du centre à l’horizon 2030, qui s’articule autour de quatre principaux objectifs :
1. Renforcer et élargir les utilisations des sciences et techniques nucléaires dans les stratégies et programmes sectoriels ;
2. Enrichir le capital humain national dans le domaine des sciences et technologies nucléaires ;
3. Renforcer le régime opérationnel de sûreté et sécurité nucléaires et radiologiques à l’échelle nationale ;
4. Asseoir le positionnement du CNESTEN à l’échelle régionale en sciences et technologies nucléaires au service du rayonnement régional du Maroc.

Aziz Diouf / Les Inspirations Éco

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