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Peintures au plomb : le Maroc s’aligne enfin sur les standards internationaux

Les propriétés toxiques du plomb sont connues depuis l’antiquité. Si la médecine expose le problème depuis 1713, ce n’est qu’en 1915 seulement qu’une loi interdit la peinture (céruse) dans les métiers du bâtiment, en France. Cependant, même si cette peinture n’est plus utilisée depuis 1948, et interdite pour tous travaux de peinture depuis 1988, il a fallu attendre 1993 pour qu’elle soit interdite à la commercialisation dans l’hexagone. Au Maroc, il a fallu attendre plus de 28 ans, entre 1993 et le 20 mai 2021, pour que la norme marocaine NM 03.3.318, d’application obligatoire, limite la teneur en plomb dans les peintures.

La norme marocaine NM 03.3.318 vient mettre un terme à un lourd silence de la réglementation marocaine sur une aberration observée au Maroc en matière de teneur en plomb des peintures domestiques. Une étude réalisée en 2017 par la Société marocaine de toxicologie clinique et analytique (SMTCA) montre que 40% des peintures à base de solvant utilisées au Maroc contenaient un taux de plomb supérieur au seuil toléré à l’international. Pour 13 des 33 peintures à base de solvant analysées (39%) étaient des peintures au plomb, c’est-à-dire qu’elles contenaient des concentrations de plomb supérieures à 90 parties par million (ppm), poids sec, seuil toléré au niveau international.


Six peintures (18%) contenaient des concentrations de plomb dangereusement élevées à 10.000 ppm ou plus. Huit des 16 marques analysées (50%) ont vendu au moins une peinture au plomb. 5 des 16 marques analysées (31%) ont vendu au moins une peinture au plomb avec des concentrations de plomb dangereusement élevées à 10.000 ppm ou plus. Ou encore, 12 des 25 peintures de couleur vive (48%) étaient des peintures au plomb.

Depuis le 20 mai dernier, date de la publication au BO n°6988 de l’arrêté n°959-21 du ministre de l’Industrie, du commerce et de l’économie verte et numérique, les fabricants de peinture en vernis sont tenues de se conformer à cette nouvelle réglementation en vigueur : la norme marocaine NM 03.3.318, d’application obligatoire limite la concentration de plomb dans ce type de peinture.

«C’est une norme sur laquelle nous avons travaillé avec IMANOR depuis plusieurs mois. Un délai de 2 ans est donné aux professionnels pour se conformer. Nous pensons que ce délai est largement suffisant pour ce faire. Nous aurions souhaité qu’il soit plus court. Une fois ce délai échu, nous espérons que les pouvoirs publics s’attèleront à la faire respecter et de sanctionner toutes les dérives le cas échéant. Nous espérons aussi que d’autres normes complémentaires soient mises en œuvre pour définir de manière plus précise les produits adaptés à chaque utilisation tout en fixant les règles d’hygiène et de sécurité correspondantes», nous explique Abed Chagar, président de la Fédération de la chimie et de la parachimie (FCP).

Qu’est-ce que cette nouvelle norme change pour le Marocain lambda ? Contacté par Les Inspirations Eco, Abderrahim Taïbi, directeur de l’institut Marocain de normalisation (IMANOR), explique que les enjeux derrière l’adoption de cette nouvelle norme «sont d’ordre purement sanitaire. L’élaboration de la norme a été déclenchée suite à la demande des services concernés du ministère de la Santé, en vue de se conformer à une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant cette substance».

De son côté, le président de la FCP soutient que «cette limitation permet de mettre sur le marché des produits de qualité tout en protégeant la santé des applicateurs, des clients et des professionnels. Elle permet aussi d’assainir la profession des fabrications non contrôlées et des importations anarchiques qui se font sans respect de règles ou de normes. Cela empêche aussi d’avoir recours à des matières premières de mauvaise qualité (Celles contenant du plomb sont toujours les moins chères)».

Le plomb est un élément chimique simple, un métal bleuté, malléable et particulièrement lourd (plus de 11 fois la densité de l’eau). L’homme utilise le plomb depuis plus de 7000 ans en raison de sa facilité d’extraction, de son faible point de fusion et de sa grande malléabilité. Cela a permis à ce métal lourd d’être utilisé dans divers domaines d’application tels que l’industrie, l’imprimerie, les arts plastiques, l’agriculture, la construction…

D’un point de vue historique, le plomb a été utilisé dans la conception des glaçures céramiques, dans la conception des pièces de monnaie (il y a 1000 ans), dans les objets d’art, dans la vaisselle et dans les tuyaux en plomb pour la circulation de l’eau. Plus récemment, le plomb a été utilisé dans la fabrication de sels de plomb, de produits de maquillage, comme pigment rouge, comme élément dans les peintures, comme peinture anticorrosion pour le fer (peinture minium) et jusqu’à récemment comme revêtement anticorrosion.

Qu’est-ce que la peinture au plomb ?
Les dérivés minéraux du plomb ont été utilisés comme pigments, notamment pour le minium gris, une peinture pour radiateurs, le rouge de molybdène, une peinture antirouille, et le blanc de céramique/plomb, une peinture blanche aux propriétés antifongiques particulièrement utilisée pour les pièces humides. Aujourd’hui, on trouve de nombreuses peintures contenant du plomb dans des bâtiments antérieurs à 1949, souvent sous une couche de peinture récente ; d’où l’importance de diagnostiquer le plomb avant de vendre ou de louer un bien construit avant 1949.

De graves risques pour la santé
Le plomb peut pénétrer dans l’organisme par trois voies : par inhalation de vapeurs ou de poussières, ingestion et, plus rarement, par la peau. La maladie liée à la toxicité du plomb est le saturnisme. Le saturnisme aigu ou chronique est une intoxication qui s’accompagne de violentes douleurs intestinales (coliques de plomb) avec constipation et de troubles neuropsychologiques.

Ses effets peuvent être observés après une absorption volontaire, notamment chez les enfants qui ont absorbé des écailles de vieilles peintures au plomb, après l’absorption d’un sel de plomb ou par empoisonnement accidentel. Les sels de plomb se trouvent dans les peintures contenant du plomb. Les signes du saturnisme ne sont pas très spécifiques (anémie, troubles digestifs, atteinte du système nerveux, tremblements, paralysie, néphrite interstitielle (une maladie qui affecte les reins) et peuvent avoir des effets mortels. Le saturnisme touche particulièrement les enfants vivant dans des logements anciens et insalubres qui donnent accès à des peintures au plomb dégradées. Le saturnisme désigne les manifestations de l’intoxication au plomb. Ses effets sont multiples : sur le système nerveux, la moelle osseuse et le sang.

En cas d’empoisonnement massif, les conséquences peuvent être une encéphalopathie convulsive pouvant conduire à la mort. Lors d’intoxications moins graves, les professionnels de la santé ont observé des troubles neuro-comportementaux et une détérioration des facultés intellectuelles. Ce sont les effets connus du plomb sur le système nerveux. Quant aux effets sur la moelle osseuse et le sang, le plomb dans l’organisme peut bloquer plusieurs enzymes essentielles à la synthèse de l’hémoglobine. Ces effets sur le sang entraînent une diminution du nombre de globules rouges et donc une anémie. L’intoxication aiguë reste rare. L’intoxication dite habituelle est liée à une exposition chronique.

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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