Éco-Business

Mostafa Labrak : “Les marges, avec cette crise, n’ont jamais été aussi serrées !”

Mostafa Labrak
Directeur général d’Energysium Consulting

Face à la flambée des prix des carburants à la pompe, les usagers se posent mille et une questions. À défaut de pouvoir joindre directement les dirigeants du Groupement des pétroliers au Maroc (GPM), qui se murent dans un silence assourdissant, Mostafa Labrak, directeur général d’Energysium Consulting et expert en matière de carburants, éclaire notre lanterne sur les coulisses des entreprises pétrolières. «Cela ne m’étonnerait pas si quelques stations-services tombent en panne sèche. Les marges dans cette crise oscillent entre positives et négatives d’une quinzaine à l’autre, et les sociétés de petite taille sont dans une mauvaise posture, car elles s’approvisionnent chez les plus grandes.»

En matière de stockage, il y a toujours un décalage temporel à prendre en compte, notamment entre le moment où les distributeurs achètent, celui où le carburant leur est livré, le moment où ils le stockent, puis le distribuent. Si, comme vous l’expliquez, le délai entre la passation de la commande et la livraison est de 45 jours, comment se fait-il qu’aux stations- services, les prix grimpent pratiquement tous les 15 jours ?
Il faut savoir que dans la pratique d’approvisionnement en carburants, que ce soit en contrats à terme ou en spot, le prix d ‘achat est fixé le jour de la livraison, et non pas le jour de la commande, en se basant sur le référentiel Platts (Nortwest Europeens Ports). Des formules existent depuis longtemps et les opérateurs s’en accommodent très bien.

Bien qu’il y ait de temps à autre des frictions entre les traders et les compagnies sur les arrivées, délibérément tardives ou précoces, des navires anticipant un changement de prix en faveur des traders. Les prix sont donc fixés en général sur la moyenne de la quinzaine passée. Aujourd’hui, les stocks sont à un niveau très bas et bien qu’ils soient valorisés par le principe de la moyenne pondérée, les prix tirent vers les plus hauts.

Pouvez-vous expliquer comment les distributeurs marocains s’alignent sur la hausse du prix du brut à l’international, sachant que, pour sécuriser leurs marges, ils devraient s’être suffisamment approvisionnés, au pire des cas, depuis le début du conflit armé en Ukraine ?
Comme expliqué plus haut, nous importons du produit raffiné qui suit le référentiel Platts et non pas le brut à l’international. Le Platts est un corollaire au brut mais décalé dans le temps, car il faut bien le transporter, le raffiner, le stocker et le mettre à la disposition des traders qui le commercialisent en y ajoutant aussi leur premium.

Encore aujourd’hui, le rush sur le produit a bien commencé depuis la levée des restrictions «post-Covid» et nos distributeurs peinent à trouver des produits pour tourner. Cela ne m’étonnerait pas si quelques stations-services tombent en panne sèche. Les marges dans cette crise n’ont jamais été aussi serrées. Elles oscillent entre positives et négatives d’une quinzaine à l’autre et les sociétés de petite taille sont dans une mauvaise posture car elles s’approvisionnent chez les plus grandes, ne disposant pas de structures d’importation. En définitive, l’impact de la guerre en Ukraine est encore à venir tant sur le prix que la disponibilité.

Comment réagissez-vous à la proposition de certains économistes qui estiment qu’il faut une loi légalisant l’indexation de la taxe intérieure de consommation (TIC) et la TVA sur le carburant à la pompe ?
Le principe du flottement de la TIC est une idée qui a été évoquée à plusieurs reprises mais son caractère variable déplaît aux trésoriers du ministère des Finances, lesquels préfèrent avoir une visibilité sur les recettes fiscales fixes, bien définie dans la loi de Finances au lieu de jongler avec des anticipations qui pourraient s’avérer fausses vu les incertitudes liées aux crises.

Personnellement, je trouve qu’il faut s’armer de courage et l’inscrire dans la politique publique, en vue de son application, car l’État peut récupérer le manque à gagner dès que les prix baissent… et les prix baisseront un jour !

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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