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Entreprises : la RSE en passe de s’imposer comme une obligation

Véritable révélateur des engagements RSE des entreprises, la pandémie marque également un tournant dans leur responsabilité sociale. Face aux nombreux défis auxquels seront confrontées les entreprises marocaines à l’avenir, notamment la taxe carbone, le réchauffement climatique et les normes environnementales, la RSE va rapidement s’inviter dans les débats, alors que ce concept peine à s’imposer au sein des PME marocaines.

La pandémie s’est révélée comme un test grandeur nature de l’engagement des entreprises à tous les niveaux. Longtemps considérée comme un simple gadget, ou encore assimilée à de la philanthropie, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) a été propulsée sur le devant de la scène. Encore peu généralisée au sein des PME marocaines, elle risque de s’inviter dans les débats au cours des prochains mois. En effet, face au réchauffement climatique et aux préoccupations croissantes des clients et consommateurs relatives aux enjeux sociaux et sanitaires, la RSE s’affirme progressivement comme une obligation. Selon Radia Cheikh Lahlou, experte en RSE et directrice générale de Déclic, «les entreprises étrangères -notamment européennes- imposent de plus en plus, aux entreprises marocaines, des chartes ou contrats incluant des engagements RSE». Mais si la RSE n’est pas encore une obligation d’ordre légal, comme en France, sa mise en pratique induit déjà des résultats non négligeables. Pour les PME, elle consiste en une assurance d’être au cœur des préoccupations des clients. Pour les grandes entreprises,il s’agit d’une assurance d’impact sur les cours des actions et les performances des entreprises. «Aux États-Unis, Bank of America a révélé que les entreprises bénéficiant d’un meilleur bilan que leurs pairs, en matière de gouvernance sociale et environnementale, génèrent des rendements plus élevés sur trois ans », déclare Radia Cheikh Lahlou. Un constat partagé par Soumia Bahi, responsable RSE Gouvernance et Développement du Groupe Bank Of Africa. Engagé depuis 20 ans dans une politique de RSE, Bank of Africa a été ainsi la première banque au Maroc à lancer une politique de réduction de son empreinte carbone. Une initiative qui impacte l’ensemble des départements de la banque, allant de la construction à la valorisation des déchets, et qui s’étend même à lactivité d’octroi de crédits. «La politique RSE de notre banque a donc un véritable impact, y compris sur l’économie nationale», soutient-elle. De son côté, Pr. Tarik El Malki qui pilote l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises au Maroc, rappelle les missions de l’institution qu’il préside. Créé en 2018, son rôle est de vulgariser les bonnes pratiques auprès des entreprises et de les doter des ressources nécessaires à la mise en place de politiques RSE. Selon lui, «la RSE est une nécessité en temps de crise. Les entreprises marocaines seront confrontées à de nombreux défis à l’avenir, tels que la taxe carbone, le réchauffement climatique, les normes environnementales…». Seule la RSE pourra permettre de tirer par le haut la productivité et la profitabilité.


Un moteur de relance et de résilience face aux chocs futurs
Les experts en la matière ne manquent pas de marteler que «la RSE est un moteur de relance et de résilience face aux chocs futurs». Pour Tarik El Malki, président de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises, la modernisation d’une économie, voire sa mise à niveau, ainsi que le développement pérenne d’une société, sont tributaires d’un changement de mentalités dans les entreprises du secteur privé, notamment à travers une prise en considération de ce qu’il est convenu d’appeller les attentes, intérêts et impacts des activités des entreprises sur toutes les parties prenantes, qu’elles soient internes (salariés, syndicats) ou externes. «À mon sens, le véritable questionnement, que pose la RSE, porte sur la manière d’articuler une relation qui soit efficace et efficiente entre l’entreprise et son environnement sociopolitique. Les tendances lourdes de l’évolution du contexte socio-économique, qui, à la faveur des crises que nous vivons depuis des décennies et, de manière plus exacerbée, avec la crise sanitaire actuelle, mettent en évidence le caractère instable et perturbé de l’environnement dans lequel nous évoluons. Ceci impose un certain nombre de ruptures, notamment en matière de transition énergétique, et de refonte de l’ordre économique et social, ruptures dans lesquelles les entreprises doivent être parties prenantes», explique Pr. Tarik El Malki. Au-delà de l’amélioration de la compétitivité de l’entreprise, la RSE est d’abord une manière, pour elle, de raffermir son pacte citoyen avec la société, de moderniser ses pratiques et de se démocratiser en interne, en favorisant une meilleure gouvernance, à travers un certain nombre d’outils dédiés, au regard des initiatives observées sur le terrain, notamment la mise en place du label RSE de la Confédération générale des entreprises du Maroc, qui a le mérite d’avoir introduit ce concept au niveau de la sphère privée. Rappelons, par ailleurs, que le Maroc ayant ratifié pratiquement toutes les conventions de l’organisation internationale du travail, les principes directeurs des Nations unies, ou encore le pacte international des droits de l’Homme, il y a raison d’espérer que cet élan ira en se perpétuant, avec la mise en oeuvre du Nouveau modèle de développement.

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO

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