Éco-Business

Climat des affaires : les industriels s’accrochent

Les industriels ont bouclé un premier trimestre d’épreuves sur fond de persistance des tensions sur les chaînes d’approvisionnement et des pressions inflationnistes. Plus d’un industriel sur trois évoque, dans l’enquête de conjoncture de Bank Al-Maghrib, un climat des affaires défavorable. En dépit des vents contraires, les patrons restent optimistes. Toutefois, 28% n’ont aucune visibilité quant à l’évolution de la production et plus d’un tiers sur les ventes. Ce climat affecte les décisions d’investissement et l’emploi. 

Le plongeon du moral des ménages au premier trimestre n’est pas annonciateur de bonnes nouvelles. Certes, les mesures de soutien déployées par le gouvernement ont pour portée de contenir les effets combinés sur le pouvoir d’achat à la fois de la sécheresse et de la guerre en Ukraine.

Toutefois, une perception de l’inflation toujours forte et les craintes du chômage, qui demeure à un niveau élevé, sont de nature à renforcer les comportements de prudence. Rappelons, par ailleurs, que le gouvernement a récemment acté un pacte de dialogue social prévoyant notamment l’augmentation de 5% du SMIG en septembre prochain et le relèvement du salaire minimum dans la fonction publique, mesures qui viendront en soutien à la consommation des ménages, principal moteur de la croissance.

Dans ce climat, il semble difficile pour les entreprises de se projeter. Les patrons ont bouclé un premier trimestre d’épreuves avec la recrudescence des tensions inflationnistes.

Dans l’enquête de conjoncture de Bank Al-Maghrib, plus d’un industriel sur trois évoque un climat des affaires défavorable contre 29% parmi l’échantillon sondé, au trimestre précédent. Les contrariétés étaient déjà fortes au dernier trimestre 2021 sur fond de difficultés en matière d’approvisionnement et de hausse des prix des matières premières et de l’énergie. Elles se sont renforcées depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Les coûts de production ont augmenté dans toutes les branches d’activité, relève l’enquête.

74% des industriels sondés signalent une hausse de leurs coûts de production au 1er trimestre 2022 contre 59% le trimestre précédent. Près de la moitié déclarent des tensions sur le plan des approvisionnements contre seulement 27% au 4e trimestre 2021. Les entreprises des secteurs «Électrique et électronique», et «Chimie et parachimie» rencontrent le plus de difficultés avec, respectivement, 78% et 58% des patrons évoquant des conditions d’approvisionnement difficiles.

Le contexte a aussi exacerbé les tensions sur la trésorerie. La situation est jugée difficile par un industriel sur quatre. En mars dernier, le gouvernement a approuvé un plan d’aide qui est, depuis quelques semaines, déployé dans les réseaux bancaires. Le relèvement du plafond d’engagement de garantie de «Tamwilcom» -à 15 MDH par opération et 30 MDH sur une même unité- permettra aux entreprises de couvrir des financements jusqu’à 50 MDH contre 33 MDH auparavant.

Les banques vont aussi procéder à des rééchelonnements de dettes allant jusqu’à trois ans, dont un différé pouvant atteindre un an, afin de soulager les entreprises. De manière générale, l’accès au crédit bancaire au 1er trimestre est jugé normal par la plupart des industriels, soit neuf sur dix, sauf dans le «Textile et cuir» où le tiers des patrons rencontre des difficultés.

Baisse des effectifs dans la «Mécanique» et la «Métallurgie»

En mars dernier, les carnets de commandes étaient inférieurs à la normale, selon les témoignages de la plupart des industriels. Néanmoins, et en dépit des vents contraires, les entreprises restent optimistes. Cela étant, 28% n’ont aucune visibilité sur l’évolution de la production et plus d’un tiers sur les ventes.

La moitié des dirigeants prévoit une stagnation des dépenses d’investissement au 2e trimestre contre 35% tablant sur une hausse. Le manque de visibilité des patrons a aussi des conséquences sur l’emploi dans le secteur avec des situations variées selon les branches d’activité.

Si les effectifs ont stagné dans 79% des entreprises, cette part ressort à seulement 50% dans la «Mécanique» et la «Métallurgie» où 46% des opérateurs ont procédé à des dégraissages. À l’inverse, 40% des entreprises du «Textile et cuir» ont embauché au 1er trimestre tandis que les effectifs ont stagné dans 50% des structures. À très court terme, la majorité des industriels prévoit une stagnation des effectifs.

Franck Fagnon / Les Inspirations ÉCO


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