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Bank Al-Maghrib : une deuxième série de stress tests pour le secteur bancaire

Le système bancaire a dû absorber en grande partie le choc des effets de la crise sanitaire sur les entreprises et les ménages. Elles restent pourtant résilientes selon Bank Al-Maghrib, qui demande la réalisation d’une deuxième série de stress tests d’ici la fin de l’année, considérant l’hypothèse d’un choc plus fort.

L’invitation du wali de Bank Al-Maghrib au Parlement a été l’occasion pour les députés de prendre conscience des impacts de la crise sanitaire sur la situation économique et monétaire du royaume. Si la pandémie a eu des effets néfastes sur certains ménages et entreprises, les mesures mises en place par le Comité de veille stratégique (CVE) ont permis de les atténuer en partie.


Entre-temps, le système bancaire continue d’en pâtir, selon Bank Al-Maghrib, surtout au niveau de la sinistralité et du risque. Les créances en souffrance ont explosé durant les neuf premiers mois de cette année pour atteindre 79 MMDH à fin septembre 2020 contre 9,1 MMDH enregistrés à la même période de l’année précédente. Le taux de sinistralité s’est quant à lui établi à 8,4% contre 7,6% à fin 2019. Un taux qui reste excessif en comparaison avec certains pays de la région comme l’Arabie saoudite (1,7%), l’Égypte (4,9%) ou encore des pays avancés tels que la France (2,7%) et la Belgique (2,3%). Une situation qui ne va pas s’arranger de sitôt. «Le suivi des échéances de crédit qui ont été reportées dans le cadre de la crise augure une aggravation des créances en souffrance dans les prochains mois», soulignait Abdellatif Jouahri.

Déjà, à fin septembre, les crédits reportés tombés en impayés ont déjà atteint 13,2 MMDH, et ceux qui bénéficient toujours du moratoire s’élèvent à 15,1 MMDH. Un constat qui est généralement pris en considération dans les appréciations des agences de notation. D’ailleurs, Fitch Ratings a récemment dégradé la note de trois banques marocaines, «ce qui pourrait entraîner une dégradation de la note souveraine du pays… Cette notation est un des éléments essentiels scrutés par les investisseurs étrangers lors des levées à l’international», nous explique un analyste. D’un autre côté, la rentabilité des banques semble également avoir pris un sacré coup avec la déclaration de la crise sanitaire, sachant qu’elle s’inscrivait sur une tendance baissière durant les dix dernières années. «Les marges devraient ainsi se contracter davantage cette année dans un contexte de taux bas, de la production d’une partie importante des crédits à des taux préférentiels et de la hausse du coût du risque», commente Jouahri. Ce dernier estime pourtant que le système bancaire reste résilient au vu des résultats des stress tests menés en juin dernier.

À la demande de Bank Al-Maghrib, d’autres stress tests seront réalisés d’ici la fin de l’année, considérant l’hypothèse d’un choc plus fort. Au-delà de son impact sur le système bancaire, la crise pourrait faire planer des risques sur la stabilité financière. Au niveau du marché boursier, une baisse importante a été enregistrée au début de la crise, avec une dépréciation de 26% pour l’indice général, de 50% pour la promotion immobilière et de 33% pour les banques. Une évolution qui a amené l’AMMC à réduire les seuils de variation des cours pour limiter leur volatilité.

De même, le secteur des assurances a subi au début de cette crise des pertes importantes au niveau de son chiffre d’affaires et des plus-values latentes, mais celles-ci se sont progressivement atténuées, grâce notamment au redressement du marché boursier. L’autorité de contrôle des assurances a aussi pris des mesures d’allègement prudentiel, notamment en matière de provisionnement pour dépréciation des placements. À noter que plusieurs analystes de la place, en même temps que la Banque centrale, déplorent les récents développements de la pandémie qui accentuent les incertitudes liées à à l’évolution future de la situation du royaume. Si l’ensemble des mesures préalablement prises ont permis de contenir un tant soit peu les effets de la pandémie, l’accélération inquiétante de la propagation du virus ces derniers mois a pousser les autorités à restaurer quelques restrictions locales sur certaines activités économiques et sociales.

De plus, les frontières restent fermées, ce qui n’est pas sans impact sur certains secteurs. Jouahri s’attend même à ce que les impacts, à court terme, économiques et sociaux de cette crise soient d’une ampleur plus importante avec une reprise globalement lente et qui s’étendrait sur plusieurs années pour certains secteurs.

«À plus long terme, ses implications restent incertaines et porteuses de mutations et de changements de paradigmes dont certains étaient déjà en œuvre avant la crise (révolution digitale, montée du protectionnisme, remise en cause du multilatéralisme, creusement des inégalités sociales et territoriales, changement climatique…)», souligne le wali de Bank Al-Maghrib.

Selon ses projections, le Maroc ne pourra prétendre à la relance économique qu’à partir de 2023. Pour l’heure, l’accélération du rythme des réformes à même de renforcer la résilience économique et sociale semble primordiale. «Il faut que le Maroc soit capable à l’avenir de faire face à d’éventuelles crises et ainsi mettre fin à la logique du sapeur-pompier qu’on ne cesse d’utiliser», explique Jouahri. «Toutefois, nous sommes appelés à tirer tous les enseignements de cette crise pour apporter une réponse aux vulnérabilités qu’elle a mises en exergue (déficit du système sanitaire, vulnérabilité économique d’une large frange de la population, poids de l’informel, fragilité du tissu industriel, prépondérance de l’utilisation du cash…), mais également pour faire face à ses implications à long terme», ajoute-t-il. Il met ainsi l’accent sur l’importance de travailler sur le plan structurel du Maroc «afin de pouvoir donner assez d’immunité à notre économie et notre société». Dans tous les cas, il faudra donner un coup d’accélérateur aux nombreux chantiers en cours et lancer les réformes structurelles nécessaires pour renforcer la résilience économique et sociale du Maroc afin qu’il puisse faire face aux défis et les chocs futurs. Cela passe entre autres par l’amélioration de la compétitivité des entreprises marocaines face à une concurrence de plus en plus agressive de manière à accélérer la croissance, tout en renforçant son caractère inclusif. À cela s’ajoutent un rehaussement du niveau de la gouvernance ou encore le rétablissement des équilibres macroéconomiques et leur préservation. Des éléments nécessaires pour assurer la soutenabilité de la croissance, chose qui implique une rationalisation et une priorisation des dépenses ainsi qu’une optimisation des recettes.

Aida Lo / Les Inspirations Éco

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