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Priorités du prochain gouvernement : La configuration de la majorité, décisive pour les dossiers urgents

Le facteur politique lié aux possibles alliances pèsera sur les sujets urgents du prochain mandat gouvernemental. Réforme des retraites, décompensation du gaz et du sucre, appui à l’entreprise, création d’emplois, les leviers de la croissance… la liste est longue.

Quelle que soit la prochaine majorité gouvernementale, une constante conditionnera sa solidité, à savoir le degré de consensus autour des questions prioritaires. Les dossiers chauds de la rentrée seront sans conteste un test de cohésion du prochain Exécutif. La réforme de la retraite, dont la loi a été adoptée durant les derniers moments du gouvernement sortant, n’est pas encore un dossier clos. Rappelez-vous, la déclaration du SG du PAM, Ilyas El Omari, qui promettait de remettre la réforme des retraites sur la table s’il arrivait premier au scrutin du 7 octobre.


Aujourd’hui que les jeux sont faits, si le PJD arrive à former sa majorité, il lui sera facile de continuer sur sa lancée, sinon il devra composer avec son rival. A fortiori parce qu’avec les premières ponctions dans les salaires des fonctionnaires pour renflouer la caisse de la CMR, la tension est montée d’un cran. L’emploi est l’autre patate chaude que le prochain gouvernement doit prendre à bras le corps. Ayant frôlé les 10% en 2015, le taux de chômage est un facteur déterminant pour toute politique économique future. Dans leurs programmes électoraux, les partis croisaient le fer sur le nombre de postes qu’ils promettaient de créer. Il s’agit en fait d’un élément essentiel qui conditionne toutes les politiques publiques. La paix sociale en dépend, sans oublier que l’emploi est l’un des critères majeurs sur lequel les agences de notation s’appuient pour livrer leurs classements. Mais comment le prochain gouvernement compte-t-il créer de l’emploi dans un environnement économique en stand-by ? Le projet de loi de Finances 2017, comme ses précédents, table sur pas plus de 23.000 postes budgétaires.

Dans cette configuration, l’administration ne peut prétendre se substituer au privé. Et c’est justement à ce niveau que des leviers doivent être dénichés. Certains observateurs proposent de s’intéresser encore plus à l’entreprise à travers des incitations fiscales comme l’exonération de l’IS sur les provisions pour investissement. Une mesure qui pourrait avoir un double impact, à savoir encourager les entreprises à embaucher et par la même occasion à investir car l’investissement est le moteur de l’emploi. Le troisième dossier chaud de la prochaine équipe n’est autre que la dette publique qui a valu beaucoup de critiques au gouvernement Benkirane. Si ce dernier rempile à la tête de la majorité, il sera très attendu sur ce point car il ne faut s’y tromper, lorsque l’endettement public dépasse les 80% du PIB, il y a matière à poser les bonnes questions sur le modèle économique du pays. En quatre années, la dette du Trésor s’est aggravée de 200 MMDH dont une grande partie aura finalement servi à combler les dépenses de fonctionnement. L’éducation-formation pèsera aussi de tout son poids dans les enjeux de croissance sur les cinq prochaines années. Le fiasco des politiques d’urgences pour sauver l’école nationale a jeté de l’ombre sur la campagne électorale comme cela a été relayé par la presse. Une rentrée scolaire chaotique pour montrer le gouffre que le secteur a atteint malgré les milliards de dirhams dépensés. Le prochain gouvernement sera très attendu sur ce dossier tout autant que celui de la formation afin d’accompagner les mutations économiques que le pays veut réaliser, car l’industrie n’a pas besoin que de main-d’œuvre bon marché et de foncier abordable. La technicité fait son entrée de manière sérieuse dans l’automobile, l’aéronautique et d’autres technologies de pointe, ce qui implique une formation respectant les standards et répondant aux besoins pointus des grandes entreprises étrangères.

Rappelons à ce propos que l’Executif avait promis la reformation de 50.000 jeunes diplômés annuellement lorsque ces derniers étaient en état de chômage prolongé. Toutefois, ce chiffre n’a pas dépassé 35.000 sur les quatre ans. Souvent les professions de foi des périodes électorales trouvent peu ou prou de pendant dans la réalité. C’est pour cela que les ambitions affichées doivent être réalisables pour ne pas servir de faire-valoir aux critiques de tout acabit. La lutte contre l’analphabétisme est une autre paire de manches. Le prochain gouvernement devra trouver la bonne approche loin des solutions classiques. Le gouvernement sortant avait annoncé dans sa déclaration gouvernementale une baisse du taux d’analphabétisme à 20% en fin de mandat. Résultat, nous en sommes encore à 32% avec tout ce que ce taux sous-tend en termes d’image pour le pays et de classement dans le développement humain. Si le gouvernement Benkirane a été marqué par la réforme de la compensation, celle-ci reviendra très certainement au devant de la scène dès la prochaine rentrée politique.

On se posera forcément la question sur le sort des produits non encore libéralisés, notamment le gaz butane et le sucre, car si la décompensation de ces deux denrées n’a pas été imaginable en période électorale, rien n’empêche le prochain gouvernement de s’en saisir. En somme les décisions impopulaires n’ont pas le même impact sur la popularité d’un gouvernement en début de mandat. Il faut s’attendre donc à ce que le gaz figure en haut de la liste des préoccupations phares du prochain Exécutif. Idem pour le sucre. L’Exécutif avait une vision, à savoir réorienter les 2 MMDH alloués à la subvention du sucre aux équipements de santé dans le monde rural et au Fonds de cohésion sociale (50%). C’est peut-être à ce niveau-là que le gouvernement était attendu et ceci pour l’ensemble de la réforme de la compensation. La lutte contre la corruption et la moralisation de la vie publique devront aussi attirer l’attention des observateurs dès la prise en mains des manettes par le prochain gouvernement. Certes des avancées considérables ont été réalisées dans ce domaine, mais ses implications économiques et sociales ne sont pas encore suffisamment visibles. La justice devra entrer en jeu pour donner des signaux dans les dossiers sensibles de dilapidation des deniers publics. 


Le roi nomme Benkirane chef de gouvernement
Le roi Mohammed VI a reçu, hier mardi en fin d’après-midi, Abdelilah Benkirane, secrétaire général  du parti Justice et Développement, l’a nommé chef de gouvernement et l’a chargé de former le nouveau gouvernement en vertu de l’article 47 de la constitution, selon un communiqué du ministère de la maison Royale, du protocole et de la chancellerie. À présent, Benkirane devra composer avec les autres partis notamment ceux du cabinet Benkirane I, à savoir l’Istiqlal, le Mouvement populaire et le PPS. Tout plaide pour cette configuration qui assure une certaine cohérence étant donné que les deux premiers partis ont le même référentiel et que le MP et le PPS avait toujours su composer avec Benkirane et savaient aussi gérer les divergences sans clash.

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