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Panique chez les investisseurs touristiques

L’Association nationale des investisseurs touristiques a adressé une lettre ouverte au chef du gouvernement pour l’alerter quant à la régression que connaît ce secteur. 

C’est un cri d’alarme lancé au futur gouvernement ! Alors que les tractations battent leur plein pour la constitution du prochain gouvernement, les investisseurs touristiques se mobilisent pour ériger leur secteur en priorité en tirant la sonnette d’alarme quant à la situation du tourisme. L’Association nationale des investisseurs touristiques (Anit) vient en effet d’adresser une lettre ouverte au chef du gouvernement. L’heure est visiblement grave : «le secteur est désormais en régression. La confiance des investisseurs, des bailleurs de fond et de la plupart des professionnels a disparu. Cette situation, qui perdure et s’aggrave depuis 2010, a été très mal gérée voire ignorée tout au long de la dernière législature, transformant une crise conjoncturelle en une crise structurelle», tonne l’association. Les membres de l’Anit veulent tourner la page de la dernière législature: «500.000 familles marocaines vivent du tourisme, alors même que la plupart des observateurs estiment que le secteur a été négligé lors de la dernière législature», déplorent les investisseurs touristiques.


Perte de vitesse
Pour eux, la Vision 2020, qui a pris le relais de la Vision 2010, a défini de nouvelles ambitions pour entretenir et prolonger la dynamique du secteur. À mi-parcours, force est de constater que certains objectifs majeurs restent non réalisés et se heurtent à des difficultés de taille. Avec un taux d’occupation national de l’ordre de 40%, ce sont des dizaines d’unités hôtelières qui sont menacées de fermeture, mettant en péril des milliers d’emplois et l’équilibre précaire de la balance des paiements. «Votre gouvernement risque de faire face aux conséquences économiques et sociales de cette situation, si rien n’est fait pour la redresser rapidement», met en garde l’association. Et d’ajouter : «le tourisme, parce qu’il est résilient, reste encore un pilier porteur de notre économie et de notre société. Il a plus que jamais besoin d’être rétabli dans son statut de priorité nationale et d’une prise en main énergique, et ceci afin de le remettre sur son sentier naturel de croissance, relancer les investissements, promouvoir sa compétitivité à long terme et favoriser son développement durable». Les opérateurs insistent, dans cette perspective, sur la nécessité d’un diagnostic sans complaisance de la situation actuelle à travers un bilan sans concession de la Vision 2010 et de la Vision 2020 à mi-parcours, devra être établi pour tirer les leçons du passé et poser les bases d’une réflexion argumentée.

Nouveau départ
L’Anit appelle aussi à repenser la stratégie du secteur pour déboucher sur une copie crédible et réaliste. Il s’agit d’impulser une nouvelle démarche créative, qui tienne compte des réalités de l’environnement politique international, mais aussi de la concurrence, des nouvelles tendances de la demande et des nouveaux modèles économiques à l’œuvre dans cette industrie au niveau mondial. Plus globalement, le tourisme devra également être (re)pensé dans le cadre de la stratégie économique globale de notre pays, pour favoriser les synergies et renforcer les liens avec les autres secteurs clés de notre économie : transport, industrie, énergie, éducation et formation… Enfin, «pour que notre politique de développement touristique s’inscrive dans la durée, produise ses effets bénéfiques à long terme, et notamment ses effets d’entrainements sur les autres secteurs de l’économie, nous sommes convaincus de l’impérieuse nécessité d’une réforme en profondeur de la gouvernance du tourisme», estime l’Anit. Pour elle, la conception de la politique touristique, sa planification stratégique, son pilotage et sa mise en œuvre au jour le jour, doivent obéir à un objectif de cohérence et d’harmonisation générale dans son exécution. Ceci, dans le cadre d’une coopération public/privé renforcée et effective, tant au niveau régional qu’au niveau national.


Jalil Benabbés-Taarji
Président de l’Anit

Les Inspirations ÉCO :  Dans la lettre adressée au chef de gouvernement, vous dites que la confiance des investisseurs a disparu. Qu’est-ce qui a conduit à cette situation?  
Jalil Benabbès-Taarji : C’est principalement le fait de la rentabilité du secteur qui s’est dégradée d’année en année depuis 2011. Les raisons de cette dégradation continue sont de deux ordres. Le premier, exogène, est relatif à la conjoncture internationale particulièrement troublée ces dernières années qui a impacté négativement le secteur touristique national. Le second, endogène, est lié aux priorités du gouvernement sortant et à l’absence quasi totale du tourisme de l’agenda gouvernemental. La conjonction de ces deux facteurs a été aggravée par le manque de réactivité des fédérations représentatives, atones et structurellement absentes des débats.

Justement, la lettre parle aussi de responsabilité du secteur privé, qui doit faire son autocritique…
Il faut remonter à 2007 pour comprendre l’atonie actuelle des représentants du secteur. La profession a raté la restructuration de la Fédération nationale du tourisme, (rebaptisée depuis Confédération nationale du tourisme). Il y avait deux courants qui avaient deux visions différentes et, malheureusement, les partisans du statu quo, suite à une malheureuse interférence, ont fini par l’emporter. Dès lors, une majorité de chefs d’entreprises se sont retirés, ce qui a affecté la légitimité, la représentativité, les ressources ainsi que la force de proposition du secteur auprès de l’ensemble de ses interlocuteurs. Durablement.

Que proposez-vous pour rectifier le tir et relancer le secteur?
En ce qui concerne la gouvernance du secteur privé, nous avons fait un essai de rapprochement fin 2011‎. Un essai douloureux mais vain, puisque 5 ans plus tard, le protocole signé le 21 décembre 2011 par les CGEM, FNT, FNIH et FNAVM n’a été ni respecté, ni mis en oeuvre. Rien. Depuis, c’est l’atonie. Concernant le secteur public, nous avons écrit à tous les partis politiques, à la veille des élections législatives, compilant nos propositions et priorités. Bien avant cette lettre ouverte. Deux vœux résument nos doléances: l’écoute du chef de gouvernement ‎et la réintégration du tourisme parmi les cinq priorités de son nouveau mandat.


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