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Maroc-Inde : Afrique et sécurité alimentaire, les armes commerciales du royaume

Le vice-président de l’Inde, deuxième personnage le plus important de New Delhi, est en visite au Maroc, du 30 mai au 1er juin. L’objectif est de concrétiser certains accords et mémorandums signés lors du sommet Inde-Afrique en octobre dernier. Le Maroc et l’Inde visent à actionner une coopération plus approfondie en matière de sécurité alimentaire et enclencher un réel partenariat tripartite vers l’Afrique.

Après la Russie et la Chine, l’Inde est le prochain grand émergent sur la liste des nouveaux partenaires du Maroc. L’annonce en a clairement été faite par le souverain durant le dernier Sommet Maroc-Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui s’est tenu en avril dernier à Riyad. La présence remarquée du roi Mohamed VI au Sommet Inde-Afrique, quelques mois plus tôt (octobre 2015), présageait déjà d’un rapprochement avec l’Inde. Une dynamique qui a été suivie par la signature de nombreux accords et conventions de la part des opérateurs économiques. Aujourd’hui, les premiers résultats commencent déjà à être récoltés. La visite du vice-président de la république de l’Inde (second personnage de l’État en Inde après le président), Mohamed Hamid Ansari (photo), du 30 mai au 1er juin, est une grande première. La dernière visite d’une personnalité de cette trempe date d’il y a plus de 50 ans. «Elle s’inscrit dans le cadre du souci des deux pays de consolider leurs relations bilatérales, développer et diversifier la coopération économique et prospecter les nouveaux moyens de coopération et de partenariat sur plusieurs sujets d’intérêt commun», précise un communiqué du ministère des Affaires étrangères indien.

Nouveau deal
Concrètement, il s’agit de mettre en œuvre certains des engagements contractés lors des récentes visites des officiels marocains à New Delhi. Le vice-président indien, qui tiendra des entretiens avec le chef de gouvernement, les présidents des deux chambres du Parlement et le ministre des Affaires étrangères marocains, devrait également inaugurer la Chambre de commerce et d’industrie Inde-Maroc à Rabat (voir article page 5). De nouveaux mémorandums d’entente devraient également être signés durant cette visite, notamment dans les secteurs de l’éducation et des télécoms. Les questions de lutte antiterroriste, de sécurité et de stabilité régionale sont également à l’ordre du jour.
La question prioritaire pour l’Inde, dans ses rapports avec le Maroc et par ricochet avec l’Afrique, est indubitablement celle de la sécurité alimentaire. Le Maroc affirme en tout cas être disposé à adhérer avec l’Inde à des initiatives communes. «Cela se fera à l’image du partenariat fructueux qui lie nos deux pays dans le domaine du phosphate et de ses dérivés, et que nous nous attachons à élargir pour qu’il couvre les programmes de sécurité alimentaire, et à le mettre à la disposition de certains pays africains», avait indiqué le roi Mohammed VI, lors de son discours à l’occasion du 3e Sommet du Forum Inde-Afrique en octobre dernier. Cette question devrait figurer comme priorité à l’occasion de cette récente visite du vice-président de l’Inde qui est accompagné d’une délégation composée notamment du ministre d’État pour les produits chimiques et les engrais, Hansraj Gangaram Ahir.

Nourrir le monde
L’Inde demeure très sensible à la question de la sécurité alimentaire sur laquelle New Delhi a tenu des positions courageuses, notamment dans le cadre de l’OMC. Le Maroc, à travers notamment l’expérience de l’OCP en Afrique, compte se positionner sur cette problématique. Le Groupe OCP table sur l’incroyable potentiel du continent africain et les performances des engrais phosphatés pour relever le défi de la sécurité alimentaire. Dans un contexte où les terres arables dans le monde développé s’épuisent à grande vitesse et le réservoir mondial, situé sur le continent noir, demeure largement sous-exploité, il apparaît évident que l’Afrique sera un pôle incontournable et stratégique durant les prochaines années. Le continent recèle un potentiel de croissance énorme avec 70% de la population vivant de l’agriculture, 80% des terres agricoles non-exploitées et 25% des parts moyennes de l’agriculture dans le PIB. Autant d’arguments qui rendent l’Afrique, à travers le Maroc, incontournable pour l’Inde. L’accent est clairement mis sur les pays de l’Afrique de l’Ouest, un marché qui échappe encore à l’Inde, plutôt tournée vers les pays d’Afrique de l’Est de tradition anglo-saxonne. Le royaume constitue donc une porte d’entrée rassurante pour New Delhi, grâce, notamment, aux partenariats diversifiés conclus avec plusieurs pays africains. Le Maroc étant le plus grand investisseur dans la région d’Afrique de l’Ouest et le deuxième plus grand investisseur au niveau du continent. Le souverain avait d’ailleurs précisé qu’il s’agira d’une démarche tripartite d’accompagnement, «au service des peuples africains». 


 

Balance commerciale excédentaire
Comme pour ses autres partenariats stratégiques avec la Russie et la Chine, le Maroc compte énormément sur son réseau d’accords de libre-échange pour attirer davantage d’IDE en provenance des pays du BRICS. L’existence d’une zone de libre-échange, avec plus de 50 pays, dont l’ensemble de la communauté européenne et les États-Unis, est un autre déterminant pour l’Inde qui pourrait faire du Maroc une plateforme d’export vers ces deux grandes régions. Il est à souligner que l’Inde est l’un des rares pays avec lequel le Maroc enregistre une balance commerciale excédentaire. En 2014, les exportations à destination de l’Inde se sont établies à 7,2 MMDH, alors que les importations ne dépassaient pas 4,2 MMDH. Le Maroc profite également de nombreux investissements étrangers en provenance de l’Inde. Ceux-ci ont atteint 338,5 MDH en 2011.

 

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