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« Les indicateurs macro sont au vert »

Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain du tourisme

Le directeur général de l’office national marocain du tourisme Abderrafie Zouitene se veut rassurant. Dans une interview accordée aux Inspirations ECO, il véhicule un message de rassemblement et de confiance à l’égard des professionnels. Il assure que le Maroc est une destination résiliente comme  en témoignent les indicateurs macro  de 2016 qui sont au vert et les perspectives prometteuses de 2017.

Les Inspirations ÉCO : Les inquiétudes de certains professionnels du tourisme sont-elles fondées ?


Abderrafie Zouiten : Il faut remettre les choses en perspective. La conjoncture internationale est très difficile notamment à cause des tragédies et attentats depuis fin 2014. Jamais l’industrie touristique n’a connu une succession d’événement négatifs aussi rapprochés dans le temps. Face à cet environnement exacerbé la Marque touristique Maroc a fait plus que de la résilience et les indicateurs macro le montrent bien:

  • Les recettes en devises liées à l’activité touristique occupent la première place avec 59,4 Milliards de dirhams à fin novembre 2016 soit une hausse de + 4,1% apportant une contribution appréciable aux réserves en devises. Il s’agit d’un indicateur très important. 
  • Au niveau des arrivées, l’année sera clôturée avec environ +1,5% .

Depuis juillet les taux de progression sont plus élevés que ceux enregistrés en début d’année; de nouveaux marchés connaissent des augmentations significatives c’est le cas de la Chine où depuis la levée des restrictions liées au visa par Sa Majesté le Roi que Dieu L’assiste les chiffres ont été multipliés par 5 alors qu’il n’y a pas de vols directs reliant les deux pays; avant le Maroc recevait en moyenne par mois 800 à 1000 touristes, aujourd’hui ils atteignent plus de 6.000 par mois. Le marché russe à lui aussi progressé, sur Agadir c’est plus de 300%.

Malgré tout, on estime que la communication n’est pas assez agressive. Qu’en pensez-vous ?

Je ne sais pas ce que vous entendez par là car je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de plus agressif en termes de communication que l’organisation de la COP 22 dans notre pays qui a connu d’ailleurs un formidable succès. L’image de notre pays et plus particulièrement Marrakech à été véhiculée partout à travers le Monde.

2016 a aussi été très riche en consécrations pour la Marque touristique Maroc. 

Parmi les opérations qui ont connu un grand succès figure la série de mini-reportages diffusée en prime time sur la chaîne M6 entre le 03 octobre au 11 décembre. Cette campagne a donné la parole à des français natifs du Maroc, ou ayant fait le choix de s’y installer, qui ont raconté avec beaucoup d’émotion leur enfance au Maroc, leur vécu et les liens affectifs qui les unissent avec notre pays.  

  • Marrakech a été considérée parmi les meilleures destinations Street Food selon CNN en 2016, la septième destination à visiter en 2017 selon National Geographic et la troisième destination à découvrir selon Trip Advisor.
  • Le Maroc reste la destination favorite des français selon l’Etude Ipsos 2016 commandée par le comparateur de prix Kayak.

Quant aux diverses participations du Royaume aux événements mondiaux, le Maroc a remporté le prix du “Stand Display Award”, obtenu lors du Salon MITT 2016. Le stand de l’Office a été distingué dans plusieurs pays le dernier étant la Pologne. L’ONMT a été plébiscité le 22 mars 2016 à Londres à l’occasion de la cérémonie annuelle de remises des trophées «Transform Awards Europe 2016», récompensant les campagnes les plus innovantes de l’année  à travers l’Europe. Enfin la semaine du Maroc à Abu Dhabi a connu un énorme succès.

Il s’agit de quelques exemples auxquels il faut bien entendu rajouter l’impact très positif de la perception de la maîtrise des aspects sécuritaires par notre pays.

Tous les sites des affaires étrangères des principaux pays États Unis, France, Angleterre….indiquent sur leur site le Maroc en vert.

Quelle est votre vision pour pallier le blocage au niveau de l’aérien ?

L’ONMT continuera sa politique de renforcement de l’accessibilité aérienne des différentes régions du Royaume à des prix attractifs.

En effet, l’image de notre pays étant bonne, les aspects sécuritaires maîtrisées, la capacité aérienne demeure un élément vital pour convertir cette image en flux d’arrivées.

Des régions demeurent nettement insuffisamment desservies alors que les investissements réalisés sont très importants comme le Nord du Maroc, Agadir, Saïdia, Marrakech, Fès, le Sud pour ne citer que ces exemples.

Pour cette raison l’ONMT a milité pour l’installation de bases aériennes dans ces régions; une bonne nouvelle celles ci seront opérationnelles à partir d’Avril 2017 à Fès et Agadir. Elles le seront par la suite pour les autres villes. 

La confiance d’autres opérateurs aériens avec le lancement de plus de 50 nouvelles dessertes aériennes, le retour de Air France sur la route Paris-Marrakech, de vols de la compagnie WizzAir sur le Varsovie-Agadir, de la Belgique sur Essaouira et Ouarzazate, plus de 7 vols charters au départ de l’Allemagne sur Agadir pour ne citer que ces exemples sont des leviers positifs.

L’ONMT a-t-il une priorité au niveau des régions ?

Nous tentons de donner un nouveau sens à la régionalisation avancée en construisant le tourisme dans les régions. On ne peut pas donner une réelle impulsion à l’activité touristique sans une construction au niveau régional. A cet égard, je salue le rôle des CRT et des différents acteurs dans les régions. Chaque région au Maroc a ses propres spécificités et chacune devra amplifier la prise en charge de la dimension touristique de sa région, de sa marque car aucune des plus grandes destinations mondiales dans le tourisme ne s’est construite sans une très forte régionalisation.

Bien sûr il y a les grosses locomotives que sont Marrakech et Agadir, Fes, Tanger, Rabat et Casablanca mais notre priorité pour les prochaines années est d’aider à désenclaver et développer l’arrière-pays. C’est vrai que c’est difficile parce que l’offre est embryonnaire et les relais locaux sont insuffisants mais il est nécessaire d’avoir une répartition harmonieuse des retombées de l’activité touristique. Il ne faut pas que ces régions restent en marge du développement touristique. Nous allons essayer en partenariat avec la CNT et d’autres organismes de  leur dédier davantage de moyens et de temps.

Sur l’aérien, quelle est votre relation avec RAM ; la compagnie nationale vous accompagne-t-elle dans votre plan d’action ?

Les relations entre l’Office et la RAM sont très étroites; bien sûr la compagnie nationale a ses contraintes que nous respectons; mais il est important qu’elle rentre à plein dans la stratégie touristique.

Nous appliquons à RAM le principe de la préférence nationale et l’Office continuera à lui apporter tout son soutien comme nous le faisons, mais aucune des grandes destinations mondiales dans le tourisme ne s’est construite avec un seul opérateur aérien national quelque soit sa taille. Regardez à titre d’exemple, la Turquie qui en plus d’une compagnie nationale très forte Turkish Airlines dispose de plus de six opérateurs aériens turcs low cost très puissants. L’Espagne aussi avec Iberia compagnie nationale mais aussi plusieurs compagnies espagnoles dont Vueling avec 100 avions basés à Barcelone; Dubaï qui dispose d’Emirates mais aussi d’une low cost  Fly Dubaï avec 80 avions etc…

Les investissements hôteliers engagés par notre pays, l’ambition de jouer dans le TOP 20 mondial rend nécessaire l’émergence d’opérateurs aériens marocains low cost car c’est le low cost plus flexible avec des tarifs aériens attractifs qui permettra de multiplier en plus des compagnies aériennes étrangères la présence de la destination Maroc sur les différents marchés notamment européens et de générer plus de flux.

Le budget de l’ONMT a-t-il suffi pour les actions de promotion en cette année 2016 ?

La norme en général est de 2 à 3 % du chiffre d’affaires généré. Les recettes générées en devises par l’activité touristique sont de plus de 60 milliards de dirhams. 3 % représente 1 milliard 800 millions de dirhams. Le budget de l’ONMT n’est pas à ce niveau. C’est pour cette raison que nous avons proposé lors du précédent conseil d’administration d’adjoindre ne serait-ce qu’une enveloppe exceptionnelle compte tenu du contexte environnemental difficile pour pouvoir assurer de manière beaucoup plus forte la marque Maroc. Nous comprenons tout à fait les contraintes de l’Etat ,mais le tourisme est un des rares secteurs à avoir le meilleur retour en terme de délai quant à la création d’emplois.

Quel est votre plan d’action en 2017 ?

Le plan d’actions 2017 s’insère en ligne droite avec la stratégie long terme du secteur et de notre pays. Il s’inscrit dans une cohérence globale qui porte sur les leviers d’image, de distribution, d’aérien, de la qualité du produit et qui seront poursuivis.

Les fondamentaux de la destination Maroc sont bons et les perspectives de 2017 sont encourageantes compte tenu de la confiance des opérateurs aériens, des investisseurs et de l’implication des professionnels marocains. Ceux ci devraient renforcer leur présence sur les marchés, être proches des distributeurs et de leurs clients comme ils savent bien le faire; il faudrait voir quelles mesures incitatives pourraient être mises en œuvre pour faciliter ces implantations.

Les nouveaux marchés comme la Chine, la Russie , l’Afrique, les pays du CCG représentent des relais importants de croissance. L’année prochaine, nous devrons, sans vol direct, s’approcher des 100.000 touristes chinois. 

L’ONMT compte aussi continuer à renforcer sa communication digitale.

Sur le plan du digital, l’année 2017 sera  marquée notamment  par la mise on line du nouveau portail visitmorocco.com en 11 langues comme site d’immersion, d’inspiration et de réassurance. 

La consolidation  aussi de la stratégie de présence de la destination sur les réseaux sociaux. Et enfin le développement de contenus adaptés au digital, ludiques et professionnels dans  le but de présenter les différentes destinations en virtual reality VR 360.

Quid des pays arabes notamment ceux du Golf ?

Le tourisme arabe est très important dans notre stratégie et nous lui accordons beaucoup d’intérêt; la semaine du Maroc à Abu Dhabi qui vient de se terminer et qui a connu un franc succès en est une parfaite illustration. 

Plusieurs bloggers, journalistes et médias ont été invités au Maroc afin de mieux faire connaitre notre pays. Le produit famille, la culture, l’art de vivre à la marocaine, l’artisanat sont mis en avant. L’implication de grandes compagnies comme Etihad, Emirates, Qatar Airlines sur le Maroc avec plusieurs vols et bientôt l ‘A380 montrent clairement l’attractivité de notre pays.

Et l’Afrique?

Outre les pays arabes, nous visons aussi les pays africains. On a ouvert notre première délégation à Dakar. La deuxième le sera à Abidjan en Côte-D’ivoire. Le tourisme africain est très important à développer d’autant plus que la perception du Maroc en Afrique est très positive grâce aux tournées de Sa Majesté le Roi dans plusieurs pays africains. La première vague de régularisation des migrants au Maroc et la deuxième contribuent à donner une image très positive au Maroc en tant que pays humain et tolérant. Les équipes de l’Office œuvrent à développer un tourisme africain religieux, de famille, de santé et de bien-être. Il faut davantage de vols avec des tarifs compétitifs pour développer le tourisme au départ de l’Afrique vers le Maroc.

Pour quelle raison le Maroc continue d’opter pour tourisme de qualité au lieu d’un tourisme de masse ?

La stratégie voulue par le Maroc dès le départ  est très claire : aller vers un tourisme de qualité. Il s’agit de toute la chaine de qualité au niveau de l’aéroport, du transport, du séjour dans les hôtels… Seule la qualité permettra de continuer à faire progresser la rentabilité et les retombées économiques de l’activité touristique. Le Maroc fait rêver avec la richesse de son patrimoine matériel et immatériel. La qualité doit être un chantier permanent.

Le tourisme intérieur contribue-t-il comme escompté à renforcer le secteur ?

Le tourisme interne représente plus de 30 % de l’activité touristique globale de notre pays. Une classe moyenne s’est créée sur les 15 dernières années. Les infrastructures notamment les autoroutes se sont renforcées facilitant les déplacements en voiture. A cela s’ajoute une prise de conscience de la part des professionnels du tourisme marocains depuis quelques années de l’importance du tourisme intérieur. L’Office en partenariat avec la confédération nationale du tourisme et la fédération nationale de l’industrie hôtelière ont œuvré à offrir des produits qui conviennent aux familles à des prix intéressants. Le tourisme interne est très important car il permet d’amortir le choc en cas d’environnement international difficile. Après l’étalement des vacances scolaires il reste les chèques voyage, une mesure en cours de préparation qui ne manquera pas d’impact positivement la croissance du tourisme interne. 

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