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Les Américains et les Russes se disputent aux portes du Maroc

La décision des autorités espagnoles de permettre à la flotte marine russe d’effectuer des escales dans le port de Sebta déplait aux conservateurs américains et britanniques tandis que Madrid n’y voit qu’une “prestation payante”.

Les navires russes qui font escale au port de Sebta inquiètent les eurodéputés. Onze parlementaires européens ont adressé une missive à Federica Mogherini, haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, où ils dénoncent la présence, de plus en plus fréquente, de navires russes au port du préside. Il s’agit en effet de trois groupes euro-parlementaires, de différentes couleurs politiques, lesquels ont critiqué, dans un communiqué, le fait que ce port s’est converti en une base-arrière de la marine russe. Les euros-députés ont estimé que «les navires et sous-marins russes ont utilisé le port, une propriété de l’État, jusqu’à 57 fois entre 2011 et 2015».


Les parlementaires communautaires n’ont guère apprécié qu’une partie de ces escales ait coïncidé avec les sanctions imposées par l’UE à la Russie, sur fond de conflit civil en Ukraine. De fait, les escales marquées par les bâtiments russes dans le préside remontent à quelques années. De 2010 à 2014, environ 40 navires du pays des Tsars ont jeté l’ancre dans cet établissement portuaire. En effet, depuis 2010, le Kremlin avait jeté son dévolu sur le préside et l’a désigné, de facto, comme destination d’escale habituelle du pavillon de l’armée russe. Le contexte régional tendu et les menaces d’un retour à la période de guerre froide, brandies par le premier ministre russe Dimitri Medvedev, serait le déclencheur de cette animosité envers la présence russe dans la Méditerranée occidentale. Mais déjà, en 2014, le premier ministre britannique David Cameroun s’était insurgé contre cette coopération, considérant la décision espagnole comme une «offre de secours à Moscou», s’était-il indigné, à un moment où la crise en Ukraine était à son apogée.

À cette même période, le journal britannique The Independent donnait la parole à des conservateurs et des experts en défense qui accusaient l’Espagne de «provocation» pour avoir permis l’escale d’un sous-marin russe. En effet, des députés britanniques n’ont pas apprécié cette présence à des encablures du rocher de Gibraltar, le territoire britannique d’outre-mer. Des sources citées par des titres de la presse de sa majesté, ont considéré que cette autorisation «accordée à un navire d’une puissance ennemie» était une manière d’intimider le gouvernement de Gibraltar. Mais là où les Britanniques n’y voient qu’intimidation et provocation, à Madrid, l’on préfère s’attarder sur les retombées financières de ces escales. Il faut reconnaître que l’Exécutif espagnol s’est révélé être visionnaire, voire pragmatique dans ce dossier.

L’Espagne, l’une des premières affectées par l’embargo russe imposé aux produits européens, spécialement les exportations horticoles, espérait récolter, plus tard, les fruits de ce rapprochement hispano-russe. Le voisin, qui exportait des marchandises d’une valeur de 580 millions d’euros sur le marché russe avant l’embargo, espérait en effet être aux premières loges quand les tensions s’apaiseraient entre Bruxelles et Moscou. Une autre version veut que derrière ce remue-ménage, se cache une main américaine. Selon le journal El Pais, c’est un think tank américain, appelé Heritage et proche du Centre ultraconservateur Margaret Thatcher qui tirerait les ficelles de la mobilisation des élus européens. Le centre, un fervent défenseur de la présence britannique au rocher de Gibraltar a vu d’un mauvais œil ce rapprochement hispano-russe.

Le think tank a même incité l’administration américaine à mettre la pression sur Madrid afin qu’elle cesse d’offrir le gîte à la flotte russe. Pour se défendre, Madrid a rétorqué que ces haltes respectaient la législation européenne, qu’elles se font dans une «totale transparence».

En effet, les visites ont été autorisées par le ministère des Affaires étrangères espagnol à travers son département technique chargé d’accorder des autorisations d’escale et de survol de l’espace aérien espagnol. De surcroît, Madrid est convaincue que ces accostages n’enfreignent pas les sanctions imposées par l’UE à la Russie, d’autant plus que ces escales entrent dans le cadre d’activités routinières et non pas de maneouvres militaires, argumente l’Exécutif ibérique. Certains experts espagnols ont même miroité l’opportunité qu’offre ces escales pour pouvoir espionner la flotte russe et s’enquérir de son état. À Sebta, les visites des marins russes ne dérangent aucune formation politique, bien au contraire.

De fait, et au vu des difficultés économiques de la ville et son éternelle quête pour booster sa fragile économie, il semblerait qu’il existe un consensus politique autour des thèmes en mesure de ravigoter les finances de l’enclave.

Il faut dire que le passage des navires russes est considéré comme du pain béni pour la fragile économie sebtie. Selon le registre de l’agence portuaire de Sebta, en 2015, 2.300 marins russes sont descendus à terre à Sebta. Chacun a déboursé en moyenne 450 euros dans les établissements et commerces sebtis. Sans oublier les frais de ravitaillement en eau douce et en carburant des navires. Ceux-ci nécessitent en moyenne entre 300 tonnes de gasoil et 150 tonnes d’eau potable. En somme, les haltes de la flotte russe sont une poule aux œufs d’or pour l’économie sebtie.

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