Sports

Le sport de masse, parent pauvre

La pratique sportive chez les jeunes bute sur l’absence d’infrastructures de proximité et un déséquilibre entre le sport de masse et de haut niveau.

La pratique sportive au Maroc est paradoxale ! D’un côté, il y a un sport de haut niveau doté de financements conséquents surtout pour le football. De l’autre côté, un sport amateur et de masse aux moyens limités et aux infrastructures vieillissantes voire inexistantes. Un premier chiffre résume ce constat : «80% des jeunes Marocaines n’exercent aucune activité sportive ou de bien-être», alerte le CESE dans sa dernière saisine sur la jeunesse marocaine ! Un indicateur nuancé par un sondage réalisé par le ministère de la Jeunesse et des sports (MJS). Selon cette source, 45% des jeunes pratiquent du sport mais globalement «la participation des jeunes à des activités récréatives ou culturelles est insignifiante».

Une jeunesse et deux budgets
Ce constat peut à première vue surprendre. Les jeunes sportifs marocains sont présents et performants dans toutes les disciplines et réalisent même de bons résultats au niveau régional et continental, comme en témoigne une 8e place aux Jeux méditerranéens de juillet 2018 ou encore une 4e place aux Jeux africains de la jeunesse (JAJ), tenus à Alger également en juillet dernier mais les performances de jeunes athlètes ne sont pas synonymes de bonne santé du sport pour tous. Au vu des budgets consacrés à chacun des deux volets sportifs au Maroc, ce fossé ne devrait pas se réduire de sitôt. En 2016, la Loi de finances a consacré 5,2 MDH pour le sport de masse alors que le sport de haut niveau a pu compter sur un budget 186 fois plus important : 975 MDH. En 2017, les finances du MJS se sont améliorées. Le sport de masse a profité de cette embellie avec une progression de 78% et un budget de 1,9 MMDH. Le sport de haut niveau a pu profiter aussi de cette rallonge budgétaire, cette rubrique a été dotée de 1,6 MMDH (+68%). Ce schisme montre les limites des politiques ministérielles et municipales. L’offre publique, gratuite et accessible en espaces de sports et loisirs pour les jeunes, sans distinction de leur statut social, continue de faire défaut, ce qui se traduit immédiatement sur le nombre de pratiquants.

Nécessaire démocratisation du sport
Le Maroc compte à peine 8.000 associations sportives et bon an, mal an, 500.000 sportifs licenciés, soit 1,4% de la population marocaine. Une bonne partie des licenciés se concentre dans deux sports : le football et l’athlétisme. À titre d’exemple (et non de comparaison), la France compte 170.000 associations sportives et 15 millions de licenciés, soit 21% de la population de l’Hexagone. Le MJS s’est inscrit comme objectif de tripler le nombre de licenciés sportifs en deux ans pour atteindre 1,5 million à la fin de 2018. D’ores et déjà, cet objectif est difficile à atteindre. L’année 2017 n’a pas permis de doubler les licenciés comme il a été visé. Pour faire passer un jeune du niveau de sportif amateur vers celui de sportif licencié, ceci passe par la création d’espaces de sport de masse dans les quartiers, les écoles, les universités. Or, le constat est encore une fois amer. Dans les quartiers, les espaces réservés au sport se réduisent comme peau de chagrin. Les projets prometteurs des centres socio-sportifs de proximité ont été détournés de leurs missions au profit d’associations de quartiers qui les utilisent pour des buts lucratifs. Le MJS n’a pas cessé de dénoncer ce hold-up sur des infrastructures publiques. L’état du sport scolaire et universitaire demeure piteux, comme en témoignent les décisions toujours en vigueur de fermer les écoles, hors de l’année scolaire et universitaire. Le MJS dans son diagnostic préalable à la rédaction de sa Stratégie intégrée de la jeunesse (2015-2030) avait aussi tiré la sonnette d’alarme face ,à la faible pratique sportive. «Les jeunes consacrent la grande partie de leur temps de loisirs en compagnie de leur famille et de leurs amis, à écouter la radio et de la musique ainsi qu’à regarder la télévision. Ces activités absorbent en moyenne 90% de leur temps de loisir. En effet, peu d’institutions offrent des activités récréatives ou culturelles et de nombreux jeunes se tournent vers l’Internet et les médias sociaux pour l’interaction sociale», indique le MJS en citant les conclusions de son sondage auprès de jeunes Marocains. Pour cette raison, les jeunes préconisent «une démocratisation du sport et de la culture par une baisse des prix d’accès aux clubs sportifs et culturels, une meilleure adéquation des activités proposées avec leurs besoins, un meilleur encadrement et une large couverture en équipements et infrastructures sportives et culturelles». À bon entendeur !


Gymnasiade

500.000
Pratiquants de sport au Maroc

1,4%
de la population au Maroc

9 MDH
Pour le sport de masse


Sport scolaire­, le Maroc brille

Le Maroc a été classé 2e pour la première fois dans l’histoire du Championnat des jeux olympiques du sport scolaire «Gymnasiade», qui s’est tenu en mai dernier à Marrakech et à Casablanca. Les jeunes sportifs marocains ont participé à toutes les disciplines sportives programmées dans cette 17e édition avec 252 athlètes. Ils ont pu réaliser des performances exceptionnelles en gagnant 88 médailles, soit 33 médailles d’or, 23 médailles d’argent et 32 médailles de bronze. Le succès de cette édition permettra au sport scolaire de renaître de ses cendres et redevenir la pépinière du sport national.

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