Maroc

Tourisme. La tutelle réduit la voilure pour recentrer la formation

La crise sanitaire nous a tous incités à nous remettre en question. Elle a offert à l’ensemble des secteurs de l’économie marocaine l’opportunité de se transformer et de reprendre en main un ensemble d’éléments qui avaient été délaissés au cours des dernières années. Dans l’industrie touristique, l’heure est à la recomposition du dispositif de formation.

2021 annonce une recomposition totale de l’ossature du dispositif de formation du ministère du Tourisme. Sur les seize établissements publics de formation rattachés au département dirigé par Nadia Fettah Alaoui, dix vont revenir à l’Éducation nationale pour former des Bacs professionnels.


La tutelle a décidé de réduire la voilure pour recentrer la formation. La mesure a été prise en compte dans la loi de Finances 2021 et sera effective en juin prochain. «Ce n’est pas pour tourner le dos à la formation, mais plutôt pour aller vers des métiers propres au tourisme.

Je suis convaincue de l’intérêt d’une telle décision. Le ministère du Tourisme ne sera jamais compétent pour préparer des bacheliers ou des baccalauréats professionnels», explique Nadia Fettah Alaoui, ministre du Tourisme, de l’artisanat, du transport aérien et de l’économie sociale, lors d’un échange avec les professionnels du secteur, la semaine dernière.

Les six établissements restants vont se concentrer sur leur cœur de métier, le tourisme. Pour ce faire, le sujet de la gastronomie va être renforcé. Le Centre de qualification professionnelle hôtelière et touristique de Touarga (Rabat) va être repositionné sur la gastronomie marocaine.

L’Institut de technologie hôtelière et touristique de Fès sera centré sur la cuisine méditerranéenne. Des collaborations se font avec des ambassades pour des initiatives en lien avec d’autres cuisines du monde, dont le besoin se fait sentir. La porte n’est pas fermée pour des partenariats avec des universités privées. Globalement, les 16 établissements forment moins de 15% du besoin en personnel dans le secteur.

Soit 2.200 personnes par an. Le reste de la main-d’œuvre est formé par l’OFPPT et le privé. Selon la ministre, les serveurs lauréats des écoles relevant de son département sont formés sept fois plus cher que ceux issus des autres établissements de formation professionnelle. Ce qui ne leur garantit pas forcément des emplois. «Il y a une déperdition d’énergie.

Il vaut mieux qu’on soit bon quelque part. À ce moment-là, on pourra monter en gamme et en effectif», explique la ministre. L’objectif est donc de rehausser les standards de formation. L’autre intérêt de former des baccalauréats professionnels est d’assurer plusieurs débouchés aux lauréats.

La formation est une préoccupation majeure de la ministre, qui rappelle les besoins urgents du secteur. Mais il faut d’abord mettre en œuvre une politique de planification de la formation. L’enjeu est de former les bonnes ressources ou les profils dont le secteur a besoin. Des métiers entiers n’existent pas encore dans l’industrie touristique, notamment des profils spécialisés dans le digital, sachant faire du data mining ou encore des Scrum Masters…

Aujourd’hui, de tels profils sont plutôt attirés vers l’industrie ou les services, parce qu’ils ne se voient pas dans le tourisme. Il va falloir attirer ces jeunes talents et leur proposer des perspectives de carrière intéressantes. Le tourisme est un levier important pour promouvoir l’économie sociale et solidaire.

Là aussi, des synergies sont à créer, à commencer par faire en sorte qu’il y ait un dialogue entre les différents départements et équipes au sein du ministère qui continue à travailler en silo. Pour la ministre, l’association et la coopérative sont des solutions prometteuses.

Le secteur a besoin de davantage de coopératives de services, notamment de coopératives dans le digital. Selon la ministre, une stratégie est en cours d’élaboration pour attirer les jeunes talents dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, et les organiser. Il faut également sensibiliser pour changer l’image de l’économie sociale et solidaire.

Inclusion et durabilité la transversalité du secteur devient encore plus importante et évidente lorsqu’on parle des thématiques d’inclusion et de durabilité. À ce niveau, il y a un manque criard de porteurs locaux de ces thématiques. «Nous avons besoin de relais et de leadership local, donc adapté aux réalités du terrain, partout où il y a un potentiel touristique, notamment dans les régions, les villes et les villages, pour que le tourisme devienne une priorité», soutient Nadia Fettah Alaoui.

L’urgence de la sensibilisation se confirme par la faiblesse de la mobilisation observée sur ces thématiques. Au cours de ces dernières années, des agences de coopération internationale ont mis en place des projets visant à accompagner les établissements hôteliers pour améliorer leurs performances en matière d’efficacité énergétique. Peu de candidats ont manifesté leur intérêt pour ce type de produits.

Rupture vs consolidation la vision de la ministre est de consolider l’existant. Il ne faut donc pas tout transformer en permanence. «Un secteur qui représente 7% du PIB, et qui permet au Maroc d’accueillir plus de 13 millions de touristes par an, dispose forcément d’un savoir-faire.

Cependant, la rupture se fera probablement dans le rôle que devra jouer chaque acteur. Je pense qu’il faut qu’on se répartisse les rôles et responsabilités entre le privé et le public», soutient Nadia Fettah Alaoui, qui invite les opérateurs du secteur à plus d’échanges. Les échanges entre la tutelle et les opérateurs devraient permettre de définir les territoires qui ont le plus besoin de l’intervention de la tutelle, et ceux où le privé devrait plus s’engager. Si dans certains territoires, l’investissement et la prise en main se font tout seul, d’autres, en revanche, ont besoin d’un accompagnement de l’État. L’enjeu est d’établir une feuille de route claire entre les différentes parties.

Modeste Kouame / Les Inspirations Éco

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