Maroc

Relance économique : pas avant 2023, selon Jouahri

Invité à la Commission des finances de la Chambre des représentants, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, a fait le point sur la situation économique mondiale et nationale avant de revenir sur les différentes mesures mises en place afin d’endiguer les effets de la crise sanitaire.

La Commission des finances de la Chambre des représentants a accueilli, hier mardi, le wali de Bank Al-Maghrib afin de recueillir son diagnostic de la politique monétaire, et le voir dresser le bilan de l’ensemble des mesures prises par la Banque centrale en vue de contenir les effets de la crise.


Abdellatif Jouahri a démarré son plaidoyer avec un point sur la situation économique et monétaire mondiale et nationale, avant de détailler les avancées des aides de soutien économiques et sociales mises en place depuis le début de la pandémie en mars dernier. Dans son discours, Jouahri évoque la lourde récession que traverse le royaume. Celle-ci s’accompagne d’une hausse du taux de chômage de 12,7%, avec un taux de 46,7% pour les jeunes urbains âgés de 15 à 24 ans. Selon ses projections, le Maroc ne pourra prétendre à la relance économique qu’à partir de 2023. Pour l’heure, l’accélération du rythme des réformes, à même de renforcer la résilience économique et sociale, semble primordiale.

«Il faut que le Maroc soit capable à l’avenir de faire face à d’éventuelles crises, et ainsi mettre fin à la logique du sapeur-pompier qu’on ne cesse d’utiliser», explique Jouahri.

«Toutefois, nous sommes appelés à tirer tous les enseignements de cette crise pour apporter une réponse aux vulnérabilités qu’elle a mises en exergue (déficit du système sanitaire, vulnérabilité économique d’une large frange de la population, poids de l’informel, fragilité du tissu industriel, prépondérance de l’utilisation du cash…), mais également pour faire face à ses implications à long terme», ajoute-t-il.

Il met ainsi l’accent sur l’importance de travailler sur le plan structurel du Maroc «afin de renforcer l’immunité de notre économie et notre société». Selon Jouahri, la résilience du pays sera au rendez-vous quand les pouvoirs publics donneront la priorité au développement du capital humain, du secteur de l’éducation, de la santé, de la justice, de la gouvernance, de la compétitivité des entreprises, et ce, tout en maintenant les équilibres macroéconomiques du pays.

Bilan d’étape
Pour ce qui est des financements accordés avec la garantie de la Caisse centrale de garantie (CCG), le wali de BAM a souligné que Damane Oxygène a bénéficié, à fin octobre 2020, à 41.142 entreprises pour un montant de 13,7 MMDH, sachant que le niveau des engagements s’élève à 16,5 MMDH.

Sur la même période, les produits Damane Relance, TPE Relance et Damane Relance Hôtellerie ont été accordés à 25.103 entreprises totalisant un encours de 13,5 MMDH alors que le montant engagé est de 30,3 MMDH. Quant au produit dédié aux auto-entrepreneurs, 31,2 MDH ont été distribués à 2.875 auto-entrepreneurs contre 33,7 MDH engagés.

Jouahri est également revenu sur la mesure mise en place par le Comité de veille économique (CVE) concernant le report des échéances des crédits bancaires. Près de 471.742 demandes de report émanant des ménages ont été traitées à fin septembre 2020.

Pour ce qui est du microcrédit, ce sont 669.300 demandes qui ont été acceptées à fin août 2020. Au niveau des entreprises, plus de 32.248 demandes ont également été traitées par le secteur bancaire, totalisant un encours de 6,6 MMDH réparti entre les TPME (86%) et les PME (14%). Par secteur d’activité, ces reports d’échéance ont principalement concerné les secteurs du commerce (18%), les transports et communications (13%), l’industrie (12%), le BTP (8%) et les hôtels et restaurants (3%).

Le wali de Bank Al-Maghrib a aussi abordé le Fonds d’appui au financement (Intelaka) doté d’une enveloppe de 6 MMDH répartie sur une durée de 3 ans. Lancé en début d’année, le programme avait pour ambition de soutenir les auto-entrepreneurs, les jeunes diplômés, les micro et très petites entreprises, le secteur informel et les petites entreprises exportatrices vers l’Afrique. Il concerne également les entreprises en phase de création ou créées depuis moins de 5 ans, cette phase s’avérant être la plus critique dans le cycle de vie de l’entreprise. En somme, une cible de plus de 1 million de personnes selon une enquête du Haut-commissariat au plan (HCP). Le programme qui avait tout pour plaire a finalement été ralenti par la Covid-19. Au 15 novembre 2020, ce sont 1,9 MMDH de financements qui ont été accordés au profit de 9.443 bénéficiaires. Cela étant, 19% des demandes de financement ont essuyé un refus, ne répondant pas aux critères établis par les banques. Les secteurs intéressés par ce programme restent le commerce (25%), l’agriculture (14%), l’industrie (13%), les services (13%) et le tourisme (10%). Intelaka a ainsi participé au lancement de pas moins de 1.689 nouvelles entreprises et favorisé la création de 28.000 nouveaux emplois. Jouahri déplore néanmoins le manque d’appui aux porteurs de projets, en particulier dans le domaine de la formation et de l’assistance technique, qui pour lui, pourraient accroître davantage les résultats du programme.

Fonds de garantie au profit des associations de micro-crédit

Abdellatif Jouahri a également mentionné la création du Fonds de garantie au profit des associations de micro-crédit (AMC), mis en place conjointement par la Banque centrale et le ministère des Finances. Ce fonds a pour ambition de couvrir les crédits restructurés et additionnels accordés dans le cadre de la réponse à la crise de Covid-19. Un accord-cadre créant ce fonds a, par ailleurs, été signé le 12 novembre dernier par le ministère de tutelle et la Caisse centrale de garantie. Les AMC ayant été confrontées à un arrêt quasi total des activités d’octroi et de recouvrement bénéficieront également d’une ligne de refinancement des crédits rééchelonnés. De nouveaux crédits leur seront accordés par les banques au cours de la période allant du 2e trimestre 2020 au dernier trimestre de 2021.

Aïda Lô / Les Inspirations Éco

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