Maroc

Parité hommes-femmes. Où en est le Maroc? Amina Figuigui répond

Amina Figuigui. Présidente du Club des femmes administrateurs au Maroc

Plusieurs mesures ont été mises en place pour améliorer taux de présence des femmes au sein des organes de gouvernance, mais celui-ci reste insuffisant. En effet, seulement 1% des postes de responsabilité sont occupés par des femmes au sein des entreprises privées et moins de 5% dans les entreprises publiques.


Où en est le Maroc par rapport à la parité hommes-femmes ?
Aujourd’hui, le principe de parité consacré par plusieurs déclarations des droits de l’Homme est une réalité de plus en plus palpable au Maroc. En effet, la nouvelle Constitution de 2011 consacre la parité et la prohibition des discriminations fondées sur le sexe. Le gouvernement marocain encourage les actions visant à promouvoir et à renforcer la pleine participation des femmes dans la vie politique, économique et sociale. Partant de là, l’intégration de l’approche genre dans les organes de gouvernance des entreprises publiques et privées constitue une valeur forte du processus enclenché. Actuellement, avec une volonté politique clairement affichée au niveau institutionnel des lois et des discours, un accord quasi-consensuel sur la parité est en train de s’installer durablement.

Quelles sont les avancées nationales en termes de bonne gouvernance et de la diversité des genres au sein des conseils d’administration des entreprises publiques et privées ?
Lors de la dernière décennie, de grandes avancées ont été réalisées en termes de gouvernance d’entreprise. À commencer par le Code marocain de bonnes pratiques de gouvernance, les directives et recommandations des différents régulateurs … De surcroît, le dernier amendement de la loi sur la société anonyme ayant introduit l’obligation de nomination d’administrateur indépendant au sein des conseils des sociétés faisant appel public à l’épargne, et ayant limité le pouvoir décisionnel des membres exécutifs au sein des organes de contrôle.

La bonne volonté de certains décideurs convaincus a impulsé une dynamique de féminisation des conseils d’administration et de surveillance. À titre d’exemple, Bank Al-Maghrib impose aux établissements de crédit de respecter la parité dans la nomination d’administrateurs indépendants. Ce qui a induit un accroissement des nominations d’administratrices dans les conseils des établissements de crédit. Pour sa part, la Direction des entreprises publiques et de la privatisation a mis l’accent, dans sa circulaire de mai 2019, sur l’amélioration de la représentativité des femmes dans les organes de gouvernance des établissements et entreprises publics. Toutes ces mesures ont certes contribué à l’amélioration du taux de présence des femmes au sein des organes de gouvernance, mais cela reste insuffisant. En effet, les études ont montré que moins de 1% des postes de responsabilité sont occupés par des femmes au sein des entreprises privées et moins de 5% dans les entreprises publiques. De même, seules 7% de femmes sont présentes dans les Conseils d’administration ou de surveillance de grandes entreprises publiques et 11% dans les Conseils de sociétés cotées.

Comment peut-on améliorer ces chiffres ?
En plus des actions de sensibilisation, le recours à la loi est indispensable pour permettre une plus forte présence des femmes dans les organes de gouvernance. On peut se demander pourquoi. Les institutions internationales partenaires du royaume, pour ne citer que le FMI et la Banque mondiale, ne cessent d’alerter sur l’urgence d’associer davantage la gente féminine à l’activité économique. En effet, bien qu’il y ait un grand nombre de femmes disposant d’un bon niveau d’éducation au Maroc, seules 5% des entreprises sont actuellement dirigées par des femmes, au moment où les sociétés cotées ne comptent que 17% de femmes administrateurs. À l’échelon international, à fin 2017, le pourcentage des femmes au sein des Conseils des sociétés cotées était de 35% en Italie, de 33% en Finlande, de 31% en Belgique, de 30% aux Pays-Bas et au Danemark. À la même date, l’Islande, la Norvège et la France avaient dépassé les objectifs de la loi sur la parité avec une présence des femmes atteignant 43%. Antérieurement à l’instauration desdites lois, ces pourcentages dépassaient rarement les 15%. De ce fait, une participation renforcée des femmes dans les organes de gouvernance passe inéluctablement par le renforcement du cadre législatif. A cela s’ajoute la sensibilisation des entreprises sur la corrélation entre la mixité, au sein des organes de gouvernance, et la performance de l’entreprise. Sans oublier l’ouverture des postes d’administrateur aux femmes et la rupture avec les stéréotypes sexistes dépassés.

Comment doit-on accompagner les compétences managériales féminines pour une meilleure valeur ajoutée dans l’entreprise ?
On peut agir sur plusieurs niveaux : réformer en profondeur les normes et les pratiques en matière de nomination et de gestion du personnel, renforcer les capacités des femmes ou encore instaurer un environnement favorable permettant de concilier vie familiale et vie professionnelle. Il s’agit aussi de consolider des actions d’incitation et d’accompagnement en faveur des femmes et de renforcer leur leadership. Dans ce cadre, l’accompagnement peut se matérialiser par des actions visant à renforcer la politique de l’État en faveur de la parité et à instaurer les modalités de reporting afférents à la féminisation des postes de responsabilité. Enfin, la société civile peut aussi jouer un rôle important par la mise à la disposition des femmes des moyens et outils pour faire leurs choix de carrière, concrétiser leurs aspirations professionnelles et réaliser leurs ambitions, à travers des réseaux solidaires, engagés et bienveillants.

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

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