Maroc

Maroc : les 1001 défis d’Aït Taleb

Le développement du secteur de la santé est tributaire de plusieurs réformes, selon le ministre de tutelle, Khalid Aït Taleb. En tête des priorités, l’adoption d’un statut spécial de la fonction publique sanitaire et la régionalisation de la gestion du secteur. Le grand chantier de la généralisation de la couverture médicale permettra d’assurer une base solide pour la solvabilité du système.

Le ministère de la Santé parie sur la mise en œuvre d’un plan stratégique pour améliorer la qualité des soins de santé. Les priorités ont été définies en partenariat et en coordination avec plusieurs intervenants dans le secteur, assure le ministre de tutelle, Khalid Aït Taleb, qui vient d’être interpellé par les députés sur le dossier épineux de l’évolution de la situation épidémiologique au Maroc. Il apparaît clairement que le premier défi à relever est relatif aux ressources humaines.


Le déficit s’élève à plus de 97.000 professionnels de la santé. Ce chiffre annoncé par le responsable gouvernemental fait froid dans le dos. Le manque est, en effet, criant aussi bien en médecins qu’en infirmiers. Le Maroc ne dispose actuellement que de 1,65 personnel médical pour 1.000 habitants alors que le taux minimal exigé par les standards internationaux est de 4,45. Le déficit en médecins dépasse 32.000, dont 12.000 dans le secteur public. Celui en infirmiers et techniciens de la santé est de plus de 64.000, dont plus de 50.000 dans le secteur public. Aucun miracle ne pourra résoudre, du jour au lendemain, cette problématique structurelle due à plusieurs causes, comprenant le verrouillage de la formation pendant des années, ainsi que le manque d’attractivité du secteur de la santé publique. Cette semaine encore, le chef du département de la Santé est revenu à la charge en citant le plaidoyer du ministère pour l’adoption d’un statut spécial de la fonction publique de la santé qui permettrait «de résoudre les problématiques du secteur, de régler les dossier des conditions de travail, de mettre en place les incitations adéquates ainsi que de relever le défi d’amélioration des services de soins et de dépasser les contraintes d’accès à ces soins».

Dans ce cadre, le responsable gouvernemental plaide, entre autres, pour des rémunérations attractives pour le personnel de la santé afin d’attirer les ressources humaines escomptées. Il faut dire que parfois, le ministère de la Santé peine à recruter des médecins ; par conséquent, les postes budgétaires consacrés au secteur, qui sont jugés trop insuffisants pour répondre aux besoins, restent vacants. Outre la nécessité de l’adoption d’un statut spécial pour les professionnels de la santé, le partenariat public-privé est l’une des issues stratégiques pour s’attaquer à la problématique des ressources humaines, à condition que le secteur soit doté des moyens financiers nécessaires. En attendant la grande réforme, le système de santé public pourra recourir aux services des professionnels qui exercent dans le privé. Mais ce ne sera pas suffisant. Le recrutement régional est aussi présenté comme une solution concrète à la crise des ressources humaines. Pour atteindre cet objectif, il faut aussi régionaliser la formation et créer des centres de formation régionaux. La territorialisation de la gestion du secteur s’impose dans la vision de réforme. C’est dans ce cadre que s’inscrivent les plans régionaux de l’offre de soins, ainsi que l’élaboration et la mise en œuvre du programme médical régional visant à dépasser les lacunes détectées en matière d’organisation de l’offre de soins. Aït Taleb est convaincu que la réforme de la Santé doit être régionale, tant au niveau des investissements que des recrutements.

Par ailleurs, la question du financement est un élément clé. Le plan de réforme mise sur l’amélioration du financement du système de la couverture médicale de base (implication des acteurs territoriaux, maîtrise de la dépense). À cela s’ajoute l’élaboration de parcours de soins clairs permettant de faciliter la tâche à tous les intervenants dans l’exercice de leurs missions de prise en charge, de financement et d’orientation des bénéficiaires. Il s’agit aussi de l’élaboration de la mise en œuvre d’une nouvelle stratégie pour le remboursement des frais de médicament. La généralisation de la couverture médicale permettra d’assurer une base solide pour la solvabilité du système, ainsi qu’une meilleure accessibilité et une qualité de soins optimale. Le secteur public se doit d’être attractif pour attirer davantage de patients solvables. À ce titre, l’amélioration de la gouvernance s’impose pour permettre au secteur public de bénéficier de ressources financières supplémentaires. Le secteur privé bénéficie de 90% du financement mobilisé par l’assurance maladie obligatoire, car il est plus attractif que le secteur public. Le grand chantier de la généralisation de la couverture médicale permettra aussi l’allégement de la pression sur les ménages. Actuellement, 50% des dépenses de la santé au Maroc sont assurées par les ménages, alors que les recommandations de l’OMS stipulent une charge inférieure à 30%, voire 25%. L’assurance maladie finance uniquement 22% des dépenses.

La régionalisation s’impose

La carte nationale de santé doit être remplacée par des cartes régionales, comme l’a souligné, à plusieurs reprises, le ministre de la Santé au Parlement. Le nouveau système doit être basé sur la contractualisation au niveau régional avec les partenaires sociaux, les politiciens, ainsi que les secteurs public, semi-public et privé. Cette approche va permettre de mieux cerner les besoins en fonction des spécificités de chaque région, et de cibler les recrutements des ressources humaines médicales et paramédicales. Chaque région sera, de ce fait, indépendante dans le domaine de la santé. L’implication des collectivités territoriales, surtout les conseils régionaux qui sont dotés de compétences relatives au secteur de la santé, permettra d’améliorer la gouvernance du système et de renforcer l’accès aux services de santé de manière équitable et équilibrée sur le plan territorial.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco


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