Maroc

Indice de capital humain : Le Maroc progresse, mais…

La Banque mondiale vient de publier un rapport consacré aux effets de la pandémie sur les résultats en matière d’apprentissage et de scolarité. Dans cette étude, l’institution livre son analyse et ses recommandations pour un système éducatif marocain performant tout au long de la crise sanitaire et au-delà.

Les avancées du Maroc en matière d’éducation ne font pas forcément l’unanimité, mais même ces réalisations pourraient être aujourd’hui fragilisées par la crise du nouveau coronavirus. Cette menace vient d’être mise en avant par la Banque mondiale (BM), dans un rapport fraîchement publié et consacré aux effets de la pandémie sur les résultats en matière d’apprentissage et de scolarité. «Les mesures de confinement, qui ont notamment conduit à la fermeture des établissements scolaires, ont entraîné la perte d’au moins 3 mois d’apprentissage chez environ 900.000 enfants d’âge préscolaire, 8 millions d’élèves du primaire et du secondaire, et 1 million d’étudiants du supérieur», indique l’institution de Bretton Woods. C’est pourquoi, poursuit la même source, et « faute de mesures appropriées pour compenser le recul des acquis, les trois mois de fermeture des écoles et les coups portés à l’économie, l’apprentissage effectif d’un élève pourrait diminuer de 6,2 à 5,9 ans et l’apprentissage annuel moyen par élève de 2%».


La fermeture des écoles touche de manière disproportionnée les élèves les plus vulnérables, en particulier ceux dépourvus du matériel numérique ou de la connexion internet nécessaire pour bénéficier d’un enseignement à distance. Pour réduire au minimum les pertes d’apprentissage pendant la crise, le ministère de l’Éducation a pris des mesures rapides, mais les disparités d’accès à l’enseignement à distance risquent de creuser davantage les inégalités face à l’éducation. Emboîtant le pas à la Banque mondiale, la représentation de l’Unicef au Maroc soutient qu’il est «fondamental de faire de la réouverture des écoles une priorité. Offrir des cours de rattrapage est plus que nécessaire». Des simulations effectuées par la Banque mondiale mettent en évidence les répercussions plus larges de cette situation sur la croissance et la réduction de la pauvreté. Le renforcement du capital humain au Maroc constitue un levier puissant pour stimuler la croissance économique, créer des emplois et générer des gains de compétitivité. Selon des estimations de 2018, la richesse par habitant du Maroc reposait à 41% sur le capital humain, un chiffre bien inférieur à celui de pays ayant un niveau de développement comparable. La BM vient d’actualiser son indice de capital humain (ICH), offrant au Maroc l’occasion de dresser un bilan des avancées réalisées dans ce domaine. Même si les données du nouvel indice ne reflètent pas les effets immédiats de la pandémie de Covid-19 sur le capital humain, on peut supposer sans difficulté qu’ils se ressentiront sur certaines de ses composantes fondamentales, comme l’éducation.

Indice de capital humain : Le Maroc progresse, mais…
Les dernières estimations de l’indice de capital humain font état d’une augmentation de 5% en moyenne des performances entre 2010 et 2020 à l’échelle mondiale. Pour le Maroc, cette progression atteint 6%, à la faveur principalement des avancées réalisées dans l’éducation. Pour la Banque, les résultats obtenus sur le plan des apprentissages constituent un facteur essentiel du capital humain et l’un des meilleurs indicateurs pour prédire les trajectoires de croissance durable et de réduction de la pauvreté d’un pays. La progression du Maroc est donc encourageante, même si d’importants défis persistent sur le plan de la qualité de l’éducation, de l’équité et de la gestion globale du secteur. Avant même la crise sanitaire, nous peinions à maintenir le cap en direction du 4e objectif de Développement Durable (ODD) : assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. En 2019, 66% de nos enfants âgés de 10 ans n’étaient pas capables de lire et comprendre un texte simple, soit un pourcentage inférieur de 2,5 points à la moyenne régionale du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et de 10,7 points à la moyenne des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Le gouvernement s’est engagé à mener des réformes dans ce sens, dans le cadre de sa Vision stratégique pour l’éducation 2015-2030. Pour s’attaquer à la complexité des réformes à engager, le Maroc a par ailleurs adopté, en 2019, la loi-cadre 51.17 dans laquelle l’apprentissage occupe une place centrale. Celle-ci prend en compte à la fois les causes immédiates et profondes de la crise des apprentissages. Bénéficiant d’un prêt de 500 millions de dollars de la Banque mondiale, le programme d’appui au secteur de l’éducation au Maroc vient accompagner les efforts des autorités en s’attachant plus particulièrement à améliorer les acquis scolaires et la gouvernance du secteur.

Stratégies possibles
La crise grèvera certainement les ressources financières du pays, mais le Maroc doit impérativement maintenir la dynamique enclenchée, en continuant à investir dans le capital humain et à œuvrer en faveur d’un système éducatif résilient, souligne la BM. En attendant, le rapport présente un aperçu des stratégies possibles, dans l’optique de protéger les futures générations d’élèves marocains de l’impact de la pandémie et au-delà. L’institution préconise notamment l’apprentissage en présentiel, dans la mesure du possible et dans le respect de règles sanitaires strictes. L’enjeu est de donner aux élèves les meilleures chances d’apprentissage et de combler les lacunes. Pour lutter contre les risques de décrochage, la BM recommande de mener des campagnes de sensibilisation et d’étudier la possibilité de mettre en place des incitations, à l’exemple des transferts monétaires et des cours de rattrapage. Le renforcement des capacités des enseignants est essentiel pour faire évoluer leurs pratiques pédagogiques, sortir de la mémorisation et perfectionner leurs compétences numériques adaptées aux méthodes d’enseignement à distance. Il faut également nouer des partenariats public-privé (PPP) plus solides afin d’améliorer l’accès à une éducation de qualité pour tous. Pour la BM, cette initiative pourrait amorcer une tendance pour le devenir de l’éducation et apporter un second souffle à la réalisation des ODD. Mais aussi adopter de nouvelles approches pour accélérer les réformes en s’inspirant de méthodes innovantes, basées sur des données factuelles, ou encore s’inscrire dans des alliances internationales stratégiques pour exploiter les possibilités de coopération en matière d’innovation et d’échange de bonnes pratiques. 

Modeste Kouame / Les Inspirations Éco


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