Maroc

Hassan Tariq : «Il aurait été plus judicieux que le gouvernement prenne du recul»

La campagne de boycott lancée sur les réseaux sociaux se poursuit. Depuis le début de ce mouvement le 20 mars dernier, des questions sur l’origine, les motivations réelles et la légitimité de ce boycott demeurent posées. Le politologue Hassan Tariq livre quelques éléments de réponse…

LesEco.ma : comment expliquez-vous ce phénomène de boycott initié depuis quelques temps au Maroc ?


Hassan Tariq : Il y a plusieurs variables qui entrent en jeu. J’imagine que le phénomène s’explique par des changements de comportement de la société marocaine, qui ont, d’ailleurs, commencé avec le mouvement du 20 février. Ces changements sont intimement liés à la présence d’une génération nouvelle qui s’exprime facilement à l’aide de nouveaux outils, autres que les canaux traditionnels de représentation politique, syndicale et civile. C’est une génération qui, grâce à l’utilisation intelligente des réseaux sociaux, arrive à créer une certaine identité collective et à défendre ses causes. 

Aussi trouve-t-on de nouvelles formes d’engagement qui s’inscrivent dans une démocratie de l’opinion publique en déphasage avec la démocratie représentative en termes de temps et ce, grâce à la rapidité dans le choix des positions. Enfin, il y a des mouvements revendicatifs qui ont intégré une nouvelle donne à partir de 2011 ! Je pense qu’on ne peut pas discuter du boycott en perdant de vue ces éléments. 

À votre avis, s’agit-il d’un mouvement réfléchi découlant d’une volonté populaire effective ou d’une démarche visant à déstabiliser l’économie ?

Il serait judicieux de relativiser la question de politisation du boycott. Dans le champ politique, plusieurs acteurs ont des stratégies et des tactiques. Par conséquent, il est évident qu’il y ait des guerres de positionnement. Et dans un tel contexte, l’existence d’intentions de manipulation est logiquement présente. Néanmoins, je ne pense pas que le déclic chez les boycotteurs est de l’œuvre d’une quelconque manipulation. Je mettrais plus en avant la prédominance d’une intelligence collective des jeunes générations qui arrivent à prendre le pas. Donc personnellement, je ne réduirai aucunement cette campagne de boycott à une source hostile à la stabilité économique de certaines sociétés ou du pays.

Certains ont critiqué le “silence du gouvernement” depuis l’éclatement de ce mouvement. Qu’en pensez-vous? 

Le soutien du gouvernement aux entreprises boycottées à travers la sortie du ministre des Finances a été évident. Et cela est inconcevable car le boycott est un conflit entre des citoyens boycotteurs et des entreprises et le gouvernement n’est censé représenter ni les sociétés ni les consommateurs. Le gouvernement est normalement garant de l’intérêt général. Le rôle du gouvernement est, par définition, la régulation, la protection du marché de tout abus et la protection des consommateurs. 

À mon sens, il aurait été plus judicieux que le gouvernement prenne du recul au lieu d’opter pour une sortie déplacée et provocatrice. Il demeure néanmoins incompréhensible que le gouvernement ait opté pour le silence à propos du mouvement. C’est peut-être cela qui a poussé les sociétés à intérioriser la position du gouvernement et à ne pas communiquer à leur tour. 

Les porteurs du mouvement se montrent satisfaits des retombées de leur démarche et parlent même de faire encore durer le boycott…

Le mouvement s’avère fructueux ! Les deux parties en confrontation, les sociétés d’une part et les citoyens boycotteurs de l’autre, sont désormais conscients de la force du mouvement.

 

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