Maroc

Entreprises. Amine Diouri : « Il y aura un effet rattrapage en 2021 »

Amine Diouri. Directeur Etudes & communication chez Inforisk

Un taux de défaillance qui s’aggrave de 22 % pour l’année 2020, ce taux ne devait pas être plus prononcé, surtout pour cette année exceptionnelle ?
Il est vrai qu’intuitivement, nous pouvions nous attendre à une hausse exceptionnelle des défaillances en 2020. Ce ne fut pas le cas. Néanmoins, cette anomalie n’est pas propre au Maroc. En France, les défaillances sont en baisse de 40 % ! Plusieurs explications à cela: tout d’abord, l’activité réduite des tribunaux de commerce pendant près de 6 mois, entre mars et fin août 2020 (confinement et vacances judiciaires). À partir de septembre, un «stock» de procédures a dû être rattrapé. D’ailleurs, sur les deux derniers mois de 2020, le nombre de défaillances a recommencé à augmenter. D’autre part, les aides de l’Etat en 2020 (Damane, indemnités CNSS, reports de crédits) ont maintenu sous perfusion un grand nombre d’entreprises, dont une partie serait certainement morte sans ces aides. Maintenant, ce n’est pas parce que les défaillances n’ont pas explosé en 2020, que les entreprises n’ont pas ressenti les effets de la crise. Bi en au contraire, elles ont subi une baisse importante de leur activité en 2020 (-34 % selon notre dernière étude), couplée à une augmentation des retards de paiement à des niveaux stratosphériques. Pour survivre, elles ont dû s’adapter : réduction du temps de travail, télétravail, arrêt temporaire d’activité voire même licenciement, avec parfois des réductions drastiques d’effectifs.


Pourquoi devrait-on s’attendre à une chute plus brutale en 2021 ?
Je pense effectivement qu’il y aura un effet Rattrapage en 2021, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, malgré la campagne de vaccination qui a commencé au Maroc et chez nos partenaires européens, il y a toujours un fort niveau d’incertitude en ce début d’année sur l’évolution de l’activité en 2021, que ce soit sur le marché local ou sur les marchés extérieurs. Par ailleurs, cette année marquera la fin des aides directes de l’Etat aux entreprises, notamment avec l’arrêt de la distribution des crédits Damane Relance/TPE. Pis encore, elles vont devoir commencer à rembourser leurs anciennes dettes rééchelonnées ou des nouveaux crédits Damane contractés en 2020. En clair, la perfusion sera retirée et beaucoup d’entreprises sentiront les effets sur leur trésorerie, déjà mise à mal par la crise Covid-19. Je rappelle que selon la dernière étude du HCP, près de 50 % des entreprises ont moins d’un mois de trésorerie en réserve.

Comment limiter la casse ?
Il n’est pas question, en 2021, de parler d’aides étatiques. En 2020, au prix d’un effort considérable, nous avons pu maintenir notre économie et nos entreprises à flot, en dépensant au moins 10 % de notre PIB, entre le Fonds Covid et les aides directes étatiques (Damane Oxygène/Relance/TPE, indemnités CNSS…). C’est sans doute cela, qui a permis de maintenir des dizaines de milliers d’entreprises sous perfusion. Aujourd’hui, les ressources financières de l’État sont encore plus limitées (moins d’impôts qui rentrent), sachant que nous étions déjà en déficits budgétaires chroniques les années précédentes. Il n’est pas question de baisser les impôts (IS, TVA) pour relancer la machine, sauf si nous réussissons à élargir rapidement l’assiette fiscale. Cela me semble utopique à court terme. La seule chance pour nos entreprises est qu’une activité normale reprenne, mais nous sommes dépendants d’un calendrier vaccinal et de la livraison en temps et en heures des doses de vaccin. 

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

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