Maroc

Emploi : comment la Covid-19 a creusé l’écart

Une étude du HCP révèle que les ménages, dirigés par des femmes, ont davantage pâti que ceux dirigés par leurs homologues hommes, que ce soit dans le maintien de l’activité et des revenus et même dans le bénéfice des aides de l’État.

Le Haut-commissariat au plan (HCP), en partenariat avec ONU Femmes, a récemment livré une analyse genre de l’impact du nouveau coronavirus sur la situation économique, sociale et psychologique des ménages. Dans le cadre de son étude, le HCP s’est penché sur la situation de la Marocaine dans le contexte de la crise sanitaire actuelle. L’objet spécifique est de mettre en exergue la dimension genre dans l’acuité du vécu de la crise et dans les bénéfices tirés des politiques publiques palliatives initiées.


Précarité de l’emploi
Déjà, le HCP affirme que la crise sanitaire a impacté négativement la situation financière de nombreux ménages, notamment ceux dirigés par une femme. Ainsi, par catégorie socioprofessionnelle, il relève du premier passage de l’enquête du HCP que 55% et 73% des chefs de ménage femme, occupant respectivement des postes de «cadres moyens» et «commerçants ou artisans qualifiés», déclarent avoir un membre dans leur ménage qui a arrêté de travailler dans le secteur privé, contre 41% et 68% pour les chefs de ménage hommes. Lorsqu’on distingue les secteurs d’activité, les écarts sont significatifs : ainsi dans le commerce, 72% des chefs de ménage femmes (contre 66% des hommes) déclarent avoir des membres de leur ménage qui ont arrêté de travailler dans le secteur privé à cause de la pandémie. «En situation de crise, les ménages dirigés par les femmes sont davantage fragilisés du fait de leur moindre chance de disposer de recours à des alternatives. Comme ces membres ont eu par le passé plus de probabilité de décrocher un emploi dans ces secteurs fragiles», constate le HCP dans son étude. Sur l’ensemble des ménages, seulement 14% des membres des ménages dirigés par une femme continuent à travailler dans le privé, contre 22% pour ceux dont le chef est un homme.

La situation se détériore
Par ailleurs, la situation financière des femmes s’est beaucoup détériorée lors de la crise sanitaire en raison de leur situation déjà vulnérable sur le marché de travail. En effet, explique le HCP, «dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie, du commerce et des services, respectivement 36%, 58%, 72% et 41% des ménages, dirigés par des femmes, se sont retrouvés sans revenu, contre 32,5%, 53% 46% et 33% de ceux dirigés par des hommes». Et pour gérer cette situation de crise sans précédant, la majorité des femmes, qui ont perdu leur emploi, ont cherché à bénéficier des aides publiques. Toutefois, à cet égard, «les femmes étaient également moins favorisées», estime le HCP. Justement, le faible accès des femmes aux aides publiques, proposées par le gouvernement pour compenser la perte d’emplois et donc de revenus, s’explique par leur moindre fréquence d’enregistrement à la CNSS. C’est ainsi qu’elles ont été plus nombreuses à compter sur les aides familiales. À noter dans ce sens, les femmes exercent globalement des activités dans des secteurs à faible rendement qui ne leur permettent pas de constituer un coussin de sécurité. Ce qui n’apparaît pas être le cas pour les hommes qui disposent d’une épargne car ils exercent des emplois qui leur donnent la capacité d’en constituer. En outre, la capacité à retrouver une activité à la sortie du confinement s’est révélée moins élevée pour les femmes. En somme le HCP a assuré que cette situation d’instabilité contribue à comprendre le fait que les femmes ont plus souffert du poids des contraintes financières.

Sanae Raqui / Les Inspirations Éco

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