Maroc

Crise des magasins et commerces au Maroc : enfin un signal positif?

Quatre mois après la réouverture des magasins et commerces, les enseignes du prêt-à-porter, restauration, retail et services réunis au sein de la Fédération marocaine de la franchise et du commerce (FMF) peinent à se remettre de la crise sanitaire.

«Pour les enseignes disposant d’un réseau de magasins sur le territoire marocain, nous tablons sur un recul des ventes frôlant 50% à 60% sur l’année, même après la reprise. Pour les enseignes exclusivement implantées à Casablanca, la contraction sera autour de 40% à 50%. Le secteur du commerce a reculé de 20% en juillet et août. En septembre, les cafés et restaurants ont subi de plein fouet les restrictions sur les horaires de fermetures. Ce qui a impacté le business à hauteur de 40%», explique Mohamed Elfane, président de la FMF.


«Dans les petites villes, la baisse d’activité est estimée à 70%, tous secteurs confondus. Dans des villes, comme Marrakech, Tanger, Agadir, si certaines mesures ne sont pas prises, notamment l’accès aux aides de la CNSS… Je crains qu’il n’y ait une réduction de la masse salariale d’environ 25%.»

Au lendemain du déconfinement, la FMF annonçait des indicateurs alarmants : baisse d’activité de 100%, chute du chiffre d’affaires sectoriel de 50%, ou encore une moyenne de 20% de pertes d’emplois.

Selon Safae Fikri, DG de Kiabi Maroc, la reprise dans la distribution textile a été très inégale selon les mois, depuis la réouverture des magasins le 10 juin (15 jours plus tard pour les centres commerciaux). «Juin a été bon grâce à un effet de rattrapage observé sur les achats. Juillet a été un mois correct. À l’inverse, août a été catastrophique pour toute la profession. Septembre a aussi été globalement mauvais ou très moyen. Il a été marqué par un effet de rentrée timide des classes, quasi absent à Casablanca compte tenu de l’enseignement en distanciel.

Alors que Casablanca représente environ 40% du PIB marocain et bien plus en termes de poids pour la distribution structurée.» L’augmentation des droits de douane de 30% à 40%, en vigueur depuis fin juillet (loi de Finances rectificative), fait grincer des dents dans le secteur de la distribution structurée, particulièrement les enseignes qui importent du textile et des vêtements de Chine et de pays européens, ou encore ceux exerçant dans le prêt-à-porter, la chaussure, le mobilier en kit… Les droits de douane ont déjà été augmentés, passant de 25% à 30% en janvier, puis sont passés à 40% depuis le 26 juillet. Pour la dirigeante, cette augmentation de 15 points en une année est très significative et surprenante au regard des orientations du Maroc depuis plusieurs années : sa doctrine fondée sur le libéralisme, l’ouverture sur les échanges extérieurs ou encore la réforme tarifaire mise en place à partir de 2013. Et d’ajouter, que «la stabilité des droits de douane à 25% a été un facteur déterminant pour des décisions d’investissement, notamment dans le retail. Si la raison est purement budgétaire, cette mesure aura, à moyen terme, des impacts négatifs sur les recettes de l’État quand on raisonne de manière globale. Nous espérons vivement un retour à des droits de douane de 25% dans la loi de Finances de 2021».

En effet, la hausse des droits de douane pourrait amener fatalement à l’augmentation des prix de vente aux consommateurs, et donc à l’arrêt de l’activité pour certaines entreprises et à la diminution des quantités importées de manière significative. La baisse de l’activité des enseignes pourrait également se traduire par des réductions d’effectifs et donc des pertes d’emplois dans le secteur de la distribution structurée. Pour la Fédération, «il faudrait revoir le droit de douane temporairement, le temps de mettre en place un écosystème industriel et donner la chance aux importateurs de faire le pas vers l’industrialisation. L’on devrait le faire dans le cadre d’un programme bien étudié et bien réfléchi sur une moyenne de 5 à 10 ans au minimum», soutient Mohamed Elfane. En ces temps difficiles, ce n’est pas le moment de freiner la machine. En dépit du fait que la décision vise à encourager le Made in Morocco et à faire évoluer l’industrie marocaine, il faudrait s’assurer que l’écosystème industriel local soit intégré de bout en bout avant d’augmenter les droits de douane.

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco


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