Maroc

Covid-19 : la ruée vers les pharmacies fait des médicaments une denrée rare

Le Maroc a franchi la barre du million de contaminations à la Covid-19 depuis le début de l’épidémie en 2020, alors que le pays connaît une montée en flèche des cas de contaminations et une pénurie de médicaments utilisés dans le protocole de traitement du nouveau coronavirus. 

Nullement surprenant ! Les spécialistes avaient prédit l’accélération des cas de Covid-19, à laquelle nous assistons actuellement. Dans nos précédentes éditions déjà, les experts sollicités tiraient la sonnette d’alarme sur une probable nouvelle montée en flèche des contaminations. À présent, les infections au variant Omicron représentent 70% des cas positifs. Plus précisément, le Maroc a enregistré 4.963 cas au cours des dernières 24 heures, portant à plus d’un million le nombre de contaminations depuis le premier cas signalé le 2 mars 2020. C’est, certes, moins inquiétant que les 7.064 cas détectés au Maroc au 8 janvier dernier, sauf que ce n’est pas seulement la hausse du nombre de malades qui inquiète en ce moment. Le pays fait, en effet, face à une pénurie de médicaments alors que le virus se répand comme une traînée de poudre. En effet, face à la hausse rapide des cas de Covid-19, les pharmacies sont prises d’assaut par les citoyens à la recherche de médicaments conformes au protocole de traitement du nouveau coronavirus. Résultat : sur 300 médicaments commandés chez le grossiste, 45 sont en rupture de stock.


Dans le détail, les antitussifs, ibuprofène et paracétamol pédiatriques sont introuvables dans les rayons des pharmacies. La vitamine C et le zinc, ainsi que les autres produits prescrits dans les cas d’infections grippales ou inscrits dans le cadre du protocole anti-Covid, sont également en rupture de stock dans les officines du pays.

«Ce sont des produits courants et qui sont prescrits en période hivernale où il y a beaucoup de cas de grippe», explique Mohamed Lahbabi, président de la Confédération des syndicats des pharmaciens au Maroc (CSPM).

Or, il se trouve que les personnes qui ont vidé les stocks, ne sont pas forcément celles qui sont contaminées. Dans ce qui s’assimile à une course à la survie, nombreux sont les citoyens à s’être égoïstement rués sur les pharmacies pour faire des réserves au cas où ils tomberaient malades. C’est ainsi que la courbe de la demande est montée en flèche, alors que les laboratoires n’ont rien vu venir. N’ayant pas su anticiper la forte requête de fin d’année, ces opérateurs ont fini par contraindre les pharmaciens à ne vendre certains de leurs produits, notamment ceux inscrits dans le protocole de traitement des cas de Covid-19, que sur présentation d’une ordonnance. Entre temps, la Direction du médicament et de la pharmacie ne s’est pas encore manifestée pour réguler cette situation, regrette Mohamed Lahbabi. Aux Inspirations ECO, et à l’heure où nous mettions sous presse, nos tentatives pour joindre au téléphone le chef de file en matière de médicament au Maroc sont restées vaines.

Le Molnupiravir à la rescousse
Dans la même lignée, le ministère de la Santé n’a fourni aucune explication concernant ces ruptures de stock. Une seule certitude demeure, celle que cette situation aurait pu être évitée puisque le Maroc est habitué à des ruptures de stocks en fin d’année. L’année dernière, le pays avait été confronté à une pénurie de médicaments à la même période ou presque. Une leçon non assimilée et c’est d’autant plus incohérent que, dès l’apparition des premiers cas d’infection par la Covid-19, le ministère de la Santé avait mis en place un plan formulé dans la circulaire ministérielle n° DMP/00/75, publiée le 18 mars 2020. Ledit plan était censé permettre d’assurer l’approvisionnement du marché national en médicaments essentiels, dont ceux utilisés dans le traitement de Covid-19. Ce plan a-t-il réellement fonctionné ? Difficile de répondre. Et pourtant, ce n’est pas les exemples propices au benchmark qui manquent.

La France, à travers l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé, un établissement public, a instauré, depuis le 1er septembre 2021, l’obligation pour les laboratoires pharmaceutiques, de constituer un stock de sécurité minimal de deux mois pour tous les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM). Cette obligation s’inscrit dans la continuité de l’article 48 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2020, du décret n° 2021-349 du 30 mars 2021 et du plan gouvernemental de lutte contre les pénuries de médicaments. L’ANSM est pleinement mobilisée dans la mise en œuvre de ce plan afin de sécuriser l’accès à ces médicaments indispensables pour les patients. Toujours est-il que la bonne nouvelle concerne la récente autorisation par le Royaume, de l’usage d’urgence contre la Covid-19 du «Molnupiravir», devenant l’un des premiers pays au monde à approuver ce médicament antiviral du laboratoire américain Merck. La mise sur le marché de cette pilule antivirale se fera, dans un premier temps, au niveau des hôpitaux, gratuitement. La disponibilité de ce médicament, utilisé pour le traitement des cas légers à modérés de Covid-19, ainsi que chez les adultes présentant au moins un facteur de risque de développer une maladie de Covid grave, sera ensuite élargie au niveau des officines, qui pourront vendre le traitement, mais uniquement sous ordonnance.

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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