Maroc

Bachelor: le Maroc a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Saaid Amzazi et Driss Ouaouicha ont été interpellés par les députés de la Commission de l’enseignement sur le Bachelor qui sera lancé en phase expérimentale lors de la prochaine rentrée universitaire, puis généralisé l’année suivante. Certains parlementaires n’ont pas hésité à exprimer leurs appréhensions quant à la mise en œuvre de cette réforme.

Sommes-nous prêts à lancer dès la prochaine rentrée universitaire le nouveau système du Bachelor ? Certains députés en doutent, estimant que la précipitation dans l’implémentation de cette réforme risque d’être fatale pour un système qui souffre déjà de nombre de dysfonctionnements malgré les différentes réformes menées depuis 2000. Il faut dire que cette réforme, dès son annonce, a suscité beaucoup d’inquiétudes quant à sa faisabilité. Les parlementaires de la Commission de l’enseignement qui ont interpellé le ministre de l’Éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Saaid Amzazi, et le ministre délégué à l’Enseignement supérieur, Driss Ouaouicha, affichent leurs appréhensions quant à la mise en œuvre de ce projet qui est, certes, ambitieux mais qui nécessite la mobilisation de grands moyens tant logistiques qu’humains. «On aura toujours besoin de temps pour mettre en place une réforme, mais il faut trancher pour pouvoir avancer», estime Ouaouicha.


La réforme du Bachelor démarrera progressivement à partir de la prochaine rentrée dans l’ensemble des universités qui ont opté pour quelques filières uniquement dans la perspective de sa généralisation en 2022-2023. Rappelons à cet égard que le Bachelor devait être lancé dès cette année 2020-2021, mais la crise sanitaire n’a pas permis d’atteindre cet objectif. À cela s’ajoutent plusieurs défis qui restent encore à relever pour mettre en œuvre la réforme escomptée. À titre d’exemple, le développement des soft skills et de l’enseignement des langues nécessitent des solutions concrètes à la problématique de la massification de l’université, qui déteint sur la qualité des apprentissages.

À ce titre, le département de tutelle mise sur les nouvelles technologies de la communication pour résoudre cette problématique de taille et accompagner l’enseignement présentiel. C’est dans ce cadre que s’inscrit l’accord qui a été conclu avec l’ANRT pour le financement et la généralisation de l’accès à internet à toutes les universités. Baptisé «Campus connecté», ce projet qui nécessitera un financement de 180 millions de dirhams sera lancé dès la prochaine année universitaire, selon le responsable gouvernemental. Mais il faudra aussi résoudre la problématique de l’accès des étudiants à Internet afin de garantir l’égalité des chances et ne laisser personne pour compte. Pour gagner le pari de la réforme, il s’avère impératif de réunir « toutes les conditions logistiques, humaines et financières nécessaires ». L’approche progressive permettra, selon le ministre délégué à l’Enseignement supérieur, de rectifier le tir le cas échéant. L’objectif, selon lui, est de mettre fin aux dysfonctionnements qui minent l’enseignement dans les établissements à accès ouvert. Les chiffres font en effet froid dans le dos à chaque fois qu’ils sont présentés. Le taux de déperdition universitaire est énorme : 16,5 % des étudiants quittent l’université sans passer l’examen de la première année.

Au niveau des branches scientifiques, ce taux passe à 27,1%. La durée moyenne d’obtention de la licence est entre 4,5 et 5 ans. Seuls 13,3% des étudiants y parviennent en trois ans (durée normale). Ce pourcentage est de 9 % pour les branches scientifiques. Globalement, 47,2% des étudiants sortent bredouilles de l’université, sans aucun diplôme, après deux ou trois années d’étude. Cependant, la mise en place du Bachelor ne sera pas une rupture avec le système actuel qui a montré ses limites et est marqué par un essoufflement qui limite la portée de ses objectifs. Il s’agit plutôt de capitaliser sur les acquis et de combler les lacunes. Les députés recommandent, en premier lieu, de procéder à une évaluation du système «Licence-Master-Doctorat» (LMD) avant de lancer le Bachelor.

Rappelons que la réforme de 2003 consistait à instaurer le modèle LMD pour améliorer la qualité des études universitaires et s’aligner sur les standards internationaux et notamment sur les normes d’organisation pédagogique en vigueur dans les systèmes d’enseignement supérieur des pays européens. Sauf qu’au fil des ans, cette réforme n’a pas permis d’atteindre les objectifs escomptés. Et comme le relève le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation, l’organisation LMD a été quasiment généralisée sur l’ensemble du système de l’enseignement supérieur marocain, mais «des décisions improvisées, des demi-mesures et des incohérences ont paradoxalement alourdi la machine et limité les retombées positives de cette réforme». Les problématiques dont il s’agit ont aussi trait à la qualité des enseignements, à la gouvernance du système, aux ressources humaines mobilisées, aussi bien en termes de quantité que de qualité, ainsi qu’au financement. Si ces dysfonctionnements ne sont pas traités, la future réforme ne portera pas non plus ses fruits en dépit de ses objectifs ambitieux qui visent, entre autres, à renforcer les compétences linguistiques des étudiants en vue de pouvoir faire disparaitre la fracture linguistique entre le secondaire et le supérieur et à favoriser l’insertion professionnelle des lauréats. 

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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