Maroc

Bachelor : Amzazi se ravise

La réforme sera progressive et expérimentale. Le Bachelor sera mis en place à partir de la prochaine rentrée, sur la base du volontariat, au sein des universités qui disposent des conditions nécessaires. Les derniers préparatifs sont en cours.

Finalement, la réforme de l’enseignement supérieur ne sera pas généralisée dès la première année de sa mise en œuvre. Après une profonde réflexion, il a été décidé que le système de Bachelor sera instauré de manière progressive et expérimentale, comme le confirme le ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Driss Ouaouicha. Il faut dire que le premier objectif du ministre de tutelle, Saaid Amzazi, était très ambitieux. La réforme, qui devait être opérationnelle à partir de l’année universitaire en cours, mais qui a été ajournée à cause des répercussions de la crise sanitaire, suscitait en effet beaucoup d’inquiétudes sur sa faisabilité. Le projet n’a pas les moyens de ses ambitions en raison des nombreuses lacunes dont souffrent les établissements à accès ouvert qui accueillent 80% des étudiants. Rappelons, à cet égard, que plusieurs voix au sein des universités avaient émis des réserves sur cette réforme dès son annonce. Ce qui a amené le ministère à réviser ses ambitions, en concertation avec les présidents des universités. La réforme démarrera, ainsi, à partir de la prochaine rentrée avec un nombre limité d’universités et de branches pour pouvoir rectifier le tir, le cas échéant, avant la généralisation du Bachelor. Quelques universités uniquement qui disposent des conditions nécessaires pour mener à bien cette expérience ouvriront le bal, sur la base du volontariat. Le défi de la réforme n’est pas facile à relever. À titre d’exemple, le développement des soft skills et de l’enseignement des langues nécessite des solutions concrètes face à la problématique de la massification de l’université qui déteint de plein fouet sur la qualité des apprentissages. Pour gagner le pari de la réforme, il s’avère nécessaire de réunir « toutes les conditions logistiques, humaines et financières nécessaires ». La mise en œuvre progressive du nouveau système permettra de maîtriser graduellement la problématique du manque des moyens. Au vu des contraintes actuelles, la précipitation dans l’implémentation de la réforme risque d’être fatale pour un système qui souffre déjà de nombre de dysfonctionnements malgré les différentes réformes menées depuis 2000. Celles-ci ont, certes, permis de réaliser des avancées notables en matière d’enseignement supérieur, qui se sont traduites, entre autres, par une extension considérable des infrastructures. Mais il reste encore à relever nombre de défis, dont la nécessité de doter les lauréats des moyens nécessaires pour répondre aux exigences du marché du travail. Le chômage frappe en effet de plein fouet les lauréats des universités avec un taux dépassant 25%. À cet égard, la réforme en vue vise à insérer l’université dans son environnement économique à travers la mise en place d’une nouvelle ingénierie pédagogique pour adapter la formation aux besoins du marché du travail. La future réforme ne sera pas une rupture avec le système actuel qui a montré ses limites quant à la portée de ses objectifs, surtout au niveau des établissements à accès ouvert. «Les acquis du système de la licence seront sauvegardés. On ne veut pas perdre au change», a souligné Ouaouicha devant les députés de la Commission de l’enseignement, de la culture et de la communication. Plusieurs objectifs sont fixés comme la promotion de la digitalisation et l’acheminement vers un système alternant entre l’enseignement présentiel et le distanciel. Il s’agit aussi de renforcer les compétences des étudiants et de permettre de décrocher le bachelor en moins de quatre ans selon le rythme de l’étudiant. La nouvelle réforme consistera à introduire une année fondatrice comme première année de la formation supérieure. Le renforcement des compétences linguistiques est un élément clé pendant cette première année. On compte mettre en place un système de certification en langues étrangères. L’enjeu est de pouvoir faire disparaître la fracture linguistique entre le secondaire et le supérieur qui est, selon le département de tutelle, la principale cause de déperdition. Le système d’orientation sera revu et renforcé pour prendre en considération les compétences de l’étudiant aussi bien disciplinaires que linguistiques. L’offre de formation sera étoffée pour répondre aux exigences du marché de l’emploi dans les divers secteurs. Des filières adaptées seront créées permettant à l’étudiant de choisir la passerelle qui lui convient. Les derniers préparatifs sont en cours pour entamer la réforme. Le cahier des normes pédagogiques devra être bientôt finalisé et soumis à l’adoption de la commission nationale de coordination de l’enseignement supérieur. Le décret relatif aux diplômes sera aussi amendé pour y intégrer le Bachelor. La loi régissant l’enseignement supérieur est aussi en passe d’être révisée pour mettre fin aux différentes lacunes qui minent la qualité des apprentissages.


Les chiffres effarants de la déperdition universitaire

Le taux de déperdition universitaire fait froid dans le dos : 16,5 % des étudiants quittent l’université sans passer l’examen de la première année. Au niveau des branches scientifiques, ce taux passe à 27,1%. La moyenne d’obtention de la licence, qui devrait s’effectuer en trois ans, se situe entre 4,5 et 5 ans. Uniquement 13,3 % des étudiants obtiennent leur licence en trois ans. Ce pourcentage n’est que de 9 % pour les branches scientifiques. 47,2% des étudiants sortent bredouilles de l’université, sans aucun diplôme, après deux ou trois années d’étude.

Jihane Gattioui / Les Inspirations Éco

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