Maroc

Aïd Al-Adha : la sécheresse dicte sa loi

Face aux défis climatiques et économiques, le Roi Mohammed VI appelle à l’abstention du sacrifice de l’Aïd cette année. Une décision inédite, et surtout pragmatique, qui préserve l’essence spirituelle de cette fête tout en répondant aux réalités du moment. 

Pour la quatrième fois depuis l’indépendance du pays (après 1963, 1981 et 1996), le Royaume n’accomplira pas, cette année, le rituel du sacrifice de l’Aïd Al Adha. La décision a été annoncée mercredi 26 février dans un message lu au nom du Roi Mohammed VI par Ahmed Toufiq, ministre des Habous et des Affaires islamiques.

Le Souverain en sa qualité d’Amir Al Mouminine a invité les Marocains à s’abstenir d’accomplir le rite du sacrifice pour cette année. Cette décision intervient dans un contexte marqué par une sécheresse sévère et une situation économique délicate, qui ont entraîné une baisse significative du cheptel.

«Notre souci de vous permettre d’observer ce rituel religieux dans les meilleures conditions est étroitement lié à l’obligation de Notre prise en compte de ce que notre pays affronte en matière de défis climatiques et économiques qui ont eu pour conséquence une régression substantielle de l’effectif du cheptel», a assuré le Roi.

Le Souverain a tenu à rappeler que la célébration de cette fête «n’est pas une occasion passagère», mais un moment «porteur de significations religieusesfortes», illustrant l’attachement du peuple marocain à sa foi et ses traditions.

Toutefois, il a souligné que le rite sacrificiel est une sounna confirmée et non une obligation, insistant sur la nécessité d’alléger la pression sur les ménages à revenu limité. «Son accomplissement dans ces conditions difficiles est susceptible de porter préjudice à de grandes parties des fils de Notre peuple, particulièrement ceux à revenu limité», indique le message royal.

Portée économique et sociale
La sécheresse qui frappe le Maroc depuis plusieurs saisons a considérablement réduit la disponibilité du cheptel, faisant flamber les prix du bétail. Cette situation met en difficulté de nombreux foyers marocains, qui doivent faire face à des coûts de plus en plus élevés pour l’acquisition du mouton de l’Aïd.

En chiffres, le cheptel national a chuté de 38% par rapport à 2016, année où a été effectué le recensement général de l’agriculture, selon le ministère de tutelle (les chiffres du dernier recensement de 2023 devraient être revus à la hausse). Quant au besoin annuel pour le sacrifice, il est de plus de trois millions de têtes d’ovins et de caprins.

La suspension du sacrifice offrira une possibilité de renouveler le cheptel, alors que les différentes mesures n’ont pas eu les résultats escomptés, poussant notamment plusieurs petits éleveurs à liquider leur cheptel. Il s’agit essentiellement des importations et de la subvention des fourrages, qui n’ont pas permis de remédier au déficit en têtes pour l’abattage. Résultat : une flambée des prix des viandes rouges sur le marché, et la prolifération des intermédiaires.

L’autre point, et non des moindre, concerne l’incidence de l’accomplissement de ce rituel sur les ménages marocains. Il aurait contribué à éroder leur pouvoir d’achat, sachant que 81% des ménages ont déjà déclaré une dégradation de leur niveau de vie au cours des 12 derniers mois, selon le HCP. Ce n’est pas tout, car l’abstention du sacrifice cette année permettra aussi de concentrer les ressources sur des priorités économiques et sociales plus urgentes.

Inflation effrénée
Les statistiques économiques appuient la pertinence de cette décision. En effet, l’inflation est repartie à la hausse en janvier 2025, ravivant les inquiétudes à quelques semaines du mois sacré de ramadan. En effet, l’IPC du mois de janvier 2025 a marqué une rupture avec la tendance à la baisse du mois précédent, avec une hausse de 2%.

L’augmentation la plus spectaculaire est constatée sur les produits alimentaires qui ont affiché une augmentation de 3,3% par comparaison avec janvier 2024 et de 1,1% pour les produits non alimentaires.

Alors que cette hausse intervient à un mois de l’avènement du Ramadan, elle témoigne aussi de la persistance de la pression inflationniste et son caractère cyclique au Maroc. Il s’agit essentiellement de l’effet attendu du calendrier de Ramadan qui est associé à une augmentation des dépenses de consommation des ménages et qui sera suivi de la période de Aid El Fitr, où les dépenses des ménages connaissent un nouveau pic.

Un Aïd sous le signe de la spiritualité et de la solidarité

Si le sacrifice du mouton ne sera pas pratiqué cette année, la dimension spirituelle de l’Aïd demeure intacte. Le Roi a rappelé que la fête doit être célébrée selon ses rituels habituels, notamment la prière de l’Aïd dans les mosquées et les espaces dédiés, le partage et la solidarité, via l’aumône et les œuvres caritatives, mais aussi le renforcement des liens familiaux et sociaux, cœur de cette célébration.

Le Souverain a tenu à apaiser toute inquiétude en affirmant : «Nous vous invitons à célébrer l’Aïd Al-Adha, s’il plaît à Dieu, selon ses rituels habituels et significations spirituelles nobles de la prière de l’Aïd dans les mosquées, aux dons de l’aumône, aux rencontres avec les siens, ainsi que les différentes œuvres pies de dévotion».

Par ailleurs, Sa Majesté Mohammed VI a annoncé qu’Il accomplira le sacrifice en son nom et au nom de l’ensemble de son peuple, perpétuant ainsi une tradition prophétique et renforçant l’esprit d’unité nationale. «Nous le ferons, s’il plaît à Dieu, au nom de Notre peuple, fidèle en cela à la sounna de Notre Aïeul le Prophète.»

Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO



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