Les Cahiers des ÉCO

Un «Gnawi» aux Grammys !

Amino Belyamani, pianiste et compositeur

Il est l’un des fondateurs du groupe Innov Gnawa qui est nominé pour la prestigieuse cérémonie des Grammy’s dans la catégorie «Meilleur enregistrement dance» aux côtés des plus grands du monde grâce à un featuring avec le DJ britannique Bonobo. Une consécration pour la musique marocaine et pour le musicien qui monte. Rencontre avec Amino Belyamani, pianiste virtuose et compositeur multidimensionnel qui brouille les pistes entre le passé et le futur.

Curieux, authentique et toujours à l’écoute, il semble percevoir des sons qu’on ne voit pas venir. Profondément ancré dans la tradition et le passé avec l’art tagnaouite, il propose des sons nouveaux et modernes, presque expérimentaux venus du futur. Son double «JE» est sa force.  Marocain ayant échoué aux États-Unis pour poursuivre son «American dream», Amino Belyamani n’a jamais oublié sa «Moroccan touch». Au contraire, c’est en exil qu’il a senti le besoin, en 2010, de monter un projet aux États-Unis et c’est comme cela que Innov Gnawa est né à Brooklyn il y a deux ans et demi. En peu de temps, le groupe qui reprend les classiques du patrimoine tagnaouite séduit et se fait un réseau de fans qui les suit à chaque concert. Un Gnawi à Brooklyn…Amino Belyamani en a fait du chemin pour en arriver là. Natif de Casablanca où il a passé toute son enfance, le jeune musicien commence à montrer son intérêt pour la musique dès l’âge de 6 ans. Il apprend la musique classique et gagne plusieurs concours nationaux. Il sent que la musique pourrait devenir sa vie et en est sûr à l’âge de 16 ans. Il quitte donc Casablanca pour Los Angeles où il intègre le California Institute of the Arts.

Sa culture musicale s’ouvre et il expérimente de nouvelles choses. «Le premier grand changement, c’est le passage du classique au jazz parce que dans le monde du classique, on apprend de la grande musique mais à la fin on reste interprète, on joue des morceaux qui ont été écrits il y a plus de 3 siècles où il n’y avait pas d’innovation ou d’improvisation. La musique classique ne t’aide pas à comprendre ce que tu joues et c’est ça qui m’a frustré pendant des années. J’ai commencé à apprendre les règles, la théorie avancée, qui est liée au jazz. Le jazz est né après cette découverte de la théorie de la musique. Cela m’a permis d’improviser. Cela m’a ouvert beaucoup de portes, mais à un moment donné, j’ai eu envie de changer, en retourner à mes racines», confie le musicien qui soutient que c’est presque naturel pour un musicien qui quitte son pays de revenir à ses racines.

Pendant son cursus, il expérimente, crée des groupes. S’en suit des projets comme Dawn of Midi, un projet électro expérimental fin et sophistiqué ou encore Ssahha, une aventure électro musiques du monde. Il quitte Los Angeles pour New York et les aventures musicales finissent par le rattraper. C’est à Brooklyn que le groupe Innov Gnawa est né avec comme volonté de respecter les traditions tagnaouites et de rester traditionnel, sans forcément suivre la tendance de la «fusion». «Je n’ai jamais été satisfait par la fusion avec la musique Gnaoua, pour moi la musique Gnaoua est tellement intouchable, puissante et riche, c’est difficile de ramener autre chose et de le marier avec Gnaoua de façon naturelle. C’est pour ça que lors des fusions, ce sont toujours les Gnaoua qui sont en avant, les jazzmen sont derrière, font quelques solos mais le morceau reste Gnaoua. On ne change pas la structure fondamentale du morceau, Gnaoua prend le dessus. À cause ou grâce à cela, on a décidé de rester traditionnels». Et pourtant, c’est un projet de fusion qui les révèle au monde entier avec «Bambro Koyo Ganda», un titre avec le DJ britannique Bonobo nominé aux Grammy’s dans la catégorie «Meilleur enregistrement dance». «Être nominé aux Grammy’s est encore difficile à croire !», confie Amino Belyamani qui revient sur la rencontre avec le DJ britannique : «C’est le DJ Nick Diemus qui a parlé de nous à Bonobo. Ce dernier voulait un featuring avec un groupe Gnaoua qui habitait New York !», continue le musicien qui ne se considère pas comme un «Gnawi» mais plutôt comme un amoureux de Gnaoua. «La musique Gnaoua est bien perçue, entre les Américains qui ont cette soif de la culture et puis la musique Gnaoua met d’accord tout le monde.  l y a une communauté importante qui connaît la musique Gnaoua, on joue aussi pour des fans qui connaissent depuis des années. Avec des albums fusions de Hassan Hakmoun depuis les années 80, avec le festival d’Essaouira qui devient de plus en plus connu». Le musicien avoue que le prochain album du groupe qui sort fin janvier sera gnaoui mais sublimé par des touches subtiles de cajon ou des notes de piano et de synthé analogique pour une touche électronique. Le musicien multidimensionnel est toujours à l’affût d’expériences nouvelles qu’elles soient tagnaouites, électroniques, africaines, berbères ou liées aux musiques venues d’ailleurs. Curieux de tout, Amino Belyamine doit cette soif d’apprendre et de découverte à des influences comme Keith Jarret ou encore Fela Kuti. Quand il compose, il aime écouter d’abord, retranscrire puis créer. La musique pour lui est un trésor inépuisable qu’il compte bien traquer longtemps encore… 

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