Politique

Majorité gouvernementale. Quel sort pour les programmes électoraux?

Les partis politiques parviendront-ils à concrétiser les engagements de leurs programmes électoraux ? Rien n’est moins sûr, comme le reconnaissent certains dirigeants politiques. Dans le cadre d’un gouvernement «balkanisé», même les formations partisanes ayant un grand poids électoral peinent à imposer une grande partie de leurs promesses.

Les programmes électoraux des partis politiques sont-ils de véritables engagements envers les électeurs ou de simples propositions ? A une semaine des échéances électorales, la question se pose avec insistance, d’autant plus qu’aucun parti politique ne pourra gouverner seul.


Le mode de scrutin impose en effet au premier parti politique de négocier avec d’autres formations partisanes pour constituer l’équipe gouvernementale. Théoriquement, les alliances devront s’opérer sur la base d’un grand nombre de dénominateurs communs entre les programmes électoraux.

Or, l’expérience montre que les tractations prennent en compte d’autres considérations politiques. À cet égard, le Mouvement populaire a récemment jeté un pavé dans la marre de la scène politique en ce qui concerne la mise en œuvre des programmes électoraux.

Mohamed Ouzine, membre du bureau politique du parti de l’épi, estime que «peu de choses» du programme électoral de son parti ont été réalisées en raison de la «balkanisation du gouvernement», pour reprendre son expression.

Même son de cloche auprès de l’un des vœux caciques du MP, Said Ameskane, qui tient à souligner qu’il est impossible de mettre en œuvre les engagements électoraux dans le cadre d’un gouvernement formé de cinq ou de six partis politiques «et de ce fait, les formations partisanes sont plutôt appelées à présenter des visions pour ne pas s’engager devant les électeurs sur des mesures qui ne seront pas appliquées».

Calcul arithmétique

Si les ténors d’autres formations politiques ne se prononcent pas clairement et ouvertement sur cette problématique des programmes, il n’en demeure pas moins que certains d’entre eux laissent entendre que seuls les partis politiques ayant un poids électoral ont la capacité de mettre sur les rails leurs principaux engagements.

Interrogé à cet égard par Les Inspirations ECO, le secrétaire général du parti de l’Istiqlal, Nizar Baraka, indique que son parti a pu mettre en œuvre plus de 80 % de ses engagements quand il dirigeait le gouvernement. Aussi, pour pouvoir mettre en œuvre son actuel programme, le chef de file des héritiers de Allal El Fassi invite-t-il les électeurs à donner au PI une place privilégiée aux élections.

Il faut dire qu’il est difficile pour les formations ne disposant pas d’une assise électorale importante de marquer de leur empreinte le programme gouvernemental, comme nous le précise, en toute franchise, le secrétaire général du MP, Mohand Laenser référence faite à son parti.

Les observateurs soulignent que même le premier parti politique aux élections a du mal à appliquer son programme car, faute de majorité absolue, il est contraint de composer avec d’autres formations partisanes qui ont des idéologies et des visions différentes. L’expérience montre que les tractations pour la formation du gouvernement ne se basent pas sur les engagements électoraux, mais plutôt sur les calculs arithmétiques.

Les observateurs s’attendent à la même tendance après les élections du 8 septembre même si certains partis politiques s’engagent à sceller des alliances sur la base des programmes électoraux.

Ces engagements seront-ils respectés ? Le premier parti politique aura-t-il le luxe de mener des négociations sur la base des promesses électorales ? Rien n’est moins sûr, comme nous le confient certains acteurs politiques appartenant aux formations favories aux élections législatives qui préfèrent garder l’anonymat pour ne pas subir les foudres de leurs instances dirigeantes.

«Le contexte de la campagne électorale ne permet pas de s’exprimer librement sur cette question de mise en œuvre des programmes qui est souvent reléguée au second plan dans la formation des alliances, même si cela contribue à creuser davantage le fossé entre les partis et les citoyens», selon un député blanchi sous le harnais.

Il estime, par ailleurs, que la conjoncture actuelle est particulière et réunit les partis politiques sur certaines priorités. En effet, les grandes lignes des programmes des principaux partis politiques sont presque les mêmes même si les engagements chiffrés sont différents.

Elles visent à sortir le Maroc de la situation de crise induite par les répercussions de la pandémie de la Covid-19.

Les priorités

Les partis politiques misent en premier lieu sur la santé et l’éducation et promettent d’améliorer les indicateurs relatifs à ces deux secteurs.En ce qui concerne la santé, la priorité devra être accordée à la mise en œuvre du chantier royal de la généralisation de la protection sociale que tous les partis inscrivent dans leur programme électoral.

A ce titre, toutes les formations s’engagent à donner un coup de fouet aux structures publiques et à renforcer l’offre de soins notamment au niveau des hôpitaux publics. Aussi, des mesures sont-elles proposées pour améliorer la gouvernance du secteur ainsi que son financement.

Rappelons qu’une feuille de route de réforme du secteur de la santé a été déjà présentée par l’actuel gouvernement.

Le prochain programme gouvernemental devra l’ajuster et l’adapter aux engagements des partis de la coalition gouvernementale.Quant au secteur de l’enseignement, force est de constater que quelques partis surfent sur le dossier des «enseignants contractuels», en s’engageant à régler leur problème.

Une position qui suscite l’ire du PJD qui est responsable de ce dossier et qui défend son choix dans, pratiquement, tous les «meetings» électoraux. Il s’agit d’un point qui risque de diviser les alliés potentiels.

Sur le plan pédagogique et organisationnel, les partis politiques sont dans le même bateau car il faudra parachever la mise en œuvre de la loi-cadre de l’éducation et de la formation, notamment en matière législative.

Le prochain exécutif sera contraint de sortir tous les textes durant la première année de son mandat pour se conformer aux délais législatifs.

Les dispositions de la loi-cadre, rappelons-le, imposent un délai de trois ans pour l’adoption des textes d’application.

Plus de deux ans se sont déjà écoulés depuis l’adoption du texte. Ainsi, une véritable course contre la montre devra être engagée, juste après l’installation du gouvernement.

Celui-ci est attendu sur certains dossiers qui ont fait couler beaucoup d’encre sans pour autant qu’ils soient réglés, notamment le volet de la régulation des tarifs des écoles privées.

Par ailleurs, l’ensemble des partis politiques sont appelés à prendre en considération les orientations du Nouveau modèle de développement.

Ce qui devra, théoriquement, faciliter la mission d’élaboration du programme gouvernemental. Les principales formations politiques se sont déjà concertées sur le contenu du pacte national pour le développement.

Ce document est censé être «un moment consensuel d’engagement des acteurs du développement autour d’une nouvelle ambition pour le pays et un référentiel commun qui guide et oriente l’action de toutes les forces vives dans leur pluralité», selon la commission sur le modèle de développement.

Le Nouveau modèle de développement ne se substituera pas au travail devant être abattu par les institutions, à commencer par le gouvernement.

La future équipe gouvernementale devra préparer le programme de son investiture sur la base des nouvelles orientations avec des mesures et des projets concrets.

Jihane Gattioui / Les Inspirations ÉCO

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