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Sommet Chine-Afrique : la promesse d’un partenariat plus équilibré

Au sommet sino-africain (Focac), qui s’est tenu les 29 et 30 novembre derniers à Dakar, il a été question d’un nouveau partenariat entre Pékin et le continent. Des engagements ont été notamment pris en matière de balance commerciale et de lutte contre la dette. Un volet plus politique a aussi été abordé.

Les 29 et 30 novembre derniers, Dakar, la capitale du Sénégal a abrité les travaux du sommet sino-africain (Focac). Quel en était l’enjeu ? C’est d’établir un nouveau partenariat entre le continent et la République populaire de Chine, alors que leur relation est entrée dans une phase nouvelle. Après la lune de miel des années 2000 et le milieu des années 2010, pendant laquelle la Chine a été la bienvenue sur le continent où elle a investi dans les infrastructures et l’exploitation des matières premières, une relation plus équilibrée et plus diversifiée est désormais réclamée du côté des États africains. En effet, si la Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’Afrique – ses échanges commerciaux s’élèvent à 200 milliards de dollars en 2020, selon l’ambassade de Chine à Dakar –, cette relation va essentiellement dans un sens : le déficit commercial du continent vis-à-vis de la Chine était de près de 18 milliards de dollars, en 2019. Pour atteindre une relation plus équilibrée, le président sénégalais Macky Sall a exposé ses revendications, au premier jour du forum, lundi 29 novembre :
«Il nous faut accélérer le développement des capacités industrielles africaines afin que le continent facilite l’accès de ses produits au marché chinois. En outre, un meilleur accès des produits africains aux plateformes électroniques chinoises contribuerait à l’augmentation du volume de nos échanges commerciaux dans l’intérêt des deux parties». Message entendu par le président chinois Xi Jinping, qui lui a répondu, mardi 30 novembre : «La Chine élargira les catégories de produits bénéficiant de l’exemption des droits de douane en faveur des pays les moins avancés pour porter le volume total des importations chinoises en provenance de l’Afrique à 300 milliards de dollars américains dans les trois ans à venir».


Les dettes inquiètent
L’état réel de l’endettement des États africains vis-à-vis de la Chine n’est pas public. Mais il est colossal, selon tous les observateurs. Dans un rapport publié au mois de septembre par l’AidData, on apprenait que les dettes de 23 pays africains vis-à-vis de Pékin et des institutions de financement chinoises dépassaient aujourd’hui 10 % de leur PIB. Ce rapport a aussi révélé que 385 milliards de dollars (330 milliards d’euros) de dettes «cachées» contractées en Afrique ne sont pas pris en compte dans le système de déclaration officiel de la Banque mondiale. Dans ce contexte, la Chine est soupçonnée de se servir des dettes contractées par les États africains pour accroître son influence sur des pays incapables ou peinant à honorer leurs engagements. C’est pourquoi le ministre sénégalais de l’Economie, du plan et de la coopération, Amadou Hott, a demandé une relation chinoise avec le continent moins centrée sur la dette : «On a beaucoup d’investissements en dette, il nous faut plus d’investissements en fonds propres», a-t-il dit. Le président chinois a également répondu en annonçant l’annulation des dettes liées aux prêts intergouvernementaux arrivant à échéance fin 2021 des pays africains les moins avancés, ainsi que la réallocation à l’Afrique de 10 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux.

Ce forum a-t-il eu un volet politique ?
Oui ! La Chine, qui est de plus en plus isolée sur la scène internationale, doit conforter sa position avec ses partenaires africains. D’où le discours de son président sur la dette et les échanges commerciaux, mais aussi sur d’autres sujets comme la santé. Ainsi, Xi Jinping a annoncé une aide spectaculaire dans la vaccination contre le Covid : «La Chine fournira à l’Afrique un milliard de doses de vaccins supplémentaires, dont 600 millions sous forme de dons et 400 millions sous d’autres formes comme la mise en place d’unités de production de vaccins». Et l’envoi en Afrique de 1 500 professionnels médicaux. L’Afrique attend de Pékin qu’il s’engage sur la santé, mais aussi sur la sécurité. Ainsi, la ministre sénégalaise des affaires étrangères, Aïssata Tall Sall, a demandé, à l’ouverture du sommet, que la Chine apporte son soutien dans la lutte contre l’insécurité au Sahel, où plusieurs pays sont déstabilisés par les activités des groupes djihadistes. Au terme de ce forum, on peut toutefois s’interroger sur le degré de sincérité des engagements des autorités chinoises comme en témoigne le sort du livre blanc publié par Pékin, juste avant le forum, sur sa nouvelle coopération avec l’Afrique. Dans sa version destinée aux Africains, son titre est La Chine et l’Afrique dans la nouvelle ère : un partenariat d’égalité. Dans sa version chinoise, le titre est devenu La Chine et l’Afrique dans la nouvelle ère. L’affirmation d’«un partenariat d’égalité» a tout simplement disparu.

Sami Nemli / Les Inspirations ÉCO

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