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Guerre commerciale : quel sera l’effet des droits de douane américains punitifs sur l’économie chinoise ?

Le président américain Donald Trump a imposé de nouveaux droits de douane punitifs sur les importations chinoises, aggravant ainsi la guerre commerciale entre les deux plus grandes économies mondiales. Pékin a, de son côté, promis des contre-mesures et averti que ces taxes douanières allaient paralyser les chaînes d’approvisionnement mondiales, portant atteinte aux intérêts de Washington.

L’économie chinoise, orientée vers les exportations, est très sensible aux vicissitudes du commerce international. Et ses échanges avec les États-Unis sont particulièrement importants. Selon les données douanières chinoises, les exportations de biens de Pékin vers les États-Unis ont atteint l’an dernier plus de 500 milliards de dollars, soit 16,4% du total de ses exportations.

Les droits de douane américains menacent la fragile reprise économique de la Chine, aux prises avec une crise de l’endettement de son secteur immobilier et une consommation toujours faible. Pékin a pris des mesures massives de relance l’an dernier. Mais une intensification de la guerre commerciale signifie que la Chine ne pourra pas compter sur ses exportations pour atteindre une forte croissance. Ces dernières ont atteint un record en 2024.

«Les droits de douane américains sur les importations chinoises annoncés depuis le début de l’année pourraient effacer complètement l’effet des mesures de relance budgétaire annoncées jusqu’à présent», a déclaré à l’AFP Frederic Neumann, économiste en chef pour l’Asie chez HSBC.

Bien que l’impact des mesures américaines puisse être légèrement atténué par le fait que tous les pays, y compris les concurrents de la Chine, sont touchés, «le frein à la croissance chinoise est néanmoins significatif», a-t-il estimé.

Les principaux postes d’exportation de la Chine menacés
Les États-Unis vont imposer des droits de douane d’au moins 10% sur l’ensemble des importations mondiales, mais imposent un taux bien plus élevé de 34% à la Chine, en raison de son vaste excédent commercial de 270,4 milliards de dollars avec les États-Unis. Cette dernière salve, qui s’ajoute à un taux de 20% déjà imposé à la Chine le mois dernier, porte à 54% le total des droits de douane supplémentaires imposés par l’administration Trump à Pékin.

La Chine est également soumise à des droits de douane sectoriels sur les importations d’acier, d’aluminium et de voitures. Les analystes s’attendent à ce que ces nouvelles taxes pèsent lourdement sur le PIB de la Chine, que les dirigeants du pays espéraient voir croître d’au moins 5% cette année.

Julian Evans-Pritchard, analyste de l’économie chinoise chez Capital Economics, s’attend à ce que l’impact sur l’activité économique chinoise soit compris entre 0,5% et 1% du PIB, selon une note. Pour l’Institut Peterson d’économie internationale, les principaux postes d’exportation de la Chine vers les États-Unis risquent d’être durement touchés : électronique, machines électriques, textile et habillement. Mais un effet important est aussi prévisible sur les chaînes de production des entreprises américaines.

«Les importations américaines en provenance de Chine sont dominées par les biens d’équipement et les matériaux industriels plutôt que par les biens de consommation», indique Gene Ma, responsable de la recherche sur la Chine à l’Institute of International Finance. «Les droits de douane nuiront aux fabricants américains ainsi qu’aux consommateurs».

«Cette guerre commerciale a un impact destructeur non seulement sur la Chine, mais aussi sur le système commercial mondial», estime Chen Wenling, économiste en chef au Centre chinois pour les échanges économiques à Pékin.

L’Empire du milieu prépare sa contre-attaque
Pékin n’a pas encore précisé en quoi consisteront exactement ses «contre-mesures». Mais les représailles pourraient se traduire par une augmentation des droits de douane déjà imposés en réponse à des mesures antérieures.

«Les contre-mesures de la Chine doivent être raisonnables, bénéfiques et mesurées», a relevé Mei Xinyu, économiste à l’Académie chinoise du commerce international et de la coopération économique, affiliée à l’État, à Pékin.

«Elles doivent être fortes et précises, tout en évitant de transformer les contre-mesures en un découplage entre la Chine et les États-Unis», a-t-il précisé.

Le mois dernier, la Chine a imposé des droits de douane de 15% sur les importations de charbon et de gaz naturel liquéfié en provenance des États-Unis.

Le pétrole brut, les machines agricoles, les véhicules avec grosses cylindrées et les camionnettes ont également été frappés de droits de douane de 10%.

Ces mesures visaient à frapper Donald Trump là où cela est le plus douloureux, c’est-à-dire dans les régions rurales des États-Unis où se trouve sa base électorale, selon des analystes. Il y a encore des chances pour que les deux pays se parlent dans les mois à venir, observe Betty Wang, d’Oxford Economics. «L’expérience suggère que les droits de douane augmentent rapidement mais sont lents à diminuer», indique-t-elle.

Sami Nemli avec agences / Les Inspirations ÉCO



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