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Europe : la guerre rebat les cartes de la croissance

La crise en Ukraine plombe les prévisions de croissance et d’inflation en Europe. La première devrait s’affaisser et la seconde s’amplifier. Une onde de choc qui risque d’entraîner dans son sillage plusieurs pays. 

La Russie et l’Ukraine entrent en guerre et c’est le monde entier qui trinque, l’Union européenne la première ! Sous le coup de la flambée des prix de l’énergie, découlant du conflit entre les deux pays, les perspectives économiques dans le Vieux continent s’assombrissent.


Lundi, en effet, la Commission européenne a réduit drastiquement ses prévisions de croissance pour l’économie des pays membres. Principale cause mise en avant : l’augmentation, plus élevée que prévue, de l’inflation. C’est ainsi que Bruxelles a abaissé de 1,3 point sa prévision de croissance du Produit intérieur brut (PIB) pour la zone euro en 2022, à 2,7%.

Dans la foulée, la prévision d’inflation est aussi revue à la hausse (+3,5 points), à 6,1%, par rapport aux derniers chiffres annoncés le 10 février, avant le déclenchement de l’offensive russe.

Un gros choc pour l’Europe !


Il s’agit «d’une des plus fortes baisses de prévisions» de la Commission européenne, a souligné le Commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, lors d’une conférence de presse. Ces chiffres sont encore soumis à «une forte incertitude» liée à l’évolution du conflit.

Et pour cause, «la croissance pourrait être encore plus faible et l’inflation plus élevée». À présent, tous les scénarios restent de mise. Les responsables européens préfèrent jouer la carte de la vigilance soulignant que, pour l’heure, la croissance sur l’ensemble de l’année «n’est pas attendue en territoire négatif, mais c’est une possibilité» si la Russie arrête brutalement ses livraisons de gaz à l’Europe, selon Gentiloni.

Globalement, la prévision de croissance européenne de cette année est également abaissée à 2,7% et l’inflation est attendue à 6,8%, un niveau encore plus haut que dans les 19 pays partageant la monnaie unique.

2023, la fin de la tourmente ?
Il est encore trop tôt pour afficher un optimisme parfait à moyen terme. Néanmoins, pour 2023, Bruxelles table sur une croissance du PIB de 2,3% dans la zone euro comme dans l’UE, et estime que l’inflation retombera à, respectivement, 2,7% et 3,2%. Il faut dire que la guerre en Ukraine a exacerbé les hausses des cours des matières premières qui, au-delà de l’énergie, se propagent aux prix de l’alimentation et de certains produits industriels et services.

Le conflit a également accentué les problèmes des chaînes d’approvisionnement et augmenté l’incertitude pour les entreprises et les ménages. Notons que l’inflation dans la zone euro bat un nouveau record tous les mois depuis novembre dernier. Elle a atteint 7,5% sur un an en avril et un «pic» est attendu au cours du deuxième trimestre. Elle devrait ensuite «très graduellement diminuer» sur le reste de l’année, puis plus nettement l’an prochain, estime Gentiloni.

Toutefois, le Commissaire européen à l’Économie reconnaît que de possibles augmentations de salaires pourraient continuer d’alimenter la hausse des prix à la consommation, d’autant que le marché du travail reste solide. Le taux de chômage est au plus bas en Europe et Bruxelles prévoit qu’il baisse encore à 6,7% cette année et à 6,5% en 2023 .

Règles budgétaires. Le verdict attendu dans quelques jours

De manière globale, la Commission européenne prévoit une amélioration des comptes publics. Bruxelles table sur 3,7% cette année et 2,5% en 2023, sachant qu’en 2020, les plans d’aide massifs à l’économie avaient propulsé le déficit à 7,1% du PIB.

La dette publique devrait parallèlement refluer à 94,7% du PIB cette année pour les pays partageant la monnaie unique, puis à 92,7% l’an prochain. Elle avait atteint un niveau record à 99,2% du PIB en 2020 avant de revenir à 97,4% l’an dernier. Mais les fortes divergences entre sud et nord de l’Europe restent préoccupantes.

Durant la semaine prochaine, la Commission devrait se prononcer sur le maintien, ou pas, de la suspension de ses règles budgétaires en 2023 en raison de la guerre. Le pacte de stabilité, qui limite les déficits publics à 3% et la dette à 60% du PIB, avait été suspendu jusqu’à fin 2022 à cause de la pandémie.

Sami Nemli avec agences / Les Inspirations ÉCO


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