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Commerce mondial : l’année prochaine promet d’être rude

Les estimations publiées en avril paraissent «maintenant trop optimistes, étant donné que les prix de l’énergie se sont envolés, que l’inflation s’étend désormais à un plus grand nombre de secteurs et que la guerre ne montre aucun signe d’accalmie».  

Davantage de nuages sont venus couvrir le ciel de la conjoncture mondiale et, aujourd’hui, cet état de fait devrait influer sur les perspectives du commerce mondial. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) le confirme dans ses prévisions, annoncées devant la presse, hier, mercredi. «Le tableau pour 2023 s’est considérablement assombri», a déclaré à cette occasion la directrice générale de l’organisation, Ngozi Okonjo-Iweala.

L’OMC a donc fortement abaissé ses prévisions face aux fortes turbulences économiques et géopolitiques mondiales. Un net ralentissement du commerce mondial est ainsi prévu, en 2023, même si la croissance devrait malgré tout rester légèrement positive. «L’économie mondiale est confrontée à des crises multidimensionnelles. Le resserrement monétaire pèse sur la croissance dans une grande partie du monde», a-t-elle ajouté.

Dégringolade… dans le vert
En chiffres, après des révisions statistiques, l’OMC table à présent sur une croissance du volume du commerce mondial des marchandises de 3,5% en 2022. En avril dernier, l’organisation tablait sur une hausse de 3%. Toutefois, elle prévoit une augmentation de 1% pour 2023, un chiffre en forte baisse par rapport à l’estimation précédente de 3,4%.

Concernant le PIB mondial, les nouvelles prévisions escomptent une augmentation de 2,8% en 2022 et de 2,3% en 2023 (soit 1 point de pourcentage de moins par rapport aux prévisions précédentes pour ce dernier chiffre). En comparaison, l’OCDE, qui a maintenu sa prévision à 3% pour 2022, table sur une croissance de 2,2% l’an prochain. Le FMI prévoit en revanche une croissance de 3,2% cette année, et de 2,9% en 2023.

Les estimations publiées en avril paraissent «maintenant trop optimistes, étant donné que les prix de l’énergie se sont envolés, que l’inflation s’étend désormais à un plus grand nombre de secteurs et que la guerre ne montre aucun signe d’accalmie», indique l’OMC. Si les prévisions actuelles se confirment, la croissance du commerce ralentira donc fortement en 2023, mais elle restera cependant positive.

Récession ?
En toile de fond de ces prévisions, l’économiste de l’OMC, Coleman Nee, estime néanmoins nécessaire de souligner qu’une «grande incertitude entoure les estimations, simplement en raison de la nature du conflit (en Ukraine), et aussi des défis auxquels sont confrontées la politique monétaire et la politique budgétaire».

Pour 2023, si les risques de dégradation venaient à se concrétiser, le commerce pourrait reculer de 2,8%, mais en cas de bonnes surprises, il pourrait progresser de 4,6%, selon l’OMC qui n’exclut pas non plus que les chiffres sortent de cette fourchette. Il est à souligner que quelques jours auparavant, Okonjo-Iweala affirmait que le monde se dirigeait vers une «récession mondiale». «Les responsables politiques sont confrontés à des choix épineux dans leur recherche d’un équilibre optimal entre la lutte contre l’inflation, le maintien du plein-emploi et la réalisation d’objectifs importants comme la transition vers les énergies propres», a-t-elle souligné mercredi.

Et d’alerter que «s’il peut être tentant de recourir aux restrictions commerciales pour remédier aux failles en matière d’approvisionnement que les chocs de ces deux dernières années ont mises en évidence, une réduction des chaînes d’approvisionnement mondiales ne ferait qu’aggraver les tensions inflationnistes».

D’après l’experte, ces tensions induiraient à terme un ralentissement de la croissance économique et une baisse des niveaux de vie. La demande d’importations devrait faiblir à travers le monde sous l’effet d’un ralentissement de la croissance provoqué par divers facteurs dans les grandes économies. En Europe, la hausse des prix de l’énergie, résultant de la guerre en Ukraine, entraînera une compression des dépenses des ménages et une augmentation des coûts dans le secteur manufacturier, détaille l’OMC. ;

Aux États-Unis, le resserrement de la politique monétaire aura des répercussions sur les dépenses sensibles aux taux d’intérêt dans les domaines du logement, de l’automobile et de l’investissement en capital fixe par exemple. La Chine reste confrontée à de nouvelles flambées de Covid-19 et à des perturbations de la production associées à une faible demande extérieure, poursuit l’OMC.

Enfin, le gonflement de la facture des importations de combustibles, de produits alimentaires et d’engrais pourrait se traduire par une insécurité alimentaire et un surendettement dans les pays en développement. L’OMC note que les risques entourant les prévisions sont nombreux et interdépendants. Elle indique également qu’un durcissement excessif de la politique monétaire pourrait provoquer des récessions dans certains pays.

Jules Gabas Avec Agence / Les Inspirations ÉCO

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