Monde

2020, Annus horribilis

par Abdeslam Seddiki, économiste et ex-ministre de l’Emploi et des affaires sociales

Le monde s’apprête à célébrer la nouvelle année 2021. Celle qui s’achève peut être classée parmi les années noires des deux derniers siècles. Son bilan est négatif aussi bien sur le plan social qu’économique. Et le processus est loin de prendre fin.


Est-ce à dire que c’est une année à oublier ? Non, ce n’est pas possible, l’histoire n’est pas effaçable. Elle est gravée dans le disque dur.

La vie n’est pas toujours ce fleuve qui coule tranquillement. Nonobstant ce que nous avons enduré, individuellement et collectivement, cette année 2020 a été riche en enseignements. La crise sanitaire a frappé durement. Sans distinction de sexe, de catégorie sociale ou de pays. Aucun État, aussi puissant soit-il, n’a trouvé la parade pour la contenir.

Ironie du sort, pour une fois les États riches comme les États pauvres ont lutté à «armes égales», du moins pendant la première phase : ils ont tous eu recours à la pratique du confinement qui renvoie aux méthodes utilisées au Moyen Âge. Cela incite à plus d’humilité et de modestie.

Des puissances mondiales, qui ont réalisé des prouesses technologiques, ont conquis l’espace et enregistré des avancées majeures dans les domaines numériques, se sont trouvées en manque de produits basiques pour se protéger du virus, en l’occurrence le masque et le gel hydroalcoolique. On s’est retrouvé face à une véritable «anomalie» pour emprunter le titre du Goncourt 2020 de Hervé Le Tellier.

Des chiffres alarmants les données, arrêtées au 27 décembre, donnent quelques frayeurs : la pandémie de la Covid-19 a causé, au niveau mondial, près de 1.800.000 décès et plus de 81 millions de contaminés. Le Maroc, à lui seul, déplore 7.240 décès et enregistre 432.000 contaminés.

Ces chiffres auraient pu être beaucoup plus graves, n’eussent été les mesures draconiennes prises au niveau des différents pays allant jusqu’au confinement total et la fermeture des frontières. La plupart des pays, dont le Maroc, ont, dès le début de la pandémie, favorisé la protection des vies humaines au détriment de l’économie.

Ayant appris progressivement à vivre avec le virus, nous avons cherché un équilibre entre la préservation des vies humaines et la reprise de l’activité. Cependant, cet équilibre s’est révélé fragile et a donné lieu à des réajustements réguliers suscitant parfois des incompréhensions, voire des oppositions.

Durant cette période exceptionnelle, nous nous sommes renouvelés, avons fait preuve d’imagination pour apporter des éléments de réponses à des problématiques inédites. En ce sens, nous avons assisté à l’émergence d’une nouvelle «normalité» : confinement, chômage partiel, télétravail, biens communs, prêts garantis par l’État, plans de relance envahissent notre quotidien…

Le corollaire en est l’évaporation de certains dogmes : déficit budgétaire, seuil d’endettement, niveau d’intervention de l’État. À tel point que nul ne remet en cause ce changement de paradigme, y compris dans les milieux ultra-libéraux qui prônaient jadis le moins de l’État, la vérité des prix, et traçaient des lignes rouges à ne pas dépasser en matière d’équilibres macro-économiques.

Le vaccin de l’espoir finalement, l’année 2020 aura au moins prouvé que Socrate avait raison quand il affirmait, il y a déjà plus de deux mille ans : «Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu’ils ne savent pas». Fort heureusement, l’année se termine sous de meilleurs auspices : l’espoir est permis avec la mise en œuvre des vaccins anti-Covid-19. Notre pays sera parmi les premiers à procéder au vaccin des citoyens âgés de plus de 18 ans, soit une population de 25 millions.

Un signe de soulagement. Sur le plan politique, le Maroc a vécu un mois de décembre historique. Des acquis remarquables ont été enregistrés en faveur de notre question nationale, suite notamment à la reconnaissance par les États-Unis de notre entière souveraineté sur l’ensemble de nos provinces sahariennes.

Cette victoire vient couronner la constance de la mobilisation du peuple marocain et l’engagement indéfectible du roi pour l’intégrité territoriale. Cette dynamique devrait nous permettre d’engranger, dans un avenir proche, d’autres victoires et converger enfin vers une solution définitive de ce différend artificiel.

Ce faisant, nous pourrons concentrer tous nos efforts sur le développement du pays en vue de l’amélioration du niveau de vie de tous les Marocains. L’année qui s’ouvre sera donc décisive. Elle doit être tournée vers la relance certes, mais plus encore vers les réformes pour résoudre les problèmes que nous avons laissés s’accumuler. En s’inspirant de cette maxime de Göran Personn, Premier ministre social-démocrate qui modernisa le modèle suédois dans les années 1990 : «Il ne faut jamais laisser perdre la chance d’une grande crise».

Le rebond économique attendu les attentes pour 2021 sont là et s’imposent à nous dans l’espoir que le vaccin permette de vaincre le coronavirus. Le rebond attendu de l’économie doit profiter en premier lieu à celles et ceux qui étaient en première ligne dans la lutte contre la pandémie et aux couches sociales qui ont le plus pâti de la crise.

Le «Maroc d’après», dont on ne cesse de parler, doit se concrétiser avec l’organisation des prochaines élections qui devraient avoir lieu courant 2021 et déboucher, espérons-le, sur une véritable alternance menée par un front démocratique de progrès qui soit à même de porter le nouveau modèle de développement, en phase avec la Constitution de 2011. 

 

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