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Transformation digitale : les DAF à l’ère 4.0

À quoi va ressembler le directeur administratif et financier (DAF) ou Chief Financial Officer (CFO) de demain ? Face à l’importance des enjeux, la prise de conscience se généralise au sein des directions financières, encore plus depuis la survenue de la Covid-19 qui a servi d’accélérateur.

Le rôle du directeur administratif et financier (DAF) ou Chief Financial Officer (CFO) est en train de changer. La transformation digitale de la fonction finance ou encore le profil, le cahier deS charges et les défis du CFO/DAF 4.0 sont des sujets qui prennent de plus en plus d’importance au sein des directions financières des entreprises marocaines de toutes tailles. C’est dans ce contexte qu’une enquête réalisée par le cabinet de conseil en management et technologie BearingPoint a été présentée et fait l’objet d’une session d’échange et de débat le jeudi 24 juin, lors d’un webinaire organisé par l’Association des lauréats du groupe ISCAE (Alisca).


Les enjeux de cette étude menée auprès des CFO et manager finance d’une trentaine d’entreprises dont 2/3 de grandes entreprises du calibre de l’OCP, Holmarcom et 1/3 des PME, exerçant dans sept secteurs d’activité (les télécom, l’industrie, les services financiers, l’immobilier) entre mars et septembre 2020, sont de plusieurs ordres. À commencer par mesurer l’avancée de la transformation digitale des directions financières au Maroc et donner des clés pour mettre en œuvre des solutions digitales créatives de valeur. Mais aussi «comprendre comment les différentes technologies, notamment numériques, changent les modes de travail, les processus et les organisations. Ou encore avoir suffisamment de recul pour procéder à des comparaisons avec d’autres pays et savoir ce qui se passe au Maroc, après avoir réalisé une étude similaire à l’échelle européenne en 2019 et cette année», explique Jean-Michel Huet, Associé Afrique et développement international chez BearingPoint.

Que retenir de l’étude ?
«Les directions financières des entreprises marocaines sont encore à la première vague de la digitalisation et amorcent, pour certaines d’entre elles, un passage vers la 2e vague pour se focaliser davantage sur le rôle de Business Partner». C’est en substance ce qu’il faudrait retenir de l’enquête sur le niveau de maturité digitale des entreprises marocaines. Parmi les plus avancées sur le volet de la digitalisation de la fonction finance, l’on pourrait citer les multinationales. Vu qu’elles sont reliées à des maisons-mères bien avancées et implantées aux États-Unis ou en Europe. S’y ajoutent les grands groupes marocains qui font l’effort de suivre ces évolutions et se mettre à jour. De manière schématique, le niveau de maturité digitale des entreprises devraient se faire en trois vagues. Une première, dite efficacité opérationnelle, qui consiste à optimiser l’efficacité opérationnelle et automatiser les processus manuels. La deuxième vague, dite «Business Partner», qui est celle dans laquelle les entreprises marocaines sont dans leur majorité.

Cette vague consiste à fournir des informations financières en utilisant des données en temps réel et des outils de data-visualisation. La troisième vague, dite catalyseur de transformation. À ce niveau, la fonction finance réinvente les chaînes de valeur et peut même piloter la transformation digitale globale de l’entreprise. À titre de comparaison, ce qui est ressorti de l’étude européenne est qu’une moitié des entreprises est au niveau de la première vague, une autre moitié au niveau de la deuxième et une petite poignée au niveau de la troisième vague.

Dans le détail de l’enquête réalisée au Maroc, 80% des CFO interrogés affirment que la transformation digitale fait clairement partie de la stratégie de la fonction finance de leur entreprise. L’on peut en conclure qu’un virage a été pris au sein des directions financières marocaines.

Dans 55% des cas, les projets de digitalisation sont sponsorisés par la direction générale. Ce qui démontre leur caractère stratégique pour les entreprises. 80% des répondants prévoient d’investir un montant supérieur ou égal à leur investissement actuel en termes de digital dans les trois années à venir. Des résultats globalement cohérents à ceux observés dans l’enquête réalisée en Europe. La digitalisation des processus transactionnels est plus avancée que les process décisionnels et prévisionnels. À ce jour, les processus fournisseurs (procure to Pay ou P2P) et processus client (Order to cash – O2C) sont les plus impactés par la digitalisation. Les moins impactés sont ceux du «Budgeting and forecasting» et le processus «Record to report» (R2R). La différence par rapport aux résultats obtenus dans l’enquête européenne est que le processus R2R ressort en Europe plus haut dans le classement, en 3e position après le P2P et O2C. Pour qui est des technologies pour lesquelles des projets ont déjà vu le jour ou sont en cours, le top 3 du classement marocain comprend les technologies autours de l’Advanced analytics (46%), ce qui démontre que les directions financières sont de plus en plus Data Relevant ou encore exploitent toutes les données pertinentes disponibles. Viennent ensuite les technologies autours de la robotisation des processus (31%), qui permettent d’automatiser un certain nombre de tâches, et en troisième lieu la technologie de reconnaissance optique des caractères (25%), qui peut servir dans l’automatisation du traitement de factures. Ces trois technologies occupent également le haut du classement des projets les plus implémentés en Europe, avec un ordre différent, notamment les technologies autours de l’Advanced en 3e position. Les bénéfices attendus par l’implémentation de ces technologies sont «d’abord l’efficacité opérationnelle, la sécurité et la satisfaction client», précise Ouafaa Jrondi, Senior Manager en Stratégie et performance chez BearingPoint.

Quant au mindset, des efforts sont à fournir afin d’être en phase avec la culture digitale nécessaire pour négocier ce virage. En effet, seulement 18% des répondants se considèrent aujourd’hui comme early adopters (adeptes précoces) contre 71% qui se disent confiants dans leur capacité à l’être demain. Ce qui indique que l’on est encore sur des fonctions plutôt traditionnelles du digital. Pour les participants à l’enquête, les compétences à renforcer pour prendre ce virage sont, entre autres, «la volonté d’expérimenter et de prendre des risques», «la volonté de partager et de collaborer» ou encore «la capacité à conceptualiser les innovations». Pour les panelistes, les résultats de l’étude sont globalement alignés avec les mutations en cours au Maroc et l’accélération imposée par la crise sanitaire. Pour Hanane Bakari, directrice administrative et financière, «les entreprises marocaines sont bien parties pour faire partie de la course d’autant plus qu’il y a une prise de conscience chez les acteurs économiques de la nécessité de digitaliser et automatiser plusieurs processus pour être plus efficaces et efficients en termes d’analyse et d’aide à la prise de décision du top management». Au fil du temps, la fonction se digitalise, devient plus technique, plus étendue afin d’être plus efficace. À quoi ressemblera dans le futur le profil de CFO dont auront de plus en plus besoin les entreprises ?

Omar Alaoui Mhamdi
DGA de Taqa Morocco

«Le CFO de demain sera orienté digital. Il va fonctionner en mode Agile et évoluer au sein d’équipes multidisciplinaires et autonomes, notamment des squads où il va côtoyer un data scientist, un product owner, un data engineer et ce sera à lui de s’adapter à ce nouveau milieu. S’il ne fonctionne pas en mode Agile il ne pourra pas apporter la valeur qu’on attend de lui. Il n’évoluera pas uniquement avec son équipe à lui comme avant. Il va être entouré de personnes au profil qui n’a rien à voir avec la finance. Il doit être le garant de la création de valeurs de l’entreprise, en s’assurant que l’ensemble des processus interagissent pour créer cette valeur attendue par l’ensemble des parties prenantes. Le CFO qu’on avait l’habitude de voir dans son bureau assis tout seul avec des parapheurs c’est du passé».

El Mehdi Ennejar
Directeur administratif et financier

«Le CFO de demain doit avoir es compétences IT. Je me suis une fois amusé à consulter les profils de CFO aux États-Unis, j’ai trouvé chez la majorité des diplômes IT. Ses compétences IT lui permettront de mener les projets de digitalisation. Son leadership et sa capacité à gérer l’élément humain vont lui permettre de mener à bout les projets. Je pense qu’il sera toujours entouré d’une équipe, mais des profils à forte valeur ajoutée. Le CFO d’aujourd’hui devra changer et s’adapter pour pouvoir être efficace dans le futur».

Abdelaziz Arji
Expert comptable, Commissaire aux comptes, président de la Commission appui aux entreprises à la CFCIM

«J’ai peur que le CFO de demain soit tout seul sur un plan humain. Parce qu’on mesure aujourd’hui l’importance du CFO par le nombre de personnes qu’il gère: deux comptables fournisseurs, des comptables clients, les équipes de la facturation. J’ai peur qu’il gère de plus en plus des robots et des Chatbots plutôt que des personnes. Il devra monter en compétence, avoir beaucoup de matière grise pour pouvoir faire face à son cahier des charges. Son métier lui demandera beaucoup de technicité et donc beaucoup de stress. Et même s’il a des collaborateurs, ils devront être des profils à forte valeur ajoutée».

Modeste Kouamé / Les Inspirations Éco

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