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Sortie du Trésor à l’international : l’analyse de CDG Capital

La nouvelle sortie du Trésor à l’international aurait été réalisée, selon les analystes de CDG Capital, à des conditions moins avantageuses que celles de 2019. La banque d’affaires estime également que la levée limitée à 1 milliard d’euros n’aurait presque aucun impact sur les principaux équilibres macro-économiques.

Bien que les conditions de marché aient été globalement difficiles en raison du contexte de la pandémie de Covid-19 et de l’accentuation des besoins des pays- particulièrement ceux des économies émergentes -, la nouvelle émission du Trésor à l’international du 24 septembre a connu un succès notable. Le carnet d’ordres a en effet dépassé les 2,5 milliards d’euros émanant de 197 investisseurs. Or, l’opération visait 1 milliard d’euros en deux tranches de 500 millions d’euros. Contrairement à la sortie de l’année dernière, dont la totalité du montant (1 milliard d’euros) a été levée sur la maturité 12 ans, cette nouvelle émission a été répartie sur deux maturités, en l’occurrence 5,5 ans et 10 ans. Si cette sortie à l’international représente une des alternatives de financement des besoins du Trésor, les opérateurs du marché des bons du Trésor déplorent pourtant le niveau de la somme engagée. Nombreux étaient ceux qui espéraient une sortie à l’international pour un montant beaucoup plus important, à l’image de l’Égypte qui a sollicité les marchés financiers pour au moins 5 milliards de dollars en mai dernier. Selon eux, les ressources sont insuffisantes pour accompagner le Trésor dans l’effort de financement de l’État. De l’avis des analystes de CDG Capital, l’impact de l’opération sur l’équilibre des finances publiques et les réserves de change devrait être quasi nul. Et pour cause, la levée limitée à 1 milliard d’euros aurait été réalisée dans le but de rembourser une tombée en devises du même montant prévu ce mois d’octobre 2020.


Les analystes de CDG Capital expliquent aussi que «sur le plan budgétaire, cette levée n’aura pas d’impact sur l’équilibre des finances publiques, et par ricochet, le Trésor sera amené à couvrir le reliquat de son besoin de financement aussi bien à travers des prêts bilatéraux et des tirages à l’international qu’à travers des émissions de bons du Trésor sur le marché local». Au final, le montant levé devrait laisser un reliquat considérable du besoin du Trésor à financer pour terminer l’année budgétaire 2020. Il est par ailleurs à préciser que l’endettement extérieur du Trésor public devrait augmenter cette année, compte tenu de l’importance des besoins en financement, suite à la baisse conséquente des recettes fiscales liée à la crise de la Covid-19. À cela s’ajoute la part élevée du déficit que le Trésor a prévu de couvrir à travers des ressources extérieures dans le cadre de la loi de Finances rectificative.

En effet, sur un besoin de financement prévu pour 2020 de 82,8 MMDH, 52,6% ou encore 43,6 MMDH devraient être couverts par des financements extérieurs. À date, ce sont 25 MMDH qui ont été réalisés en intégrant cette opération de levée à l’international. Ainsi, selon les estimations de CDG Capital basées sur les levées nettes en devises prévues pour 2020, l’endettement à l’international du Trésor public devrait s’accroître de 27% en glissement annuel à 205,1 MMDH et de 14% du PIB en 2019 contre 19% prévu en 2020.

Parallèlement à cela, cette situation pourrait induire une légère correction à la hausse des taux relatifs aux maturités moyenne et longue. «Compte tenu de la faiblesse de la levée en comparaison avec les besoins importants du Trésor pour clôturer l’exercice 2020 estimé à 34,8 MMDH, la courbe des taux locale pourrait augmenter particulièrement au niveau des parties moyenne et longue», souligne la banque d’affaires. En effet, malgré l’assouplissement du cadre monétaire, qui devrait induire une pression à la baisse sur la courbe des taux, les opérateurs pourraient proposer des fourchettes plus élevées dans le cadre des prochaines opérations d’adjudication, notamment au cours des séances moyen et long termes. À noter qu’une autre émission du Trésor sur le marché financier international est prévue en 2021. 

L’État enchaîne les sorties à l’international

La dernière sortie à l’international remonte à 2019, après une absence qui date depuis 2014, suite à un changement d’orientation visant à alléger les engagements en devises et à couvrir le besoin de financement sur le marché intérieur. D’une part, les besoins du Trésor se sont réduits grâce à l’engagement de la réforme de la compensation, à travers la libéralisation des prix des carburants et lubrifiants, et d’autre part, les réserves en devises du Maroc se sont améliorées suite à l’atténuation du déficit commercial, grâce aux exportations automobiles et à la hausse des IDE.

Aida Lo / Les Inspirations Éco

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