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Régionales de l’investissement/Agadir : l’agroalimentaire face au défi de la neutralité carbone

Second poste de consommation d’énergie après celui des matériaux de construction au niveau national, les industries agroalimentaires sont appelées à faire face à la facture énergétique et à s’adapter au contexte international qui exige la décarbonation dans le cadre du «mécanisme d’ajustement carbone aux frontières» (MACF). 

Raccorder chaque territoire à un secteur spécifique en tenant compte des enjeux de demain, c’est le pari gagnant de la seconde édition des «Régionales de l’investissement» initiée par la Banque Populaire. Après Rabat, la deuxième escale initiée, mercredi, à Agadir, dans le cadre de ce road-show sous forme de tournée régionale dans 11 villes, a fait un focus sur le secteur de l’agroalimentaire dans la région d’Agadir Souss-Massa qui dispose d’une vocation à l’export. Faisant partie du secteur secondaire, l’industrie agroalimentaire regroupe essentiellement les activités liées à la transformation des matières premières issues du secteur primaire.


En effet, la région dispose de plusieurs secteurs phares qui contribuent au développement de l’activité agroalimentaire. Ce qui lui a permis d’abriter des champions de l’agroalimentaire reconnus au niveau national, grâce à la transformation de produits du secteur primaire, notamment de l’agriculture, de la pêche maritime et de l’élevage.

Toutefois, le développement de cette activité, qui demeure le second poste de consommation d’énergie après celui des matériaux de construction, est appelé à faire face à la facture énergétique, mais aussi à s’adapter au contexte international dans laquelle elle évolue. Il s’agit essentiellement de la neutralité carbone et l’exigence de la décarbonation dans le cadre du «mécanisme d’ajustement carbone aux frontières» (MACF) qui sera établi par la Commission européenne à partir de 2023 sur certains produits fabriqués hors d’Europe.

Avec son plan de relance 2021-2023, le Maroc s’est déjà orienté vers cette question pour faire face aux exigences du marché et aux contraintes de compétitivité liées notamment à l’instauration de cette taxe carbone.

«Le secteur des industries agroalimentaires englobe 2.000 entreprises au Maroc et emploie 152.000 personnes, selon les chiffres de la CNSS de 2020, et génère 160 MMH dont 36 MMDH de chiffres d’affaires à l’export», explique Youssef Fadil, directeur des Industries agroalimentaires au ministère de l’Industrie et de commerce.

Banque de projets : 25% dans l’agroalimentaire
Il va sans dire que la banque de projets, lancée en 2020 pour apporter des solutions à la substitution des importations, a évolué pour intégrer la souveraineté industrielle sanitaire et alimentaire.

«Nous avons identifié 1.611 projets qui totalisent 46 MMDH et qui vont permettre la génération de 100.000 emplois directs. Pour les projets agroalimentaires, ils représentent 25% des projets identifiés alors que la région Souss-Massa représente 10% des projets déjà identifiés avec un investissement de 2,9 MMDH et qui vont permettre la création de 7500 emplois», ajoute Youssef Fadil.

Faisant partie des écosystèmes industriels dans le cadre de la déclinaison régionale du PAI, le développement des industries agroalimentaires vise le renforcement de l’intégration entre l’amont de la production et l’aval de la transformation, en plus du développement des niches agroalimentaires qui devrait constituer des relais de croissance pour le secteur.

«L’industrie agroalimentaire a démontré une certaine résilience en n’enregistrant aucune rupture durant le contexte sanitaire. Elle dispose aussi d’un potentiel à développer en matière d’investissement concernant l’intégration industrielle (amont et aval) et la substitution aux importations», a précise Hamid Felloun, directeur de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (FENAGRI).

Pour la CGEM, Union régionale Agadir Souss-Massa, «la transformation des produits agricoles est une opportunité qu’il faut saisir. Si on veut s’imposer, il faut prendfre des participations  et racheter des enseignes à l’international et donner plus d’importance à la recherche-développement tout en améliorant la logistique» explique Driss Boutti, président de la section régionale de la CGEM.

Sur ce dernier point, la section patronale compte bientôt lancer avec ses partenaires, notamment les compagnies maritimes, deux solutions logistiques reliant le port d’Agadir à ceux de l’Afrique de l’Ouest pour éviter les contraintes qui pèsent sur le transport routier. En attendant, les opérateurs régionaux insistent sur le fait de doter le territoire d’un port commercial à vocation internationale à l’image de ce que représente la région dans la cartographie actuelle du Maroc.

Agadir Souss-Massa, 1ere en matière de concrétisation
«Le replacement d’Agadir et sa région dans le cadre de sa nouvelle centralité géographique, conformément au discours royal prononcé à l’occasion du 44e anniversaire de la Marche Verte, a imposé des défis aux élus, autorités et secteur privé qui sont un moyen d’accompagnement avec toute la synergie nécessaire», tient à préciser Karim Achengli, président du Conseil régional Souss-Massa.

Selon lui, «le rôle de la Région est de développer son territoire sur le plan économique. Le législateur nous a donné le pouvoir de créer de la valeur ajoutée et de générer de l’emploi à travers la mobilisation du foncier industriel, mais aussi accompagner l’investissement à travers des mesures de soutien».

Pour le CRI de la région, «la réforme des CRI a donné ses fruits durant les deux dernières années à travers l’amélioration des indicateurs de performance via un délai moyen d’instruction de 5 jours ouvrables pour les dossiers d’investissement à côté de la force du collectif et le rôle clé de la CRUI», explique Marouane Abdelati, DG du CRI de Souss-Massa.

Dans ce sens, la région s’apprête à adjuger l’étude afférente à la réalisation du PDR. «Quand il y a une vision, les banques disposent de la visibilité pour accompagner l’ensemble des acteurs. Le succès de la 1ère édition des Régionales de l’investissement a ramené de l’information aux investisseurs. L’équivalent de 4.000 entreprises ont suivi cette édition alors que nous avions identifié l’équivalent de 16 MMDH de projets de TPME qui ont un véritable besoin qui correspond à 9 MMDH de financement», explique Jalil Sebti, directeur général de la banque commerciale du Groupe Banque Populaire.

A cet égard, la banque Centre sud de la BP a identifié 2 MMDH de projets au cours de l’année dernière dont 1,2 MMDH de financement. La région d’Agadir Souss-Massa est la première région en matière de concrétisation puisque 54 % des besoins ont été concrétisés, soit 557 MDH.

Lors de cette 2e édition, ce pipe d’investissement sera élargi selon la BP. «L’investissement est un facteur clé dans une économie pour créer de l’emploi et la croissance. Nous voulons, à travers cet évènement, confirmer qu’on est au service de la dynamique régionale», a insisté Mohamed El Haimer, directeur de la banque Centre sud de la Banque Populaire.

Yassine Saber / Les Inspirations ÉCO


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