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Matières premières : L’impact des cours mondiaux sur la croissance

De quels outils quantitatifs user pour comprendre et prévoir les marchés de matières premières ? Le sujet a été étudié en profondeur lors d’une conférence organisée par OCP Policy Center. Il est difficile de connaître le comportement des commodities dans un monde globalisé. C’est pourquoi, les experts préconisent de se focaliser sur les risques potentiels.


Financiarisation des matières premières dans un contexte de renchérissement des cours, telle est la thématique de la conférence internationale organisée, hier à Rabat, par l’OCP Policy Center. Aujourd’hui, les projections les plus pertinentes sur l’évolution des cours des minerais de fer, du cuivre, du nickel, de l’or, de l’uranium doivent prendre en considération plusieurs paramètres. Parmi ceux-ci figurent les coûts d’exploration et d’exploitation. À plus forte raison car de plus en plus de pays revoient leur fiscalité vis-à-vis des sociétés exploratrices. Ces dernières doivent payer des surcoûts en nouveaux impôts et pourcentages sur les gains dans la mesure où les pays riches en minerais veulent tirer le plus grand profit possible de cette richesse. Un pays comme l’Australie a pu échapper à la récession grâce à ses gisements de charbon et de fer.

À la lumière de ces évolutions, il paraît clair qu’aujourd’hui, les prix des matières premières conditionnent les politiques économiques de plusieurs pays et poussent un grand nombre d’entreprises à faire des concessions. Adil Reghaï, de l’Institut africain du Risk Management, a expliqué à ce propos que les prix des cours mondiaux des matières premières ne sont ni stationnaires ni linéaires, car difficilement prévisibles. Et de préciser que dans ce cas de figure, le prix n’est pas un bon signal en matière de finances des commodities. Reghaï propose, par contre, d’être plutôt à l’écoute des bons bruits qui permettent de prédire le risque. Abdellah Mouttaqi de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) a expliqué de son côté qu’entre 2002 et 2008, il y a eu une envolée des prix des matières premières, résultante d’intérêts purement financiers. C’est ainsi que la financiarisation des commodities a montré son visage le plus pernicieux pour l’économie mondiale, un peu à l’image des bulles financières. D’ailleurs, un rapport de McKinsey datant de 2013 avait décrété que pour certains pays, le déficit commercial n’est pas lié au manque d’industrialisation, mais aux importations onéreuses de matières premières. C’est un peu le cas du Maroc qui importe la majorité de ses besoins en hydrocarbures. Inversement, par contre, la chute des prix des matières premières peut avoir un impact profond sur l’industrie minière.

Mouttaqi donne à ce propos l’exemple de l’uranium dont la chute des cours en 2013 a provoqué la disparition de la moitié des sociétés d’exploitation qui étaient au nombre de 1.000 en Afrique. Par contre, le monopole de la Chine sur les terres rares a fait exploser de 300% leurs cours. Dans ce contexte difficile de fluctuation des prix des commodities, la tendance est vers la fusion-acquisition entre les grandes entreprises pour donner naissance à des mastodontes dans le domaine. Le risque de monopole va donc crescendo et les États doivent être vigilants par rapport à cette évolution incertaine. Et comme le soutient Franck Sebban, d’I.Fihn Consulting, le marché des métaux a beaucoup de connexions parfois complexes comme la stabilité des pays et la montée de la classe moyenne avec des besoins de plus en plus pointus. Toutefois, il a tenu à préciser que les prévisions concernant les commodities sont presque tout le temps fausses. Il en veut pour preuve le fait que le club de Rome avait prévu en 1972 un effondrement de l’économie mondiale en 2013 par manque de matières premières, ce qui n’a pas été le cas. C’est pourquoi, Sebban comme Reghaï en déduisent qu’il est difficile de prévenir les cours mondiaux mais seulement d’estimer les risques. 

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