Marsa Maroc : le nouveau cap stratégique se confirme

Marsa Maroc renforce sa position sur le marché du transbordement avec l’acquisition de concessions majeures sur le port de Nador West Med. En s’alliant à des géants du transport maritime comme MSC et CMA CGM, le groupe entend tripler sa capacité de traitement en Méditerranée d’ici 2033.
Marsa Maroc vient de décrocher des concessions stratégiques sur le port de Nador West Med (NWM). Cette acquisition s’inscrit dans une dynamique de renforcement de son rôle d’acteur majeur du transbordement en Méditerranée, un marché où la compétition s’intensifie.
Face à ces annonces, les analystes de CFG Bank ont mis à jour leur évaluation du groupe, maintenant leur recommandation de conserver le titre avec un cours cible fixé à 731 DH/action, soit un potentiel de hausse limité par rapport au cours actuel de 729 DH.
Si l’expansion engagée par Marsa Maroc est perçue comme une opportunité de croissance à long terme, elle impose aussi au groupe des défis financiers et opérationnels notables, que CFG Bank analyse avec prudence.
Une montée en puissance sur Nador West Med
La consolidation du portefeuille de concessions de Marsa Maroc s’appuie sur deux acquisitions majeures sur le port de Nador West Med. En février 2025, le groupe a signé une concession de 25 ans pour l’exploitation du Terminal Ouest.
Ce terminal, qui sera géré en partenariat avec CMA CGM, disposera d’une capacité de traitement de 2 millions d’EVP et nécessitera un investissement de 280 millions d’euros. Son entrée en exploitation est prévue pour 2027, avec une montée en puissance progressive qui devrait lui permettre d’atteindre sa pleine capacité en 2031.
En parallèle, Marsa Maroc avait déjà obtenu en juin 2024 la concession du Terminal Est de NWM, qui affichera une capacité de 3,4 millions d’EVP répartie sur deux phases. Ce terminal sera géré par une filiale détenue à parts égales par Marsa Maroc et Terminal Investment Limited (TIL), filiale de MSC, leader mondial du transport maritime de conteneurs.
La première phase de ce terminal sera mise en service en 2027, et la seconde suivra en 2030. Une fois pleinement opérationnels, ces deux terminaux permettront à Marsa Maroc d’accroître sa capacité totale de transbordement à 7 millions d’EVP d’ici 2033, contre seulement 1,6 million en 2024.
Une stratégie inspirée du succès de Tanger Med
Avec ces nouvelles concessions, Marsa Maroc applique un modèle qui a déjà fait ses preuves avec Tanger Med, notamment à travers l’exploitation du TC3, terminal géré en partenariat avec Hapag Lloyd et Contship Italia. Ce terminal a atteint sa pleine capacité de 1,5 million d’EVP en 2023, confirmant l’efficacité de l’approche de Marsa Maroc basée sur des partenariats avec de grands armateurs pour sécuriser des volumes.
Le choix de s’allier avec MSC et CMA CGM pour l’exploitation des terminaux de Nador West Med répond à la même logique et vise à garantir une activité soutenue sur ces nouvelles infrastructures. La position géographique de Nador West Med constitue également un atout stratégique.
Situé sur la façade méditerranéenne du Maroc, ce port se pose en challenger direct des hubs d’Algésiras et de Valence, où MSC et CMA CGM sont également implantés.
La compétition avec ces ports espagnols pourrait jouer en faveur de NWM, dans la mesure où les grands armateurs cherchent à diversifier leurs points d’ancrage en Méditerranée pour fluidifier leurs flux de transport.
Une vision optimiste mais mesurée
Si ces développements dessinent un avenir prometteur pour Marsa Maroc, CFG adopte une approche nuancée dans son analyse. D’un côté, l’extension de la capacité de transbordement et les nouveaux partenariats offrent des perspectives solides pour la croissance du groupe.
D’un autre côté, la banque souligne les défis financiers et opérationnels que ces investissements impliquent. L’impact sur la rentabilité est l’un des premiers éléments scrutés par les analystes de CFG. La montée en puissance des terminaux de Nador West Med nécessitera des investissements massifs qui, à court terme, risquent de peser sur les marges du groupe.
En effet, le lancement simultané du Terminal Est et du Terminal Ouest en 2027 entraînera une augmentation des charges opérationnelles, avant que ces nouvelles infrastructures ne génèrent des revenus à plein régime. La rentabilité pourrait donc connaître une phase de dilution entre 2027 et 2029, avant de retrouver une dynamique positive à partir de 2030, grâce à l’optimisation des coûts fixes et aux économies d’échelle.
Une stratégie à long terme qui dépasse les frontières
Au-delà du développement sur Nador West Med, CFG Bank identifie d’autres leviers de croissance pour Marsa Maroc. Le groupe a amorcé une stratégie d’internationalisation, avec des projets en cours au Bénin, au Libéria et à Djibouti.
Ces initiatives témoignent d’une volonté d’étendre son influence au-delà du Maroc, dans des marchés où la demande en infrastructures portuaires modernes est en pleine expansion. Même si CFG Bank n’a pas encore intégré ces éléments dans son modèle de valorisation, ces projets pourraient constituer un relais de croissance additionnel à moyen et long terme.
Par ailleurs, Marsa Maroc pourrait également tirer parti des nouvelles opportunités offertes par la stratégie portuaire nationale 2030, qui prévoit le développement de plusieurs ports marocains.
En particulier, les projets de Dakhla Atlantique, Kénitra Atlantique et Safi Grand Vrac représentent des axes de croissance potentiels qui pourraient encore renforcer la position du groupe dans les années à venir.
CFG maintient sa recommandation de conserver le titre
CFG a ajusté sa valorisation et maintient sa recommandation de conserver le titre, avec un objectif de cours de 731 DH/action. L’analyse repose sur plusieurs constats. Marsa Maroc bénéficie d’un positionnement solide en tant que leader sur le marché portuaire marocain.
Son modèle de développement, basé sur des concessions de long terme et des partenariats avec les principaux armateurs mondiaux, lui offre une visibilité à long terme sur ses revenus. Les nouvelles concessions de Nador West Med représentent un vecteur de croissance important, mais leur contribution aux résultats ne sera pleinement effective qu’à partir de 2030.
À court terme, le groupe devra gérer une augmentation de son endettement et une possible dilution de ses marges, avant de bénéficier pleinement des économies d’échelle liées à ces nouveaux investissements. Si la société de recherche souligne le potentiel de valorisation du groupe dans les années à venir, elle reste prudente quant aux défis financiers et à la montée en puissance progressive des nouveaux terminaux.
En conséquence, la recommandation de conserver le titre est maintenue, dans l’attente de signaux plus clairs sur l’évolution des performances de Marsa Maroc dans ce nouveau cycle de croissance.
Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO