Éco-Business

Hydrocarbures : Les distributeurs convoqués par Daoudi

Lahcen Daoudi a convoqué les sociétés de distribution pour une réunion demain mercredi. À l’ordre du jour : l’examen des facteurs impactant leurs marges bénéficiaires. Une démarche qui laisse le Groupement des pétroliers du Maroc perplexe puisque le marché est libéralisé.

Lahcen Daoudi a décidé de prendre le taureau par les cornes. Depuis des mois, des voix s’élèvent pour dénoncer la hausse des prix à la pompe, les accusations d’entente entre les opérateurs fusent de toute part et la grogne des consommateurs n’a cessé de monter. Le ministre des Affaires générales et de la gouvernance, malmené au Parlement à ce sujet et subissant la pression des médias, a donc décidé de pendre les choses en main. Seulement, sa démarche est sujette à plusieurs interrogations. En effet, le Comité de vigilance du secteur des hydrocarbures, réuni vendredi dernier sous la présidence de Lahcen, «a appelé les professionnels à examiner les facteurs influents sur le développement des marges bénéficiaires liées aux prix de la consommation», indique-t-il dans un communiqué.


Le Comité a examiné les rapports reçus des départements concernés sur l’évolution des prix de ces produits, à l’échelle internationale et ses répercussions sur le marché intérieur à travers ceux appliqués sur la consommation à l’échelle nationale et ceci depuis la libéralisation des prix jusqu’à ce jour. Le constat est sans appel : une hausse de la marge bénéficiaire de certaines sociétés en comparaison avec la situation avant la libéralisation.

Réaction avec du retard
Lahcen Daoudi et son comité qui se compose également de représentants des ministères de l’Intérieur, de l’Économie et des finances et de l’Énergie et des mines, ont mis beaucoup de temps pour se rendre compte d’une réalité que tout le monde connaît. Depuis des semaines déjà, les résultats financiers de certains distributeurs ont en effet révélé une explosion des bénéfices contre toute logique économique. Ainsi, Total Maroc a réussi à dégager une marge d’exploitation de 14,7% en 2016 avec, en prime, des bénéfices qui ont triplé passant de 289 MDH en 2015 à 879 MDH plus tard. Même croissance fulgurante chez Vivo Energy qui a vu ses bénéfices tripler en passant de 22 millions de dollars en 2015 à 58 millions à fin 2016. Une montée en flèche des gains qui fait grincer des dents chez les consommateurs dont la grogne n’a cessé de monter ces derniers mois.

Pour rappel, en septembre 2016 déjà, à l’occasion de la réunion trimestrielle de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Le gouverneur de Bank Al-Maghrib s’était en effet insurgé contre la non répercussion par les distributeurs des hydrocarbures, de la baisse du prix du baril sur celui à la pompe. Pour lui, la libéralisation n’aurait, au final, que plus profité aux distributeurs dans une totale indifférence du gouvernement. Le ministre de tutelle a donc décidé de rectifier le tir. Il a donc convoqué les sociétés de distribution pour une réunion ce mercredi 14 juin. À l’ordre du jour : l’examen des facteurs impactant les marges bénéficiaires liées aux prix de consommation. Une question qui laisse les professionnels pantois.

Vice de forme
«Comment peut-on parler de marges bénéficiaires dans un marché libéralisé. Et puis, on ne peut pas réunir autour de la même table les sociétés du secteur, qui sont en concurrence très forte et leur demander d’exposer la structure de leurs prix. Une entreprise ne peut pas dévoiler ce genre d’information à ses concurrents», s’exclame Adil Zyadi, président du Groupement des pétroliers du Maroc, qui ne cache pas son étonnement quant à la démarche du ministère. Pour lui, dans un marché libéralisé, les opérateurs assument tous risques inhérents à leur métier. «Rien que les variations des prix à l’international peut impacter lourdement la valeur de notre stock et donc ce sont plusieurs millions de dirhams qui partent en fumée. Bientôt, par exemple, les prix vont baisser et nous avons, comme nous l’impose la loi, un stock de 30 jours. On va donc perdre près de 400 DH par tonne sur un stock de 800.000 tonnes. Faites le calcul !», poursuit notre interlocuteur, également directeur du pôle carburant et lubrifiant d’Akwa Group. C’est dire que Lahcen Daoudi s’aventure sur un terrain glissant, il a donc intérêt à revoir ses cartes et maîtriser son dossier. D’autant que la bataille, si jamais il décide de l’engager jusqu’au bout, s’annonce très acharnée.


Abonnez vous pour lire tout le contenu de votre quotidien Les Inspirations Eco

Rejoignez LesEco.ma et recevez nos newsletters


Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bouton retour en haut de la page