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Financement des TPME : encore de la place pour les banques !

Une structure financière atypique, des crédits bancaires pas assez présents dans le passif…, les TPME marocaines peinent à se faire financer. Hicham Zanati Serghini, DG de la Société nationale de garantie et de financement de l’entreprise (Tamwilcom), dresse un diagnostic parlant de leur structure financière.

Représentant environ 27% des sources de financement des TPME marocaines, le crédit bancaire ne constitue même pas 1/3 de leur passif global. Ce qui offre aux établissements financiers marocains beaucoup de marge de manœuvre, curieusement peu exploitée. Affichant une prédominance de 99,6% dans le tissu productif national, les TPME nationales peinent toujours à se faire financer.

Selon les statistiques de l’Observatoire marocain de la Très petite et moyenne entreprise (OMTPME), à fin 2021, les TPME ont bénéficié de près de 45% de l’encours global des crédits bancaires alloués aux entreprises. Près de deux tiers de cet encours était concentré dans la Région Casablanca-Settat et également dans les sections du Commerce, de la Construction et de l’Industrie manufacturière ; 72% de l’encours des crédits était octroyé à des entreprises personnes morales actives (EPMA), âgées de plus de 10 ans. Ce qui en dit long sur les réalités auxquelles ces entreprises sont confrontées sur le terrain. Rien d’étonnant donc qu’elles aient une contribution relativement modeste à l’économie marocaine avec une part de 41% du chiffre d’affaires généré, 26% du chiffre d’affaires à l’export et 35% de la valeur ajoutée générée nationale, malgré le fait qu’elles contribuent à hauteur de 73,8% des effectifs déclarés à la CNSS. Dans un tel contexte, à quelle porte frapper pour se faire financer ? Les private equity ? Le système bancaire classique ? Les associés ? Pour mieux cerner le sujet, il faudrait garder à l’esprit que l’analyse du passif global des TPME montre que les fonds propres continuent de représenter leur première source de financement, avec une part de 28,5% en 2020. Les dettes auprès des associés, quant à elles, s’établissant à 19,8%, soit leur deuxième source de financement, avec un recul de 2,5 points. Discuter de ce sujet, de surcroît avec la Société nationale de garantie et de financement de l’entreprise (Tamwilcom) ne pouvait pas mieux tomber, en pleine phase d’amendement de la loi de Finances 2023. «Pourquoi faut-il financer la TPME ?». Telle a été la thématique de la première édition de la conférence «Éco Décodages», la table ronde organisée par le groupe Horizon Press, en partenariat avec Tamwilcom. Autant dire que le sujet est pertinent en période post-Covid et dans cette phase où l’on observe une émulation sur le marché national autour de l’entrepreneuriat, l’investissement et l’encouragement de la petite entreprise.

Un tissu économique pas assez dense !
Hicham Zanati Serghini, DG de la Société nationale de garantie et de financement de l’entreprise (Tamwilcom), n’a pas manqué d’appuyer son analyse sur les chiffres de l’Observatoire marocain de la Très petite et moyenne entreprise (OMTPME), intégrateur des données de l’OMPIC, la DGI, la CNSS, pour dresser un état des lieux des TPME sur le marché marocain. Selon lui, il va falloir densifier davantage le tissu économique national, à commencer par les TPE, en intégrant les acteurs de l’informel, car bon nombre échappent aux statistiques.

Cette densification va également se faire au niveau des PME, dans la mesure où elles jouent un rôle important entre la TPE et la Grande entreprise, avec un rôle important en termes d’agilité et de technologie. «La part de TPE : micro, Très petites entreprises et Moyennes dans le tissu économique ne doit pas choquer. Dans tous les pays, le tissu des «petits» est toujours plus important en nombre. C’est le cas aux États-Unis et dans bien d’autres pays, où les petites entreprises représentent 99% du total.

Par contre, notre point faible réside au niveau de leur effectif. Quand on prend celui des entreprises personnes morales, personnes physiques et auto-entrepreneurs, nous aboutissons à 600.000 entreprises. Ce qui est très peu pour le Maroc, un pays qui nourrit de grandes ambitions. On le constate également dans la répartition. Quand on prend la population de PME, par exemple, elle représente environ 18.000 entreprises, et seulement 1.300 sont classées parmi les grandes entreprises ».

Les fonds propres continuent de représenter la première source de financement des TPME
Comme indiqué plus haut, l’analyse du passif global des TPME montre que les fonds propres continuent de représenter leur première source de financement, avec une part de 28,5% en 2020. Les dettes auprès des associés, quant à elles, s’établissant à 19,8%, constituent la deuxième source de financement de ces entreprises, avec un recul de 2,5 points.

Selon Hicham Zanati Serghini, la comparaison de la part des fonds propres des TPME marocaines avec celles «de pays beaucoup plus avancés que nous, ce taux est entre 30 et 50%. Mais ce qui fait l’originalité du Maroc est qu’il y a un poste qui s’appelle «dettes auprès des associés», correspondant aux avances des fonds ou prêts que font les associés à l’entreprise. Il représente une part importante de source de financement des TPME. Après retraitement, l’on s’aperçoit que l’entrepreneur marocain préfère ne pas mettre ses fonds propres au capital, mais au compte courant d’associé et être le créancier de son entreprise». Comme indiqué par l’OMTPME, ces dettes auprès des associés représentent 19,8%. Le deuxième point à noter est que les dettes commerciales représentent 20 à 25% du passif des TPME. Ce qui, selon Serghini, aurait un lien avec les délais de paiement.

En effet, les indicateurs correspondants se sont dégradés, tant sur les délais clients que fournisseurs. De ce constat, le dirigeant déduit que l’une des sources de financement de ces entreprises est le crédit commercial, également appelé crédit inter-entreprises. Il note également que le crédit bancaire n’est pas assez présent dans le passif de ces entreprises, à l’inverse de ce que l’on peut voir dans d’autres pays plus avancés, dans la mesure où il représente environ 27% des sources de financement. De tout ce qui précède, il conclut qu’il y a encore de la place pour financer les TPME !

Modeste Kouamé / Les Inspirations ÉCO
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