Éco-Business

Finance embarquée. Yassine Regragui : “Ce sont les usages qui finiront par imposer le rythme aux banques”

Yassine Regragui
Expert en technologies financières

La montée en puissance de la finance embarquée dans le commerce de proximité bouleverse les équilibres traditionnels. Pour Yassine Regragui, expert en technologies financières, le Maroc dispose des atouts pour bâtir son propre modèle, à condition d’accompagner l’essor de la fintech sur le segment B to B.

Comment définir ce que recouvre la Fintech sur le segment B to B ?
Elle couvre plusieurs familles de services. D’un côté, les fonctions classiques comme le paiement, l’assurance dans sa version numérique que l’on désigne aujourd’hui par insurtech, ou encore les produits d’investissement.

De l’autre, les technologies avancées telles que l’intelligence artificielle, le machine learning, mais aussi les services liés au crédit, au dépôt ou encore au financement participatif. À tout cela s’ajoute une couche devenue essentielle, celle des services à valeur ajoutée, qui vont de la gestion des stocks à celle des employés, en passant par les programmes de fidélité ou le paiement différé.

Le paiement ne constitue donc plus qu’un point de départ ?
C’est en effet la porte d’entrée. Une fois qu’un client paie, il devient un usager actif. Les données générées, l’expérience proposée, la fluidité de l’acte de vente, tout cela peut être exploité. C’est ce qu’ont compris certaines jeunes pousses marocaines, à l’image d’Alya. Le commerçant n’attend plus seulement un terminal de paiement, il veut des outils complets, connectés, adaptables à son activité.

Le Maroc dispose-t-il déjà des bases nécessaires pour accélérer dans cette voie ?
Les infrastructures existent. HPS, groupe marocain devenu international, constitue un précédent solide. Mais il faudrait aujourd’hui que d’autres acteurs émergent, notamment sur les services à valeur ajoutée. Trois ou quatre opérateurs crédibles permettraient de faire décoller l’écosystème. Ailleurs, des groupes comme Adyen, Stripe, Square ou Worldline ont montré que ces modèles pouvaient être déployés efficacement.

L’innovation technologique change-t-elle aussi la donne ?
C’est déjà le cas. Les terminaux physiques classiques cèdent la place à des téléphones que les commerçant utilisent en tant que dispositifs d’encaissement. Ces solutions dites softPOS permettent à un commerçant équipé d’un simple smartphone d’accepter des paiements sans équipement spécifique. Pour assurer la conformité, des outils de reconnaissance biométrique, de vérification d’identité, ou de sécurisation via la blockchain sont intégrés à ces parcours. L’idée est de faciliter l’entrée dans l’écosystème tout en maintenant un haut niveau de sécurité.

Ce mouvement d’intégration porte-t-il le nom de finance embarquée ?
En effet, il s’agit d’insérer des services financiers dans des environnements qui ne sont pas, à l’origine, conçus pour cela. Une application de livraison, une station-service ou une plateforme de réservation peuvent aujourd’hui proposer du crédit, des assurances ou des moyens de paiement intégrés. Le tout sans que l’utilisateur ait à changer d’environnement. Ce modèle commence à prendre en Europe. En Asie, il est incarné par les super-applications. En Afrique, il reste encore à inventer.

Faut-il pour autant reproduire le modèle asiatique ?
Pas nécessairement. Le Maroc n’a pas pris le virage des super-applications au bon moment. Mais cela peut aussi être une chance. Mieux vaut penser un modèle adapté à nos réalités, fondé sur des usages concrets, que de tenter de copier des schémas extérieurs. L’intégration de services embarqués offre une vraie marge de manœuvre. Elle peut paraître menaçante pour les banques, mais elle répond avant tout à une demande de simplicité, d’accessibilité et d’agilité.

Les banques sauront-elles s’adapter à ces mutations ?
Elles n’ont pas le choix. Pendant longtemps, elles ont ignoré les startups technologiques. Ce temps est révolu. Aujourd’hui, les partenariats deviennent stratégiques. Les banques disposent de la légitimité, du capital, d’un ancrage local fort. Les jeunes pousses, elles, apportent la technologie, la rapidité, l’adaptabilité. Il y a là une complémentarité évidente, qu’il va falloir juste mieux organiser.

Casablanca a reculé de dix-sept rangs dans la dernière édition du Global Financial Centres Index, passant de la 52e à la 69e place dans la catégorie consacrée aux fintechs. Faut-il y voir un signe de décrochage ?
Les critères utilisés ne prennent sans doute pas encore en compte certaines initiatives récentes, portées par les incubateurs, les fonds ou les accélérateurs. Il est vrai que les levées de fonds restent timides si l’on compare avec des marchés comme l’Égypte, le Nigeria ou le Kenya. Mais le Maroc a récemment mobilisé un milliard de dollars pour accompagner sa digitalisation. Ce genre de signaux pourrait produire ses effets dans les classements à venir.

Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ÉCO



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