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Filière Bio : les défis de la valorisation

Au sein de la filière biologique, le secteur de la valorisation et transformation est celui qui a pris le plus de retard, alors qu’il représente le débouché le plus demandeur en produits agricoles. C’est aussi celui qui permettra d’absorber le plus de main-d’œuvre et il a la capacité de développer une classe moyenne dynamique. D’où l’urgence de provoquer un saut quantitatif à ce niveau, notamment dans l’entrepreneuriat.

«Autant le Maroc a fait des progrès ces dernières années en matière agricole et d’export de produits bio, autant nous accusons du retard sur les produits valorisés, donc à valeur ajoutée», déplore Slim Kabbaj, président du Club des entrepreneurs (CEBio), président de Green Village-Distribio. Le Maroc valorise très peu sa production, au point d’importer «près de 90%» des produits alimentaires bio transformés exposés en rayons (semoule, jus de fruits, huile d’olive…). Selon le dirigeant, si le Maroc ne développe pas la filière locale de la transformation et l’agro-industrie Bio, les distributeurs locaux seront condamnés à importer les produits à valeur ajoutée pour longtemps, quitte à importer parfois à des prix affolants. C’est dire qu’il y a des marchés à prendre.


Du côté de la FENAGRI, l’on nous oriente vers l’Association nationale pour la valorisation des produits biologiques (VALBIO). Parmi les explications à la problématique de la valorisation, figure «la faiblesse des volumes disponibles, généralement des petites quantités. Ce qui ne permet pas de réaliser des économies d’échelle, d’où les surcoûts liés à la logistique. Il faut donc organiser et optimiser la logistique. Il faut aussi développer la consommation locale», explique Abdelhamid Aboulkassim, président de FIMABIO et président de l’Association nationale pour la valorisation des produits biologiques (VALBIO).

Les principaux intérêts de la valorisation sont la diminution des pertes, la création de valeur ajoutée locale, mais aussi un allègement de l’impact négatif sur la réserve de devises, ou encore la création d’emplois dans l’industrie de la transformation. Néanmoins, les ressources humaines devront être formées aux techniques de transformation, commercialisation. Il faut aussi encourager l’investissement. Le plan Génération Green ambitionne de développer l’entrepreneuriat dans le secteur, créer des synergies, mais il faut attendre encore avant de voir tous les objectifs qui lui ont été assignés concrétisés. Pour pallier la problématique de la valorisation, la décision a été prise au niveau du club des entrepreneurs Bio (CEBio), de faire de 2021 l’année des produits à valeur ajoutée. La première action dans ce cadre a été de mettre en place un groupe d’appui aux startups et au développement des entreprises dans le secteur.

«Nous sommes en train d’élaborer les critères d’éligibilité des projets et d’identifier les types de soutien que nous pourrions proposer : conseils, parrainages, mises en réseau, business modèles, facilités de distribution des produits finis. Par ailleurs, nous réfléchissons depuis quelques années à la création d’un fonds d’investissement dans le Bio, avec les dirigeants de la CGEM. Nous allons donner un coup d’accélérateur maintenant pour une avancée majeure», annonce Slim Kabbaj.

Des échanges ont lieu avec les départements gouvernementaux concernés, notamment dans la mise en place du plan Génération Green 2021-2030 par le ministère de l’Agriculture. Ce plan aura un rôle éminent dans cette dynamique.Les initiatives ne manquent pas. Du côté d’Unimer, le bio ne date pas d’hier, mais il reste une niche, même si ce label est beaucoup plus adapté dans le végétal. En effet, le poisson ne peut pas être certifié bio. «Lorsque l’on estampille le label bio sur une conserve, c’est l’huile et les ingrédients qui le sont. Nous le faisons déjà pour des produits à base d’anchois. Des projets pour des produits bio de marque Unimer sont en gestation», explique Jalil Benwahhoud, directeur général délégué du groupe Unimer, spécialisé dans l’export des conserves de sardines et semi-conserves d’anchois et filiale du groupe agro-industriel Sanam Agro. La compagnie importe du poisson pour le fabriquer à la demande, pour des produits de niche exportés vers l’Europe. Dans les produits de la mer, les labels les plus parlant sont «Halal», «Kärcher», «Orthodox Union», «Friend of the Sea» ou encore le label «MSC», qui est synonyme de durabilité et pêche durable. Les usines d’Unimer sont d’ailleurs certifiées MSC, à l’inverse du gros des pêcheries marocaines.

Coup de fouet de la Covid
Dans plusieurs pays, notamment en Europe, la consommation de produits Bio a connu un fort dynamisme depuis le déclenchement de la crise du Covid-19. À l’instar de l’Europe et des États-Unis, le marché marocain a eu un coup de fouet en matière de demande en produits Bio depuis le début de la pandémie. Selon Kabbaj, les consommateurs ont fait le lien entre la préservation de la santé et le bon fonctionnement de l’immunité contre le virus et, par conséquent, le besoin vital d’une alimentation saine et d’une bonne hygiène de vie. «Les magasins et les rayons de produits Bio ont attiré beaucoup de monde, certes les clients habituels, mais aussi de nouveaux visages, sceptiques jusqu’à présent, de toutes catégories sociales et de tous âges. Les producteurs et les distributeurs ont donc été fortement sollicités ; d’ailleurs beaucoup ont développé ou mis à niveau leur plateforme numérique pour vendre en ligne, surtout que l’attractivité pour les réseaux sociaux est considérable, évidente sur le Net », explique-t-il. Selon le dirigeant de Distrubio, certains opérateurs historiques ont plus de mal à exporter et se retournent vers le marché local. La demande devenant plus consistante, le privé s’intéresse de plus en plus au secteur, que ce soit la conversion de fermes agricoles en fermes Bio, ou les points de vente qui introduisent des rayons Bio dans leurs commerces. L’offre est donc en train de progresser de manière significative.

Modeste Kouame / Les Inspirations Éco

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