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Experts-comptables: le combat de la profession contre la déflation des honoraires

La lutte contre la baisse continue des honoraires de prestations d’audit légal est l’un des chantiers d’Amine Baakili, président du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables. Les entreprises pressent toujours à la baisse le niveau de rémunération de commissaires aux comptes en mettant en avant les gains de productivité induits par la technologie. Pour les missions d’audit contractuel dans le secteur public, la guerre des prix résiste pour l’instant à la directive de l’Ordre.

Le recours à la mise en concurrence est-il systématique pour la désignation du commissaire aux comptes dans les entreprises marocaines ?
Les commissaires aux comptes sont légalement désignés par les actionnaires ou associés au niveau de l’assemblée générale. Dans les faits, pour les missions d’audit dans les établissements publics, le commissaire aux comptes est souvent sélectionné par une procédure d’appel d’offre ouverte à tous les cabinets. Dans les entreprises privées, les mandats font l’objet généralement d’une concurrence à travers une présélection sur la base de consultations ouvertes ou restreintes de plusieurs cabinets susceptibles d’offrir la prestation, de disposer des moyens humains, et ressources techniques nécessaires. Lorsque l’entreprise dispose d’un comité d’audit, c’est le cas des sociétés cotées, ce dernier, a pour rôle également d’examiner le processus de sélection des auditeurs externes et de s’assurer de leur indépendance.


Comment procèdent des groupes comme Maroc Télécom, l’OCP et les multinationales opérant au Maroc pour désigner leur auditeur ?
Les grands groupes utilisent soit la procédure d’appel d’offre ouverte à tous les cabinets ou comme expliqué ci-dessus à une présélection sur la base de consultations ouvertes ou restreintes de plusieurs cabinets susceptibles d’offrir la prestation. Pour les entreprises filiales de multinationales, le choix se fait souvent par le siège qui fait appel à une consultation internationale pour le choix des auditeurs. Ce marché est concentré essentiellement au niveau des grands cabinets qui sont moins d’une dizaine au total. Il y a lieu de signaler qu’en France le co-commissariat aux comptes laisse toutefois la possibilité aux grandes entreprises de choisir de nommer un commissaire aux comptes membre d’un grand réseau aux côtés d’un commissaire aux comptes issu d’un petit cabinet, ce qui a permis le développement de cabinets nationaux de taille significative.

La déflation des honoraires sur les missions d’audit constatée ces dernières années s’est-elle estompée ?
Les honoraires des missions d’audit ont connu une baisse continue ces dernières années par le fait de la concurrence entre cabinets. Cette déflation a été importante au niveau du secteur public au point que plusieurs cabinets refusaient de répondre à des missions d’audit dans le secteur public compte tenu du décalage important entre le budget des honoraires fixé par les établissements publics et le budget normal qui permet à l’expert-comptable d’effectuer l’ensemble des diligences requises avant d’émettre son opinion d’audit (qui peut être 10 fois supérieur).

Cette situation a été une grande préoccupation pour notre profession, compte tenu des impacts que pourrait avoir cette déflation sur la qualité des travaux du commissaire aux comptes, en sachant que sa mission joue un rôle clé dans la préservation du climat de confiance entre actionnaires et dirigeants. A cet effet, je rappelle que l’Ordre des experts comptables a agi sur deux leviers pour préserver la qualité des missions d’audit : le premier est celui de la mise en place d’un budget temps minimum que le commissaire aux comptes doit consacrer à l’audit des comptes des sociétés en fonction de leur taille et activité. Le second levier a été celui de l’instauration d’un taux horaire moyen minimum que les experts comptables doivent respecter pour l’estimation de leurs honoraires. La mise en place de ce deuxième verrou étant récente, nous n’avons pas encore pu mesurer son impact. Néanmoins, nous avons déjà pu observer sur certains cas dans le secteur public, que les honoraires reviennent à un niveau normal.

Abashi Shamamba / Les Inspirations ÉCO

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